Le chiffre d’affaires et le bénéfice consolidés de Solidere ont chuté respectivement de 8 et de 18,5 % en 2008. Mais ces résultats, dus notamment à la situation politique au Liban en 2008 et à la conjoncture économique défavorable dans le Golfe, n’entament pas l’optimisme des analystes et des investisseurs pour l’avenir de la compagnie.
Solidere, qui a été créée en 1994 dans le but unique de développer et de reconstruire le centre-ville de Beyrouth, a enregistré un accroissement de 18 % de son bénéfice pour la partie libanaise de ses activités qui est la plus importante. C’est Solidere International (SI), la société créée en 2007 afin de permettre à Solidere d’investir en dehors du centre-ville de Beyrouth, et dont elle est actionnaire à 38 %, qui, en enregistrant une perte de 1,8 million de dollars, fait chuter le bénéfice consolidé de la compagnie à 182,7 millions de dollars, contre 224,2 en 2007.
Le groupe réalise tout son chiffre d’affaires, qui s’élève à 286 millions de dollars en 2008, au Liban. Les ventes de terrains représentent 90 % du total, bien qu’elles aient diminué de 11 % par rapport à 2007, pour s’établir à 256,6 millions de dollars. En fait, les ventes enregistrées en 2007 correspondaient à des transactions antérieures. La société ne comptabilise en effet les ventes qu’après le respect de différents critères, dont la livraison des biens. À fin 2007, la société avait 660 millions de dollars de transactions en attente de concrétisation comptable. En 2008, ce montant s’élève à 731 millions de dollars, soit 11 % de plus. Ce “backlog” lui assurera des rentrées d’argent sur les trois prochaines années.
Les revenus locatifs ont quant à eux augmenté de 4,5 %, à 21,6 millions de dollars ; ils représentent actuellement 7,5 % des revenus de la compagnie. Mais cette part est amenée à doubler dans les prochaines années, notamment grâce à l’achèvement des souks de Beyrouth. Solidere pourra alors compter sur environ 100 millions de dollars annuels en rentes.
Solidere International réalise, quant à elle, un chiffre d’affaires nul, puisque la compagnie n’enregistrera les ventes qu’une fois les projets achevés et livrés. Or son plus gros projet, celui d’al-Zorah dans l’émirat d’Ajman, vient d’être restructuré pour faire face à la crise économique, et est encore en cours d’exécution. En revanche, certains coûts de construction ont déjà été imputés, d’où le déficit du bénéfice de Solidere International de 1,8 million de dollars. En prenant en compte le fait que l’année précédente, Solidere International avait enregistré 68 millions de dollars de profits au titre d’actions gratuites, le bénéfice de la compagnie chute de 103 % et plombe les résultats consolidés du groupe.
Une situation financière saine
La situation financière du groupe Solidere s’est encore assainie depuis l’année dernière, puisque son endettement à long terme a été réduit de sept millions de dollars à 2,3 millions en 2008, ce qui représente 0,13 % de ses fonds propres.
De plus, le groupe bénéficie d’un très haut niveau de liquidités, qui représentent à elles seules 24 % des actifs, bien qu’elles aient diminué de 12 % par rapport à 2007. Cette liquidité, couplée à un programme d’investissements à venir relativement faible (350 millions de dollars pour compléter la partie libanaise des travaux), permet à la compagnie de distribuer des dividendes d’un dollar par action, soit environ 155 millions de dollars bruts (147 millions nets). Le ratio de distribution des dividendes par rapport aux bénéfices distribuables s’élève donc à 85 %. Contrairement à l’année précédente, Solidere ne pioche pas dans ses réserves pour distribuer ces dividendes, puisque leur montant est inférieur au bénéfice réalisé en 2008.
En gardant une certaine continuité dans la distribution de dividendes, la compagnie émet des signaux positifs à l’égard des investisseurs et leur assure un rendement de l’action à fin juin, de 4 %, ce qui est « correct » d’après Marwan Salem, à la tête du département recherche et conseil de la FFA Private Bank.
Un titre décoté selon les analystes
Le titre de Solidere se négociait fin juin à 24 dollars environ sur la bourse de Beyrouth. Il est décoté au vu des fondamentaux de la compagnie selon plusieurs analystes. FFA Private Bank mise sur un titre à 29 dollars prochainement; Citigroup table quant à elle sur un cours de 34 dollars, tout en soulignant le risque « élevé » de ce placement : dans un environnement de crédit resserré, les promoteurs de Solidere peuvent rencontrer des difficultés pour payer leurs dettes à temps à la compagnie ; et Solidere International encourt un risque en s’associant avec des partenaires locaux dans des pays aux régulations différentes, souligne la banque.
Sébastien Hénin, gérant de portefeuille chez ADIC, l’un des fonds d’investissements d’Abou Dhabi, reste confiant. Selon lui, la livraison de la première partie des souks de Beyrouth avant la fin de l’année aura un impact important : d’une part, il s’agit d’un projet très structurant pour Solidere, qui fera monter les prix à la vente ; d’autre part, les revenus locatifs de Solidere vont augmenter, ce qui accentue la diversification du chiffre d’affaires de la compagnie et permet à celle-ci d’accroître la part de ses revenus issue de sources moins volatiles que le bâtiment. « La livraison des souks va créer un momentum favorable sur le titre et réduire sa décote », conclut-il.
À terme, il juge aussi positif le pari d’exportation de Solidere d’autant qu’elle est très prudente : « La compagnie découvre d’abord le marché en tant que gestionnaire de projets, sans engager de liquidités importantes, et y développe son savoir-faire. Si elle y voit du potentiel, elle lève des options pour acheter des terrains et les développer elle-même. C’est ce qui s’est passé en Égypte par exemple ces deux dernières années. Malheureusement pour Solidere, elle a eu à affronter une situation économique défavorable ; il faut donc juste lui donner du temps. »
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