Dans un contexte de crise financière internationale, les banques libanaises ont nagé à contre-courant, avec des bénéfices consolidés en hausse de près de 30 % en 2008.
Paradoxalement, le secteur a bénéficié de la mauvaise conjoncture mondiale, tout en capitalisant sur la relative stabilité politique et la reprise de l’économie locale.
Le total des actifs bancaires a progressé deux fois plus vite que la moyenne des cinq dernières années, affichant une croissance de 14,6 % en 2008, soit 12 milliards de dollars d’augmentation, à 94,3 milliards de dollars, contre une hausse de 10,7 % l’année précédente.
Cette croissance a été tirée par l’augmentation record des dépôts bancaires de 10,5 milliards de livres, soit 15,6 % contre 10,2 % en 2007. « La croissance annuelle s’est située entre 8 et 12 % ces cinq dernières années. La performance exceptionnelle de 2008 est liée à la crise financière internationale », explique le secrétaire général de l’Association des banques, Makram Sader. D’une part, le secteur bancaire local a bénéficié du rapatriement de capitaux de certains membres de la diaspora et, d’autre part, il a pu attirer de nouveaux fonds grâce au niveau relativement élevé de ses taux d’intérêt. En effet, dans un contexte mondial de baisse des taux, la marge entre le taux de référence Libor 3 mois et le taux créditeur sur la livre libanaise est passé de 242 points de base fin 2007 à 539 points de base en décembre 2008. Ce différentiel de taux est « un facteur d’attraction majeur pour les Libanais non résidents mais aussi pour la communauté des affaires arabes », souligne Makram Sader.
Près de 80 % de la croissance globale des dépôts est d’ailleurs imputable à celle des dépôts en livres. Ces derniers ont augmenté de 8,4 milliards de dollars, contre une hausse de 2,1 milliards pour les dépôts en dollars. Par conséquent, le taux de dollarisation des dépôts est passé de 77,3 % en décembre 2007 à 69,6 % à la fin de l’année dernière, au plus bas depuis septembre 2004.
Les fonds propres du secteur ont également progressé de 13,4 % en 2008, alors qu’ils n’avaient augmenté que de 8,3 % l’année précédente.
Parallèlement, la distribution de crédits s’est accélérée. Les crédits octroyés au secteur privé résident ont augmenté de 18,6 % sur un an, à plus de 21 milliards de dollars, contre une croissance de 15,9 % en 2007, pour accompagner la reprise de l’économie locale. « Une hausse du PIB réel de 8 % et un taux d’inflation de 7 à 8 % en 2008, soit une croissance économique nominale d’au moins 15 %, sont à la fois la cause et la conséquence de la hausse des crédits bancaires », souligne Makram Sader. Le financement des projets régionaux d’hommes d’affaires libanais a également soutenu cette activité, ajoute-t-il. Au total, les crédits au secteur privé résident et non résident ont augmenté de 22,7 %, à 25 millirads de dollars.
Quant aux crédits au secteur public, ils ont augmenté de 18,1 % en 2008, contre une hausse de 3,9 % un an plus tôt, en raison de la hausse des dépôts en monnaie locale. En effet, seuls les crédits au secteur public en livres ont augmenté de près de 44 %, tandis que les crédits en devises ont légèrement reculé, de 6,5 %. En termes relatifs, l’exposition bancaire envers le Trésor a baissé, puisque le ratio des bons du Trésor en livres sur les dépôts en livres a reculé de 68,1 % à 63,4 % en un an, et celui des eurobonds sur les dépôts en devises est passé de 21,3 % à 19,1 %. Toutefois, avec une croissance totale des crédits (22,6 % sur un an) supérieure à celle des dépôts, le ratio des crédits sur les dépôts bancaires a légèrement augmenté, passant de 30,4 % en décembre 2007 à 32,2 % un an plus tard. « Celui des crédits sur les dépôts en dollars est aux alentours de 35 à 36 %, contre 113 % aux Émirats arabes unis », souligne Makram Sader.
La liquidité bancaire a ainsi diminué, mais elle reste relativement élevée par rapport aux moyennes régionale et mondiale. Le ratio de liquidité primaire en devises sur les dépôts en devises est passé de 52,6 % en 2007 à 49,4 % l’année dernière. Près de 28,4 % des dépôts en devises ont été placés à la BDL et 21 % auprès des banques correspondantes à l’étranger.
Toutes devises confondues, les dépôts du secteur bancaire auprès de la BDL ont augmenté de 31,1 % en 2008, sous l’effet de la hausse des dépôts bancaires et des souscriptions aux certificats de dépôts.
Les avoirs extérieurs du secteur, en revanche, ont baissé de près de 53 % l’année dernière. Alors que les banques avaient augmenté leurs placements à l’extérieur en 2007 pour diversifier leurs risques, la crise financière a entraîné un mouvement inverse. Ces avoirs étrangers sont essentiellement liquides, composés de dépôts à court terme dans les banques correspondantes.
Mais ils peuvent également comprendre des placements obligataires relativement sûrs.
C’est d’ailleurs par ce canal que la crise financière internationale a touché le secteur bancaire local. La Bank Audi, par exemple, a dû provisionner 20 millions de dollars d’obligations de Lehman Brothers, après la faillite de la banque d’affaires américaine, mais ce montant ne représentait que 0,1 % de ses actifs. Autre conséquence de la crise pour Bank Audi : les discussions sur une éventuelle fusion avec la banque d’investissement égyptienne, EFG Hermes, ont été suspendues jusqu’à nouvel ordre. Le secteur poursuit sa croissance
2006 2007 2008 Var.
07-08 (%)
Nombre de banques 63 66 65 -1,5
Nombres d’agences 844 864 877 +1,5
Total actifs
(milliards dollars) 76,2 82,3 94,3 +14,6
Total dépôts
(milliards dollars) 61,7 68,1 78,7 +15,6
Dont secteur
privé résident
(milliards dollars) 51,3 57,7 66,3 +14,9
Total crédits
(milliards dollars) 37,9 41,9 50,4 +22,6
Dont crédits privés
(milliards dollars) 17,2 20,4 25 +22,7
Dont crédits publics
(milliards dollars) 20,7 21,5 25,4 +18,1
Fonds propres
(milliards dollars) 5,8 6,3 7,1 +13,4
Avoirs extérieurs nets
(milliards dollars) 4,2 7 3,3 -53
Dépôts auprès de la BDL
(milliards dollars) 19,3 19,63 25,73 +31
Bénéfices (millions dol.) 658 ND ND -
Sources : BDL, Association des banques. L’expansion continue
Nb. de banques Nb. de pays
d’implantation
2001 16 13
2002 18 16
2003 18 14
2004 18 15
2005 17 14
2006 17 17
2007 17 20
2008 17 25. Kafalat en chiffres
2007 2008 Var.
07-08 (%)
Nombre de prêts 782 908 +16,1
Montant global
(millions dol.) 92,8 126,2 +36,1
Montant moyen d’un
prêt garanti (en dollars) 118 796 138 952 +17
Source : Kafalat.