Le secteur public n’a pas su profiter de la reprise de l’activité interne pour réduire son déficit et l’absence de réformes sérieuses.
Une légère amélioration a cependant été constatée au niveau du ratio du déficit public sur les dépenses totales, qui a reculé de 30,5 % en 2007 à 29,4 %. La croissance économique a également permis une baisse du ratio du déficit public sur le PIB de 11,3 à 10,1 % en un an.
Mais les comptes de l’État, en tant que tels, se sont nettement dégradés l’année dernière. Malgré une hausse sensible des recettes en 2008, le déficit public a bondi de 15 %, à 2,92 milliards de dollars, croulant sous le poids des dépenses. Quant à l’excédent primaire, il a reculé de 18 %, à 597 millions de dollars, soit 1,6 % du PIB.
Pourtant le regain d’activité, combiné à une forte inflation, a alimenté les caisses de l’État. Le total des revenus publics (budget et Trésor) a atteint près de 7 milliards de dollars, en hausse de près de 21 % sur un an. Cette croissance, la plus importante depuis 2002, a été portée par une hausse de 29 % des recettes fiscales, mais aussi des recettes non fiscales (+4 %) et des encaissements du Trésor.
Les recettes du Trésor ont augmenté de 23 % sur un an, à plus de 536 millions de dollars, notamment grâce à la hausse des revenus de la Caisse autonome des municipalités et des dons internationaux, selon le ministère des Finances.
Quant aux recettes non fiscales, elles ont atteint 1,73 milliard de dollars en 2008, portées essentiellement par la hausse des recettes administratives (frais de notaires, de permis de conduire, de permis de travail, etc.) de 14,7 %. Les revenus des institutions publiques, eux, n’ont augmenté que de 1,25 %, les transferts du port de Beyrouth ayant été nuls en 2008. Ceux du Casino du Liban en revanche ont plus que doublé pour atteindre 94,2 millions de dollars, tandis que les transferts du ministère des Télécommunications ont augmenté de 4,5 %, à 1,15 milliard de dollars.
L’amélioration de l’activité s’est surtout fait ressentir au niveau des recettes fiscales, qui représentent plus des deux-tiers des revenus de l’État.
La vigueur de la consommation et la hausse des prix a dopé, en particulier, les recettes de la TVA (+29 %) et les taxes douanières (+27 %). Le dynamisme du secteur immobilier s’est également répercuté sur les revenus des taxes foncières qui ont bondi de 47,7 %, pour atteindre plus d’un demi-milliard de dollars. La hausse des taxes sur les revenus, les bénéfices et les gains de capitaux a été de l’ordre de 19,6 %, expliquée en partie par la hausse des salaires.
Parmi toutes les recettes fiscales, seules celles des droits d’accises sur l’essence ont reculé de 39,5 %, le gouvernement ayant renoncé à cette taxe au cours des trois premiers trimestres de l’année pour limiter l’impact de la flambée du brut à la pompe. Cette baisse de revenus pour le Trésor, d’environ 48,2 millions de dollars, est l’une des conséquences de la politique de subvention de l’État, l’autre se situant du côté des dépenses.
La flambée des prix des matières premières a ainsi poussé le gouvernement à subventionner le pain (+73,6 millions de dollars pour la direction générale des céréales) et le mazout (+6,6 millions de dollars).
Mais la hausse des prix du pétrole s’est surtout répercutée sur les transferts à l’EDL, la compagnie n’étant pas en mesure de financer son approvisionnement en fuel, puisque les tarifs de l’électricité sont également subventionnés. Les transferts à l’EDL ont bondi de 64,3 %, à plus de 1,6 milliard de dollars, uniquement pour honorer les contrats d’approvisionnement conclus avec Sonatrach et KPC. L’EDL a ainsi englouti 16,25 % des dépenses publiques totales.
L’inflation a également eu pour conséquence une hausse des salaires et des indemnités de retraite qui a plombé le poste correspondant de dépenses de 10,5 %, à 2,6 milliards de dollars, soit 26,5 % du total.
Quant au principal poste des dépenses publiques, le service de la dette, qui représente 33 % du total, il a augmenté de 5,58 %, porté par la hausse des paiements d’intérêt sur la dette en livres de 13,2 %.
Globalement, les dépenses courantes de l’État ont augmenté de 10,1 %, à plus de 7 milliards de dollars. Les dépenses d’investissement, en revanche, ont baissé de 7,9 %, à environ 341 millions de dollars.
Au total, les dépenses publiques ont atteint 9,9 milliards de dollars, en hausse de 18,8 % par rapport à 2007, contre 7 milliards de dollars de revenus.
Le déficit ayant été financé par endettement, la dette publique totale a bondi de 11,8 % à 47 milliards de dollars, dont plus 55 % en livres. La dette en monnaie locale a en effet augmenté de 24,3 %, avec une hausse des souscriptions des banques commerciales de 44,3 %, contrairement à la dette en devises qui a légèrement baissé. La BDL a, quant à elle, réduit sa part dans la dette publique de 14,3 % en 2007 à 12,4 % à la fin de l’année dernière.
Le FMI s’est félicité de la baisse du ratio de la dette sur le PIB, de 175 % en 2007 à 163 %. Mais cette performance est essentiellement due à la forte hausse du PIB nominal, gonflé par l’inflation, et non à une amélioration de la gestion des finances publiques. Le déficit public en hausse de 15 %
En milliards de dollars 2004 2005 2006 2007 2008 Var. 07-08 (%)
Total dépenses publiques 6,99 6,77 7,88 8,35 9,95 +19
Dépenses budgétaires 5,51 5,18 6,25 6,68 7,32 + 10
Dont dépenses d’investissement 0,54 0,35 0,45 0,5 0,34 -8
Dont service de la dette 2,67 2,35 3,02 3,27 3,52 +6
En devises 1,18 1,33 1,45 1,60 1,62 +2
En LL 1,49 1,02 1,57 1,66 1,88 +13
Dépenses du Trésor 1,48 1,59 1,62 1,67 2,64 +58
Dont EDL 0,33 0,55 0,91 0,98 1,61 +64
Total recettes publiques 4,98 4,91 4,84 5,80 7,03 +21
Recettes budgétaires 4,69 4,63 4,56 5,37 6,50 +21
Recettes du Trésor 0,29 0,28 0,28 0,43 0,54 +23
Déficit public 2,01 1,86 3,03 2,54 2,92 +15
Déficit public/dépenses publiques (%) 28,7 27,4 38,6 30,5 29,4 -
Solde primaire 0,66 0,49 -0,005 0,73 0,60 -18
Solde primaire/dépenses publiques (%) 9,4 7,2 -0,1 8,8 6 -
Source : Ministère des Finances. Les recettes du budget
(en millions de dollars)
07 08 Var. 07-08
(%)
Recettes fiscales 3 704,7 4 764,5 +29
Impôts sur les revenus 867,9 957,2 10
Impôts sur les bénéfices 332,4 408,6 +23
Impôts sur les salaires 145,3 181,1 +25
Impôts sur les revenus
d’intérêt 289,9 321,7 +11
Taxes foncières 353 521,4 +48
Taxes sur les biens
et services 1 475,8 1 920,4 +30
TVA 1 329,1 1 713,9 29
Taxes sur le commerce
international 827,5 1 053,2 +27
Douanes 372,3 455,1 +22
Excises 455,2 598,3 +31
Dont taxes sur les
produits pétroliers 122,8 48,2 -40
Dont taxes sur le tabac 140 163,2 +17
Dont taxes sur les voitures189,8 357,5 +89
Autres recettes fiscales 179,8 232,2 +29
Recettes non fiscales 1 666,2 1 733,3 +4
Revenus des institutions
publiques 1 329,1 1 345,3 +1
Casino du Liban 42,5 94,2 +216
Port de Beyrouth 46,4 0 -100
Loterie nationale 31,2 35,8 +15
Transferts des télécoms 1 101,5 1 101,2 +5
Revenus immobiliers 27,9 31,8 +14
Recettes administratives 280 321,1 +15
Pénalités et amendes 3,9 4,6 +17
Autres recettes
non fiscales 53,1 62,3 +18.