La Librairie Antoine et le groupe français Hachette ont créé une joint-venture à parts égales dont l’objectif est de développer l’activité d’édition en arabe. D’ici deux à trois ans, le but de cet investissement dont le montant n’est pas communiqué est d’éditer quelque 150-200 nouveautés par an, alors que les éditions du groupe Naufal n’en diffusent que 20-25 par an aujourd’hui.
Baptisée Antoine-Hachette, la nouvelle structure absorbe les filiales actuelles de la Librairie Antoine spécialisées dans l’édition. Il s’agit des Éditions Naufal (littérature générale, essais romans) et des Éditions Antoine (livres scolaires, parascolaires, quelques collections professionnelles). Ces dernières collaboraient déjà depuis 14 ans avec Hachette pour la production de livres scolaires de français, de sciences et de mathématiques destinés au marché libanais.
L’idée de pousser ce partenariat plus avant avait germé en 2006, mais l’aventure avait été interrompue par la guerre estivale avec Israël. « Nous avons repris les négociations en décembre 2008 et elles ont rapidement abouti à la concrétisation du projet », explique Émile Tyan, PDG de la nouvelle entité qui sera basée au Liban et emploiera 14 personnes (dont huit créations de postes).
« Notre histoire avec le groupe Naufal remonte à 76 ans, au-delà du business, nos deux sociétés se connaissent et s’apprécient. Nous avons déjà une participation importante dans l’une des sociétés du groupe, les Messageries du Moyen-Orient, et au fil du temps, des liens amicaux ont été noués : nous parlons le même langage », souligne Patrick Dubs, directeur général de Hachette Livre International.
La joint-venture coïncide avec deux volontés parallèles d’expansion sur le marché arabophone. Du côté de la Librairie Antoine, l’objectif est de poursuivre la stratégie d’expansion du groupe à l’étranger (Voir Le Commerce du Levant, n° 5588). « Nous pensons qu’elle est plus efficace sur le segment de l’édition que sur celui de la distribution », explique Émile Tyan. L’expérience d’implantation d’une librairie en Jordanie n’a en effet pas été probante, en raison notamment de la difficulté de trouver sur place des ressources humaines formées au métier. « Ça nous revient trop cher d’y envoyer des Libanais avec des contrats d’expatriation. »
L’alliance avec Hachette, le numéro deux mondial de l’édition grand public, donne évidemment un « coup d’accélérateur » à ce projet, explique-t-il. « Nous leur apportons notre connaissance de la région et de sa langue, ils nous font bénéficier de leur expertise et de leur catalogue (18 000 nouveautés par an), les deux tiers des futures publications devant être des traductions. » À un horizon de cinq ans, Antoine-Hachette devrait représenter 25 à 33 % du chiffre d’affaires de la librairie contre une part actuelle de 8 à 10 % pour son pôle édition.
De son côté, Hachette cherche à s’implanter plus agressivement dans les bassins linguistiques où elle n’est pas présente. Le bassin arabophone qui va du Maghreb au Golfe est l’un d’eux. Un investissement qui coïncide avec un autre développement en Chine. « Nous venons de signer un accord similaire avec le deuxième éditeur chinois », explique Patrick Dubs. La Russie serait une prochaine étape. Responsable adjoint, avec Catherine Cussigh, du développement d’Hachette Livre, il souligne la part croissante de l’international pour le groupe français qui est implanté dans 25 pays, avec des positions leader en Angleterre, en Espagne, aux États-Unis : « La part du résultat de l’international était inférieure à 25 % en 2002. Aujourd’hui, elle dépasse les 70 %. »
Les habitudes de lecture y sont certes encore limitées – avec une demi-heure par an –, mais le marché arabophone qui compte 340 millions de locuteurs est en pleine croissance, notamment dans son volet numérique, explique Patrick Dubs, pour qui le positionnement d’Hachette est à moyen et long terme.
« Le principal défi qu’il nous faudra relever est celui de la qualité, dans un marché dominé par le piratage où les réseaux de distribution sont embryonnaires », souligne de son côté Émile Tyan. Les premiers marchés visés seront l’Arabie saoudite et le Maghreb, l’Égypte ayant déjà une base de production locale.
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