Les comptes nationaux de 2008 n’ont pas encore été publiés, mais tous les indicateurs disponibles révèlent une nette amélioration de l’activité, notamment l’indicateur synthétique de la Banque du Liban qui a fini l’année à un plus haut historique, à 209,6 points (+11,7 %). Selon la Bank Audi, la croissance a dépassé 7 %. Le Fonds monétaire international (FMI) avance, quant à lui, un taux supérieur à 8 %.
Il est clair que l’accord de Doha, qui a mis fin à plus d’un an et demi de blocage politique, a constitué une véritable bouffée d’oxygène pour l’économie libanaise. La signature de l’accord interlibanais, le 21 mai, a permis aux différents secteurs de profiter d’une forte demande, interne et externe, alimentée par les excédents de liquidités pétrolières. L’évolution de l’indicateur moyen de la BDL confirme bien “l’effet Doha” sur l’activité : l’indicateur est passé de 187,1 points fin mai (+3,6 % sur un an) à 197,9 points un mois plus tard (+16 % en rythme annuel).
L’accalmie politique a notamment bénéficié à l’immobilier, qui a attiré l’épargne régionale, celle des Arabes mais aussi des Libanais expatriés dans le Golfe. La demande, encouragée par des taux d’inflation à deux chiffres dans la majorité des pays de la région, a dynamisé le secteur de la construction.
Mais l’impact de Doha s’est surtout fait sentir sur le secteur du tourisme, qui a été l’un des principaux moteurs de la croissance. Alors que le secteur a survécu ces trois dernières années grâce aux expatriés libanais, l’afflux massif de touristes (+33 %) a été une véritable aubaine.
Ces touristes, ainsi que les membres de la diaspora (directement ou à travers les transferts de fonds), ont dopé la consommation interne. Cette dernière n’a pas été freinée par l’inflation, comme en témoigne la hausse des importations en valeur (+36,6 %), mais aussi en volume (+6,8 %).
Autre indicateur de la vigueur de l’activité : les chèques compensés dont la valeur a augmenté de 44,4 % à 43,2 milliards de dollars.
L’évolution des importations de produits pétroliers et celle de la production électrique confirment également la reprise. Les premières ont augmenté de 14 % malgré la hausse de prix du brut et la deuxième de 6 %, à 11 189 kilowattheures, un niveau jamais atteint.
La demande interne a ainsi été soutenue par les entrées de capitaux estimées à plus de 16 milliards de dollars en 2008, et composées essentiellement des transferts de la diaspora, des recettes touristiques et des investissements/placements arabes. Elle n’a pas immédiatement faibli avec la dégringolade des prix du pétrole au dernier trimestre de l’année, car les capitaux ont continué à affluer vers le Liban, notamment ceux de la diaspora.
Il est toutefois difficile de parier sur une tendance similaire pour l’ensemble de cette année. Pour le moment, les indicateurs sont encore au vert, mais le FMI prévoit un ralentissement des entrées de capitaux en 2009, ce qui affecterait à son tour la demande interne.
Quant à la demande externe, elle devrait également être touchée par le recul des cours du brut, même si cela ne s’est pas encore vérifié, les exportations totales ayant augmenté de 21,4 % sur les deux premiers mois de l’année.
En 2008, les exportations agricoles avaient bondi de 25,6 % en valeur. Une partie de cette croissance est toutefois imputable à la flambée des prix des produits alimentaires. Le secteur primaire libanais reste en tout cas largement sous-développé, comme en témoigne l’augmentation du déficit commercial agricole de 21,7 % en 2008, suite à la hausse des importations agricoles de 22 %.
Les exportations industrielles avaient, quant à elles, augmenté de 26,8 % en 2008, à environ 3 milliards de dollars, dopées par la faiblesse du dollar.
La baisse attendue de la demande interne et externe en 2009 devrait entraîner une décélération de l’économie, avec un taux de croissance prévu cette année aux alentours de 3 %.
Pour compenser la baisse de la demande, l’État prévoit une hausse des dépenses d’investissements publics de l’ordre de 0,9 % du PIB en 2009. Mais encore faut-il que le projet de budget soit voté.
Quant aux investissements privés, ils dépendront largement de la situation politique après les élections. Cette variable est en effet très sensible au degré de confiance dans l’avenir du pays. Portées par l’accord de Doha, les importations d’équipements industriels, qui sont l’un des indicateurs de l’investissement privé, avaient augmenté de 15,5 % en 2008. 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
PIB (milliards dollars) 18,7 19,8 21,4 21,5 22,4 25 29,7
Taux de croissance réel (%) 2,6 4,1 7,4 1,1 0,6 7,5 8,5
Inflation (%) +4,3 +3,0 +1,7 -0,6 +5,6 +4,1 +10,8
Sources : Comptes nationaux (2001-2005), FMI (2006-2007-2008).
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