Contrairement à celui des actions, le marché obligataire est un marché de long terme. Mais attention, un taux d’intérêt doit toujours être analysé à un instant défini. Il est délicat de gérer le taux sur le long terme. Si dans les mois ou les années à venir il y avait une remontée des rendements des emprunts, une obligation actuelle pourrait ne plus présenter le même intérêt. C’est pour cela qu’une gestion obligataire ne doit pas être décidée uniquement par rapport à un risque de hausse ou de baisse.
Deux types d’obligations existent sur le marché. Les obligations émises par les États et celles qui sont émises par les entreprises.
Obligations d’État
« Ces derniers mois, nos conseils d’investissement ont été de placer son argent principalement dans les obligations souveraines pour les clients conservateurs », explique Toufic Aouad, directeur général de la banque privée Audi-Saradar. Mais aujourd’hui les investisseurs envisagent de diversifier à nouveau leurs placements. Pour beaucoup d’analystes, les obligations des États européens et américains ont désormais perdu de leur intérêt, car leur rendement est faible et ils risquent de perdre de la valeur avec la remontée des taux longs. Dory Hage, responsable du département fonds et produits structurés de la LFF, est moins pessimiste : « Les obligations américaines, avec aujourd’hui un rendement de 3,18/3,20 %, pourraient atteindre jusqu’à 3,40 % de rendement. » Les emprunts d’États européens, engagés sur la même pente qu’outre-Atlantique, restent encore pour l’instant une valeur refuge pour les investisseurs frileux et inquiets du spectre d’une déflation, en particulier l’Allemagne, notée AAA.
Succès des obligations corporate
Repli classique des investisseurs par avis de tempête financière, les obligations émises par les entreprises ont le vent en poupe. « 2009 est indubitablement une année obligataire », constate Patrick George, responsable du département de gestion d’actifs chez FFA Private Bank. La notion de rendement actuariel rassure. Alors comment bien sélectionner une entreprise émettrice de papier ?
Tous les professionnels s’accordent pour insister sur l’importance de se concentrer sur les sociétés générant des cash-flows. Parlant des entreprises qui émettent aujourd’hui et trouvent preneur dans le marché primaire obligataire, « c’est une sorte de sélection naturelle, c’est un signe de dynamisme, et cela signifie également qu’elles peuvent faire face à des imprévus », explique Frédéric Lamotte, responsable investissements de la banque privée du Crédit agricole suisse. Les entreprises qui émettent des obligations actuellement – alors que le crédit est encore en crise – représentent, selon lui, de bons investissements, car leur risque de défaut devrait être faible.
Le taux d’endettement est aussi à regarder à la loupe.
« Le surendettement d’une société implique que celle-ci peut faire défaut à tout moment », observe Albert Letayf, PDG de Levant Finance Advisors. Il conseille aux investisseurs de regarder l’activité de l’entreprise ciblée et d’étudier son bilan. « Il faut qu’elle ait une part de marché et qu’elle en dégage déjà des bénéfices, sans qu’elle n’ait besoin d’augmenter son endettement de manière importante. » Une visibilité internationale est également un bon point, tout comme la notation, bien que cette dernière ne doive plus être considérée comme critère unique de sélection. Les obligations en dollars d’entreprises bien notées proposent en général des rendements de 5 à 8 %.
Quels secteurs privilégier ? « Il faut miser sur les grandes sociétés cycliques, telles que les télécoms, l’industrie, la pharmacie ou l’énergie », préconise Christophe Gancel, directeur général du Crédit agricole suisse. Énergie et télécoms sont traditionnellement des activités-clés pour les gouvernements, qui les soutiendront en cas de problèmes. Elles ont donc peu de risque de défaut. « Les secteurs miniers et pétroliers sont intéressants, car ils ont beaucoup baissé, la demande va certainement reprendre », diagnostique Albert Letayf. Pour le financier, les entreprises pas trop endettées vont globalement bien remonter. À la Banque Byblos, on conseille de regarder du côté des sociétés russes, descendues très bas, mais avec un fort potentiel de rebond.
Exploiter les “spreads” de taux
Les banquiers et les gestionnaires de portefeuilles utilisent couramment le principe des “spreads”, écart de rendement entre une obligation privée et un emprunt d’État de durée identique, pour profiter au maximum du marché obligataire. « C’est une opportunité, il faut investir sur les grands noms sous-évalués sur 4-5 ans », préconise Patrick George, responsable du département de la gestion d’actifs de FFA Private Bank.
La politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, qui fait son maximum pour regonfler l’économie, va contribuer à réduire les écarts de taux toujours très larges sur les obligations d’entreprise. Il faut donc profiter des “spreads” maintenant, car le prix des obligations évolue à l’inverse des taux. Une stratégie partagée par Frédéric Lamotte de la banque privée du Crédit agricole suisse. « Aujourd’hui, le secteur obligataire n’est pas tiré par les taux d’intérêt, explique-t-il. Mais quand ces taux remonteront, la valeur des obligations va diminuer. »
Quand la confiance reviendra dans les banques, celles-ci se remettront à consentir des prêts. Le recours à la dette obligataire ne sera plus un aussi bon investissement. Si l’on veut entrer dans les marchés d’obligations d’entreprises, il faut donc se dépêcher.
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