Garantir les prêts des entreprises libanaises auprès des banques commerciales. Depuis sa création en 1999, Kafalat, l’organisme financier d’utilité public détenu par l’Institut national de garantie des dépôts (75 %) et cinquante banques libanaises (25 %) ne fait que cela : Kafalat a aidé quelque 5 000 entreprises à trouver des financements (chiffres arrêtés au 31 décembre 2009) pour un montant de garantie de quelque 540 millions de dollars. Avant la création de Kafalat en effet, le crédit aux PMI-PME avait un coût très élevé au Liban. Les banques réclamant souvent des garanties sur les biens personnels de leurs clients qui oscillaient entre 120 et 200 % en moyenne. « La difficulté d'accès aux crédits des PME libanaises n’est pas seulement associée au coût du crédit. Parfois, les banques évaluent avec difficulté le risque de projets très innovants. Parfois aussi, les sociétés ont déjà d'autres crédits, ce qui les empêche d'accéder à des financements additionnels », explique Francisco Lopez-Menchero, responsable des projets de développement économique à la Délégation de l'Union européenne à Beyrouth. Dès son démarrage, Kafalat a mis en place deux programmes pour répondre aux besoins des entreprises. Le premier, Kafalat Basique couvre jusqu’à 75 % de la valeur du prêt garanti. Le prêt porte sur une période de sept ans et un maximum de 300 millions de livres libanaises (200 000 dollars). Quant à Kafalat Plus, il permet de garantir jusqu’à 85 % de la valeur du prêt. Le montant du crédit ne peut excéder 600 millions de livres libanaises (400 000 dollars). Son recouvrement court sur sept ans également.
Il manquait toutefois encore un chaînon : un fonds et un programme qui s’adressent aux start-up dans le domaine des technologies ou aux entrepreneurs disposant de peu de capitaux propres à apporter en garantie. C’est sur ce constat que l’Union européenne, le ministère libanais de l’Économie et Kafalat ont signé un accord, en 2006, pour la création d’un fonds de huit millions d’euros au total. L’Union européenne y contribue à hauteur de quatre millions d’euros. En contrepartie, Kafalat a débloqué un montant similaire. « Ce fonds a vocation à être “autosuffisant”. Les bénéfices comme les pertes éventuelles sont réinvestis pour contribuer à sa pérennité dans le temps », poursuit Francisco Lopez-Menchero. Dans la foulée de cet accord avec l’UE, Kafalat a donc créé un troisième programme : Kafalat Innovative, qui garantit jusqu’à 90 % de la valeur du prêt (et un pourcentage équivalent des intérêts du crédit bancaire) pour un montant maximum de 300 millions de livres libanaises (200 000 dollars) sur cinq ans.
Signé avant la guerre de 2006 entre Israël et le Liban, l’accord a connu un démarrage relativement lent. Mais après trois années d’exercice, ce fonds destiné aux start-up, qu’il s’agisse de celles qui s’inscrivent dans le programme Kafalat Plus ou dans Kafalat Innovative, remplit son rôle : en tout, quelque 30 jeunes entreprises high-tech ont bénéficié de sa garantie. Le succès est tel que l’effet de levier autorisé, ce mécanisme consistant à prendre une exposition au risque plus importante que le capital investi initialement, a été revu à la hausse, passant de 4 à 8, pour permettre un meilleur rendement. Ce qui a permis de renforcer le financement de Kafalat qui ainsi peut garantir jusqu’à 64 millions d’euros pour des start-up ou des entreprises. « Le fonds Kafalat pour l’innovation figure parmi les meilleurs rendements de la région », ajoute Francisco Lopez-Menchero de l’Union européenne. Il devrait d’ailleurs servir d’exemple parmi les “best practices” que compile en ce moment même l’Organisation de coopération et du développement économiques (OCDE). Une enquête du ministère de l’Économie, en 2008, montre que les entreprises qui ont reçu le soutien des programmes Kafalat Plus et Innovative représente environ 20 000 employés (dont 4 400 pour les seules start-up). C’est cette réussite “exemplaire” qui pousse d’ailleurs l’Union européenne, le ministère libanais de l’Économie et Kafalat à construire aujourd’hui un nouveau fonds de garantie pour les entreprises de capital-risque qui souhaiteraient investir dans des start-up libanaises. Dénommé Seed Garantee Fund, cet outil, toujours en gestation, est unique dans la région. Seuls, en fait, deux autres pays possèdent pareil levier : les États-Unis et la Finlande. Une innovation qui pourrait servir de modèle à d’autres dans l’avenir.


b>Edulab : un laboratoire scientifique virtuel
Douze employés et quelque 10 000 exemplaires de son seul logiciel de physique vendus cette année, contre 8 000 l’année précédente... Élie Chaaya, fondateur d’Edulab, une “jeune pousse”, pour reprendre la traduction française du terme start-up, qui élabore des CD éducatifs et scientifiques à destination des élèves libanais, peut être satisfait. « J’ai souvent voulu tout arrêter. J’ai ainsi longtemps cumulé plusieurs emplois et développé mon projet sur mon peu de temps libre… Aujourd’hui, mon entreprise n’a pas encore atteint son équilibre financier, mais Edulab est en progression constante. » Edulab prévoit son seuil de rentabilité pour l’année 2010. Pour se développer, l’équipe a bénéficié d’une garantie de Kafalat via le programme Kafalat Innovative. « C’est un triple avantage : un loyer de l’argent peu onéreux comparé aux crédits classiques des banques, une période de grâce d’un an et cinq ans pour rembourser », fait valoir Élie Chaaya. Ce prêt a permis à Edulab d’engager cinq ingénieurs. Le fonds d’investissement Berytech a ensuite investi 300 000 dollars contre 30 % des actions de l’entreprise afin de permettre à Edulab de maintenir le développement de sa suite “logiciels”. « Une jeune entreprise est un organisme fragile qui les premières années a besoin de soutien, dans la facilitation des démarches à la création ou dans un apport financier. Kafalat a été un coup d’accélérateur. Seul cependant il n’est pas suffisant. » L’idée à l’origine d’Edulab est simple. De nombreux lycées ne possèdent pas leurs propres laboratoires de recherches pour les expérimentations de physique ou de chimie. Alors pourquoi ne pas développer un logiciel qui permettra aux élèves d’accéder à un “laboratoire virtuel” pour reproduire certaines applications développées de manière théorique en cours ? Les CD-Roms d’Edulab trouvent vite une cible plus large : les élèves en difficulté désireux de réviser par eux-mêmes. « C’est un projet innovant : Edulab est le seul développeur de contenus éducatifs à s’adresser aux élèves. Les autres intervenants se sont tous concentrés sur la cible des professeurs, qu’ils aident à diversifier le contenu de leur cours. » Remarquée dès 2005 par le Prix Berytech, Edulab a aussi été primée en 2006 par le premier prix du MIT Arab Business Plan, une compétition dédiée aux entreprises innovantes dans laquelle concouraient cette année-là quelque 1 600 autres projets. « Cette récompense nous a permis de poursuivre notre projet. Aujourd’hui, nous proposons en plus un CD-Rom dédié au programme de chimie des classes secondaires. Et nous développons un produit similaire pour le cursus de maths et de biologie. Notre logiciel s’adapte à toutes les matières, à toutes les langues et s’applique à n’importe quel système éducatif. » La preuve ? Edulab concourt en ce moment pour un projet similaire financé par les autorités de Dubaï. Conditions de la garantie Kafalat Innovative
Kafalat Innnovative cible des entreprises qui développent des services ou des produits nouveaux, voire améliorent une production déjà existante mais pour laquelle l’entreprise démarche des marchés vierges ou des circuits de ventes inexplorés. L’idée, derrière pareille initiative, c’est aussi de mieux assurer la notion de “gouvernement d’entreprise” au sein des PMI-PME. Une étude de faisabilité est ainsi systématiquement demandée pour l’octroi de la garantie. Cela permet de légaliser des structures jusque-là informelles. Cela force les chefs d’entreprise à présenter chaque année des bilans comptables. Peuvent y souscrire des entreprises à responsabilité limitée (SAL, SARL ou coopérative) dont les besoins de crédit portent sur un minimum de 4 millions de livres libanaises (2 600 dollars) et un maximum de 300 millions (200 000 dollars). En cas de défaut de paiement, Kafalat assure le remboursement de 90 % de la somme impayée à la banque. Kafalat se rétribue via une commission de 2,5 % de la valeur de la garantie. De son côté, la banque se rémunère sur la base d’un rendement de 40 % d’un bon du Trésor sur un an, auquel s’ajoute une marge fixe de 3 %. Actuellement, le taux d’intérêt est de 5,2 %. La Banque centrale toutefois subventionne ces crédits jusqu’à 7 %. Cela signifie que si les taux d’intérêt ne dépassent pas 7 %, le client ne paie pas d’intérêt à la banque. Reste une ombre au tableau. De l’avis de nombreuses start-up, la période de grâce, allant de six mois à un an, n’est pas suffisante lorsqu’on démarre son entreprise. Toutes réclament son extension à deux ans minimum.