Les entreprises privées algériennes sortaient à peine de l’artisanat quand le pays a sombré dans près de dix années de violences sanglantes. À la fin de ces années noires, en 1999, l’économie algérienne était exsangue, enregistrant d’importants retards. Le changement total des politiques publiques intervenu ensuite a été marqué sans nul doute par la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne en 2002, entré en vigueur en 2005.
C’est dans le cadre de la mise en œuvre de cet accord que la décision a été prise de renforcer le secteur privé algérien. Il était urgent d’améliorer la compétitivité des entreprises algériennes et permettre une contribution plus importante des PME/PMI locales à la croissance. Cet effort était d’autant plus impérieux que le pays, qui assurait le plein emploi quelques dix ans auparavant, souffrait en 2003 d’un taux de chômage de 23,7 % de sa population active en raison de la faiblesse du niveau des investissements pendant des années mais aussi de la restructuration de l’administration et des entreprises publiques entamée à l’incitation du FMI, dans un pays où l’État était largement le premier employeur.
Avec un budget de 57 millions d’euros alloué par l’UE, les actions décidées dans le cadre du programme d’appui aux PME devaient favoriser l’émergence de conditions favorables au développement de l’ensemble des PME/PMI, un secteur fortement générateur d’emplois.
Selon le diagnostic établi, les entrepreneurs se plaignaient de ne pas pouvoir accéder à l’information, à des appuis techniques et aux financements. Le programme de l’Union européenne a cherché à y remédier à travers l'assistance technique et la formation. Quant à l’appui au financement, l’action menée sur cinq ans a permis d'établir les structures pour la création d’un fonds de garantie et faciliter ainsi l'accès au financement. Dans le même temps, des opérations de communication qui ont utilisé tous les moyens disponibles dans le pays ont assuré au projet une grande visibilité auprès du public et des PME.
Pas moins de 450 PME algériennes ont bénéficié du programme de mise à niveau. Un nombre important, au regard des objectifs initiaux. Les critères d’éligibilité limitaient en effet les candidats aux seules entreprises industrielles privées, ayant au moins 20 salariés et au moins trois ans d’activité. L’exigence de bilans certifiés et d’une situation financière équilibrée diminuait aussi le nombre des postulants, sachant que le pays comptait quelque 300 000 PME en 2005. Mais au-delà des critères administratifs ou fiscaux, le programme visait surtout des entreprises ayant une réelle volonté et de se positionner sur le marché.
Si aucun bilan chiffré officiel du résultat du premier programme d’appui aux PME/PMI qui a pris fin en 2007 n’a encore été rendu public, il est jugé globalement satisfaisant. Le taux d’embauche de cadres supérieurs a progressé considérablement dans les entreprises concernées. Par ailleurs, il n’est pas besoin de statistiques pour savoir que nombre de PME concernées par le programme d’appui de l’UE sont aujourd’hui certifiées ou en cours de certification. Leur chiffre d’affaires est aussi en progression, elles investissent dans le marketing, les nouvelles technologies et la communication et font surtout partie des entreprises qui recrutent. Venus Sapeco, le modèle d’une mise à niveau
Dans le bureau de Amel et de Karima, les étagères croulent sous un nombre ahurissant de flacons. Ce sont les produits des laboratoires Venus, mais aussi ceux de la concurrence. Nous sommes dans le service marketing, qui a connu un développement impressionnant depuis que l’entreprise a bénéficié du programme d’appui aux PME initié par l’Union européenne.
Les laboratoires Venus sont aujourd’hui leader sur le marché des cosmétiques en Algérie avec 80 produits et l’entreprise est certifiée ISO:9001 et 14001. « Nos produits sont aux normes européennes », précise Mohammad Ouchelli, directeur général adjoint de la société. Il indique que cette mise aux normes est liée pour beaucoup au programme européen d’appui aux PME dont a bénéficié l’entreprise. « Il s’est agi essentiellement d’audit en matière de management et de marketing », précise-t-il. Cela s’est traduit par un travail plus précis sur le design des emballages et des étiquettes, et une offensive médiatique qui fait de Venus un des plus gros annonceurs dans sa branche en Algérie.
Venus emploie 200 personnes dont une quarantaine de diplômés universitaires. Elle exporte vers le Maroc et d’autres pays africains. Le programme d’appui aux PME, financé à 80 % par l’Union européenne, a donné une telle aura à l’entreprise qu’elle a pu convaincre l’université de Blida toute proche de développer une filière professionnelle en cosmétologie.