L’identité cosmopolite des Libanais s’applique également à leurs investissements. Contrairement aux Occidentaux, ils n’hésitent pas à jongler entre les dollars, les euros et les livres pour optimiser leurs placements. Alors, quelle devise choisir en ces temps perturbés ? La plupart des banquiers conseillent aux investisseurs de placer leur argent dans la monnaie avec laquelle ils se sentent le plus à l’aise. « Les Libanais se tournent généralement vers le dollar par habitude et par attachement, explique Paul Chucrallah, de la Banque al-Mawarid. Ce n’est pas la peine de diversifier pour le principe, il faut investir dans ce que l’on connaît et ce que l’on comprend. »
Le dollar, actuellement faible, reste la monnaie de référence
Le retour des craintes des investisseurs face au spectre de la déflation et aux annonces des résultats fragiles de l’économie américaine rend service au billet vert qui, grâce à son statut de valeur refuge, remonte légèrement. « Il ne faut pas sous-estimer le dollar. Il ne se dépréciera pas autant qu’on le pensait il y a encore trois mois », prédit Frédéric Lamotte, responsable investissements de la banque privée du Crédit agricole suisse. Chez Merrill Lynch, les analystes prédisent une reprise progressivement de la monnaie jusqu’en 2010. Pour les optimistes qui misent sur un rebond économique à moyen terme, parier sur le dollar est un bon calcul. « Il faut anticiper le différentiel de croissance entre l’Europe et les États-Unis, qui s’ajusteront plus rapidement que le Vieux Continent. Le dollar devrait ainsi remonter progressivement », ajoute le banquier du Crédit agricole suisse. La crise a néanmoins créé une nouvelle donne sur les marchés de change. « Le dollar marquera peut-être le pas face au yuan chinois à moyen ou long terme. Nous allons assister à un équilibre multipolaire plus marqué », note Frédéric Lamotte. Il va même jusqu’à imaginer l’entrée d’une troisième devise mondiale d’ici à 10 ans, qui viendrait bousculer le couple américano-européen.
Un euro fragile, mais qui reste gagnant
Pour le moment, c’est l’euro qui tire faiblement son épingle du jeu. La monnaie unique profite du retour timide des investisseurs sur les marchés d’actions européens dans un contexte de reflux de l’aversion au risque. « À moyen terme, nous privilégions l’euro, car les banques américaines ont besoin de davantage de capital pour se renforcer », explique-t-on à la Banque Byblos. Mais la devise pâtit des dissensions internes de l’Union européenne, et « pourrait être affaiblie par les problèmes économiques en Europe de l’Est », estime Dory Hage, de la LFF.
Livre libanaise : un placement rentable
Les investisseurs libanais sont historiquement très sensibles aux taux, vivant souvent entre les États-Unis, l’Europe et Beyrouth. « La livre est intéressante si l’on cherche plus de rendement fixe à échéance courte », explique Toufic Aouad, directeur général de la banque privée Audi-Saradar. Même discours à la Banque Byblos, où les spécialistes insistent sur la stabilité du système bancaire libanais et, par conséquent, la sécurité des placements en livres qui proposent souvent des rendements honorables, à condition d’accepter le risque souverain du pays.
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