Directrice, directrice artistique, éditrice, mais aussi chargée de communication : Sara Sehnaoui occupe plusieurs fonctions au sein d’Amers éditions, la structure qu’elle a créée début 2007. Pour la seconder, deux collaborateurs occasionnels et un réseau de soutiens bénévoles. Derrière cette aventure, « le désir de publier des artistes libanais et du Moyen-Orient, l’envie de faire exister des livres », explique la jeune entrepreneuse. Quatre ouvrages ont déjà été publiés en deux ans, dont un, Lahza, en partenariat avec une ONG. Leur réalisation a coûté 37 000 dollars au total, provenant de fonds propres ainsi que de donations pour l’ouvrage de photographies réalisées par des enfants palestiniens. « Cette somme englobe tout le processus de création du livre, de sa conception à l’événement qui accompagne son lancement et sur lequel nous voulons mettre l’accent », précise Sara Sehnaoui.
Amers publie en trois langues – français, anglais, arabe – pour des ouvrages tour à tour bilingues ou trilingues, afin d’élargir le lectorat potentiel et les circuits de distribution. Cette dernière se fait pour l’heure essentiellement au Liban, à travers les Messageries du Moyen-Orient. Sur un livre, l’éditeur touche en moyenne 25 % du prix, contre 8 à 10 % réservés à l’auteur, le reste étant dévolu au fabricant (25 %) et au distributeur (40 %).
« Moins on imprime, plus le coût du livre est élevé », explique la directrice d’Amers éditions. Par exemple, Lahza, tiré à 3 000 exemplaires et vendu à 20 dollars, a coûté cinq dollars par ouvrage ; Vous écrire (démarche d’artiste, photos et textes), publié à 500 exemplaires et vendu à 15 dollars, a coûté 6,8 dollars par pièce. Quelque 33 % des stocks (65 000 copies au total) d’Amers ont été vendus. Mais il est trop tôt pour parler de bénéfices pour la jeune maison d’édition, qui pourra évaluer sa viabilité au terme de ses trois premières années d’exercice.
Pour mener à bien ses projets, en 2009, Sara Sehnaoui estime avoir besoin de 70 000 dollars – il s’agit, notamment, d’éditer quatre ouvrages, de développer l’équipe et de multiplier les participations aux foires. Peut-on compter sur des subventions, quand on est un jeune éditeur ? Mieux vaut se tourner du côté du privé : « Les banques ou les compagnies d’assurances peuvent aider au financement d’un projet. Les fondations aussi, arabes ou européennes, interviennent de façon ponctuelle », précise Sara Sehnaoui, qui souhaite établir un partenariat avec des sponsors privés sur des projets ciblés. « Quant au soutien du ministère de la Culture, il se concrétise par l’achat éventuel d’une centaine de livres, pour qu’ils soient ensuite distribués dans les bibliothèques publiques », ajoute-t-elle.