Les problèmes énergétiques du Liban seront-ils résolus s’il découvre des gisements d’hydrocarbures au large de ses côtes ? Cette perspective incertaine est en tout cas encore bien lointaine.
Des études préliminaires ont montré, par le biais de sondages en deux et trois dimensions, qu’il y a des chances de trouver des gisements. D’autant que l’Égypte et Israël ont localisé des réserves potentielles de pétrole et de gaz naturel dans leurs eaux territoriales.
Le Liban doit donc conclure des contrats avec des sociétés pétrolières, qui seront chargées de procéder à des forages. Mais ce processus suppose de mettre en place un cadre institutionnel et légal régulant la prospection pétrolière.
Il s’agit d’une part de préserver les droits de l’État. Et de l’autre de clarifier le cadre de travail des sociétés appelées à intervenir. « La prospection pétrolière dure une dizaine d’années en moyenne. Pour alléger l’incertitude qui pèse sur elles du fait de la longueur du projet, les sociétés pétrolières exigent une loi claire et lisible », explique Ivar Aarseth, expert auprès de l’Agence norvégienne pour le développement (Norad) dont le Liban a sollicité l’aide, à travers son programme “Oil for Development”.
La mission norvégienne au Liban, qui durera trois ans et coûtera quelque deux millions de dollars entièrement versés par Oslo, offre une assistance technique pour l’élaboration de la future loi sur le pétrole mais aussi en matière de formation du personnel du ministère de l’Énergie, de mise en place d’une institution de régulation du secteur pétrolier et de création d’une base de données.
L’objectif est de diviser le territoire à explorer en plusieurs parcelles dont chacune sera attribuée à une société différente, par adjudication publique. « Il ne s’agit pas d’un appel d’offres classique qui consiste à accorder le contrat à celui qui proposera, lors des négociations, de réserver la part de revenus la plus élevée à l’État, explique le ministre de l’Énergie, Alain Tabourian. Nous sommes prêts à accepter un revenu plus faible pour attirer des sociétés compétentes qui ont davantage de moyens que d’autres pour découvrir des réserves pétrolières. »
Les sociétés sélectionnées auront pour obligation de procéder à un nombre déterminé de forages dont chacun coûtera entre 150 et 300 millions de dollars. « Les compagnies assumeront seules l’intégralité de ces coûts et des risques du forage, précise le ministre. On pourrait prévoir de déduire le coût du forage des revenus futurs de l’exploitation en cas de découverte valable. »
Les sociétés pétrolières retenues doivent en outre assurer la protection de l’environnement pendant la prospection, l’exploitation et la retraite, c’est-à-dire la fermeture des puits taris.
Le deuxième objectif de la loi pétrolière est de définir l’usage que fera l’État des recettes pétrolières éventuelles. Alain Tabourian reprend à son compte une méthode déjà éprouvée ailleurs, à savoir la création d’un fonds d’investissement souverain qui recevra tous les revenus pétroliers de l’État.
Il n’y aura donc pas de lien direct entre la production éventuelle des puits et l’approvisionnement des centrales électriques. Car les recettes de l’exploitation devront être réparties équitablement entre les générations actuelles et futures. D’où le fonds. Ces recettes iront en priorité au service de la dette du Liban, puis au remboursement du principal, puis au financement de projets de développement. Pour Alain Tabourian, « ce mécanisme vise à permettre à toutes les générations futures de profiter de la manne pétrolière qui demeure hypothétique pour le moment ».