Le rythme de croissance des dépôts bancaires ralentira-t-il cette année ?
Il est difficile de prévoir l’évolution des flux sur les mois à venir, car cela dépendra des fonds disponibles. Les liquidités des Libanais de la diaspora ne sont pas intarissables, même si les taux sur la livre libanaise restent attractifs.
La baisse du prix du pétrole risque-t-elle d’affecter les flux arabes vers le Liban ?
La part des fonds arabes est certainement importante dans la base des dépôts, au même titre que ceux de la diaspora. Mais quantitativement, le Liban n’attire qu’une part négligeable des avoirs arabes, estimés à 1 700 milliards de dollars au total. Même si les investisseurs arabes perdent 30 % de leur fortune, l’impact sur le Liban sera minime. En revanche, si les conditions politiques et sécuritaires domestiques se dégradent, nous pourrions assister à une baisse des flux entrants, voire à une sortie de capitaux.
En principe, une croissance des dépôts de 7 % par an permet de financer les secteurs public et privé dans des conditions normales. Mais plus la situation politique est négative, plus le besoin en liquidités est important.
Avec la dégradation des conditions économiques régionales, les filiales des banques libanaises risquent-elles d’être affectées ?
D’abord, il faut savoir que les banques locales n’utilisent pas les dépôts au Liban pour financer des crédits à l’étranger. Les ressources des filiales proviennent des pays où elles sont installées, il n’y a donc pas de risques de position de change. Seuls les profits sont consolidés. Le secteur pourrait donc être affecté à ce niveau, puisque 26 à 30 % de ces bénéfices proviennent des filiales. Mais la bonne réputation acquise par les banques libanaises durant la crise financière pourrait aussi accélérer leur expansion et compenser ainsi une éventuelle baisse de l’activité dans certains pays.
Quelles sont vos prévisions pour le secteur en termes de profits ?
Le taux de profits par rapport au total bilan, soit le rendement des actifs, a été de 1,2 % en 2008. À mon avis, il sera difficile de maintenir ce niveau cette année. D’une part, parce que les avoirs extérieurs du secteur seront moins rémunérés. D’autre part, car les banques devront encourager les prêts en livres libanaises, étant donné la baisse du taux de dollarisation des dépôts. Or, le coût effectif de la livre est supérieur à celui du dollar, avec des réserves obligatoires de 15 % rémunérées à un taux zéro.
Il est toutefois question à la BDL d’assouplir les mécanismes d’octroi de prêts en livres au secteur privé, mais le projet dépend du vote du budget 2009.
Les banques libanaises seront-elles tentées par des placements en devises plus risqués mais mieux rémunérés ?
Il n’y a aucun risque à ce niveau. La liquidité en devises est notre talon d’Achille et notre première ligne de défense en temps de crise. La bonne gestion de ces liquidités est une règle d’or dans une économie dollarisée. Les liquidités placées à l’étranger par la Banque du Liban et par le secteur bancaire s’élèvent à près de 26 milliards de dollars, soit environ 45 % des dépôts en dollars.
Le Liban peut-il bénéficier de l’assouplissement du secret bancaire dans certains pays, comme la Suisse ?
L’assouplissement concerne certains cas relatifs à l’évasion fiscale. Je ne souhaite donc pas voir des fonds de cette nature entrer dans les banques libanaises. Le secret bancaire n’est pas fait pour protéger des transactions illicites, c’est une tradition liée à nos libertés de citoyen.
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