La sinistrose qui a prédominé ces derniers mois paraît s’éloigner peu à peu avec le beau temps. C’est en tout cas ce que veulent faire croire les gouvernements, qui s’échinent à restaurer la confiance des consommateurs, facteur-clé de la reprise économique. « Le moteur de la croissance est la consommation et l’endettement des ménages », confirme Albert Letayf, PDG de Levant Finance Advisors. Pour cela, il faut dépenser et emprunter : les États ne ménagent pas leurs efforts en proposant des taux d’intérêt faibles, des plans de soutien et en faisant tourner la planche à billets. Le président américain Barack Obama lance régulièrement des appels rassurants et le président de la Réserve fédérale (FED) Ben Bernanke annonce une stabilisation de l’économie américaine dès la fin 2009. Le camp des plus optimistes le répète : la demande de pétrole va reprendre grâce aux besoins des marchés émergents, les banques vont redevenir bénéficiaires et éponger leurs dettes, et les déficits publics vont être jugulés par la maîtrise de l’inflation. Les chiffres de la croissance de la zone euro publiés récemment, peu brillants, plaident néanmoins pour une stabilisation de la récession. Selon la Commission européenne, la croissance du PIB de ses membres devrait atteindre -4 % en 2009, mais remonter à -0,1 % en 2010. La Grande-Bretagne, dont la santé économique et financière est actuellement critique, devrait même, selon ses prévisions, repasser timidement dans le vert avec +0,1 %. Outre-Atlantique, le “stress test” imposé aux banques au mois de mai a rassuré les acteurs économiques et financiers. Aucune des dix-neuf principales banques testées n’est en situation d’insolvabilité, mais dix d’entre elles doivent se recapitaliser pour atteindre les objectifs fixés par le Trésor.

La reprise du secteur privé est indispensable
En dépit de ces nouvelles encourageantes, les opposants à ce scénario heureux sont nombreux. « Le moteur va rester grippé pour un certain temps, nous avons échappé à une dépression, mais cela ne veut pas dire que nous sommes tirés d’affaire, prédit Albert Letayf. La reprise économique ne sera vraiment dynamique que quand le secteur privé se relancera, les injections de fonds par les États ne peuvent pas suffire, elles ne font que colmater les brèches. Cela n’arrivera pas avant trois ou quatre ans. » Une perspective peu réjouissante, mais réaliste compte tenu de l’importance de la dette accumulée par les États et le secteur bancaire. Autre spectre à l’horizon, celui d’un chômage à deux chiffres qui menace les pays développés. Selon les prévisions de la Commission européenne, le taux de chômage dans la zone euro passerait de 9,9 % en 2009 à 11,5 % en 2010 ; avec un pic de 20 % pour l’Espagne.
Le Fonds monétaire international (FMI), grand argentier mondial, est inquiet : dans ses dernières “Perspectives pour l’économie mondiale”, il note que « la coïncidence d’une crise financière et d’une récession mondiale va probablement entraîner une baisse de la production d’une gravité et d’une longueur inhabituelles ». Les États-Unis sont particulièrement pointés du doigt. Le niveau d’endettement du pays atteint 350 %, en agrégeant les dettes de l’État, des entreprises et des ménages. Un phénomène qui n’avait pas été observé depuis 1929.

Des marchés relativement confiants
Le futur incertain de l’économie, qui a fortement déprimé les marchés financiers depuis l’an dernier, a désormais l’air de moins peser sur la finance mondiale. Selon un sondage de Merrill Lynch de la fin du mois d’avril, les investisseurs ont de nouveau de l’appétit pour le risque. Les managers de fonds d’investissement interrogés ont exprimé un optimisme quant à une reprise de la croissance jamais vu depuis 2004.
Pour certains professionnels, cet engouement s’explique par la vision à moyen terme des marchés, qui voient déjà la sortie de crise.
Ce regain de confiance des investisseurs est une excellente nouvelle, car l’une des plus importantes leçons des crises financières antérieures est que l’efficacité de la politique macroéconomique et la solidité de la reprise sont conditionnées par la restauration de la confiance dans le système financier.