Alors que la reprise de l’économie mondiale est annoncée, quels sont les pays qui s’en sortent le mieux ? Le pire de la crise est derrière nous, mais le plus compliqué reste devant nous. La croissance mondiale devrait être de l’ordre de 3 % en 2010, mais cette reprise sera très différenciée. L’activité repart d’abord dans les pays où elle n’a pas trop baissé, tels que la Chine et l’Inde, le Brésil et les pays dits émergents qui montrent des signes forts de reprise. Leur croissance devrait tourner autour des 8 ou 9 %. Certains pays développés comme le Canada et l’Australie, tirés vers la croissance par leurs liens avec la Chine, s’en sortent également bien. L’Asie est généralement en tendance haussière, à l’exception du Japon dont le schéma économique ne correspond pas à celui de ses voisins. Qu’en est-il de l’économie américaine ? La situation américaine s’améliore progressivement, les taux d’intérêt sont bas, ce qui a permis de payer les pertes subies au plus fort de la crise financière. Les taux courts vont probablement remonter à la fin de l’année (plus sûrement début 2011), l’idée étant de stabiliser autant que possible les taux longs. Nous n’avons donc pas de réelle inquiétude quant aux risques d’inflation, car les taux d’intérêt à long terme monteront un peu, autour de 4,6 %. Les taux courts, eux, monteront graduellement et la Banque centrale américaine rémunérera certainement les réserves pour que les grandes banques n’alimentent pas l’inflation. La politique de sortie de crise devrait porter ses fruits aux Etats-Unis : nous estimons la croissance américaine autour de 3 % en 2010. En Europe, en revanche, le scénario est moins optimiste, avec une croissance prévue entre 1 et 1,5 % au plus. L’euro restera en retrait, nous estimons sa valeur à environ 1,2 dollar fin 2011. Cette faiblesse est soulignée par la reprise américaine et aggravée par le problème de la Grèce, qui freine la reprise de la région. Comment les stratégies de sortie de crise se répercutent-elles sur les taux ? La Chine, dont la croissance devrait atteindre 8,5 %, va certainement réévaluer le yuan pour prévenir tout risque de bulle et pour calmer sa croissance. On assistera ensuite à une hausse des taux d’intérêt. Les États-Unis vont directement hausser leurs taux d’intérêt fin 2010-début 2011. Enfin l’Europe et son maigre 1 % de croissance prévue doit augmenter très lentement ses taux. Quels sont les secteurs à surveiller si l’on veut investir ? Géographiquement, outre les pays asiatiques où se nichent traditionnellement les bonnes affaires, l’Australie et le Canada ainsi que les pays africains producteurs de métaux et de matières premières sont à suivre. Les marchés du Moyen-Orient vont bénéficier de la reprise des cours des matières premières. Mais les risques de tensions politiques dans la région, en particulier avec l’Iran, limitent le potentiel de rebond de ces marchés. En termes de type d’investissement, les commodités sont une carte à jouer. Notamment les métaux précieux et industriels, dont le potentiel est fort. On assiste par ailleurs à la remontée forte des métaux rares, tirée par le risque de pénurie des métaux utilisés dans les nouvelles technologies comme la téléphonie. L’argent et le platine vont eux aussi afficher une belle forme, principalement pour leur usage industriel. Si le pétrole repart à la hausse avec la reprise, cette hausse devrait être modeste, voire se stabiliser à court terme. L’or en revanche est une valeur prisée en temps de crise ou d’inflation : les investisseurs se détournent actuellement de sa qualité de valeur refuge. Le phénomène qui pourrait éventuellement faire remonter le cours de l’or est l’achat massif par les Chinois ou les Indiens, mais ceci devrait avoir des limites. Fin mars 2010, l’once d’or était à 1 112 dollars, nous l’estimons à 1 025 en début d’année prochaine et 950 fin 2011. Le secteur de l’immobilier est également à considérer avec précaution, car il n’est pas encore totalement purgé. Il est encore possible de faire des affaires, un peu “à la casse”, surtout dans les biens commerciaux américains qui ont du mal à repartir. La restructuration industrielle mondiale est sans aucun doute la nouveauté en 2010. C’est cela qui va justifier le déséquilibre de la reprise et donc l’orientation des placements, car les valeurs iront là où la croissance sera ; n’oublions pas que ce sont les activités industrielles, production de biens et services au sens large, qui font la croissance. Quel va être l’impact de la reprise sur les marchés financiers ? Les valeurs boursières peuvent afficher une belle remontée cette année, nous observerons une dynamique certainement haussière. Les marchés sont optimistes, compte tenu du dynamisme du secteur des nouvelles technologies et de la remontée industrielle (économie verte, agriculture, automobile, santé). Du côté du secteur bancaire et financier, nous allons assister à des “mariages de raison” entre des établissements affaiblis, qui ont besoin de fonds propres en vue d’un futur accord potentiel de Bâle III. Les banques américaines se sortiront néanmoins plus rapidement d’affaire que leurs consœurs, car elles ont davantage de facilités à avoir accès à des fonds. Et pour les investisseurs, la période de sortie de crise est une bonne période pour s’enrichir. Nous sommes assez positifs sur les perspectives de rebond des actions américaines. Si l’an dernier nous avions davantage misé sur les marchés émergents, l’environnement financier américain, maintenant qu’il sort de la crise, est plus cadré, donc moins risqué que ceux des BRIC. En revanche, notre intérêt pour les valeurs européennes est faible, car les marchés sont à la traîne. Seules quelques entreprises ciblées, telles que des niches pharmaceutiques ou chimiques basées en Suisse, peuvent présenter des opportunités intéressantes. Les obligations restent des valeurs sûres pour les frileux, notamment les obligations indexées. Et je ne pense pas qu’il y aura un krach obligataire avec la reprise. Les taux longs et courts peuvent monter quelque temps de concert, mais un peu, ce sera une phase de reprise boursière globale. Un des placements phares cette année sera le private equity, à la fois en restructuration et en IPO. Des entreprises de private equity se positionnent pour racheter les actifs toxiques encore sur le marché, ou malmenés, notamment ceux du marché immobilier commercial aux États-Unis. Du côté des marchés monétaires, la tendance est à la reprise progressive du dollar face à la stagnation de l’euro. Nous allons donc assister à la reprise de toutes les monnaies adossées au dollar. Le yuan chinois va certainement marquer la plus forte progression sur les marchés. Il est possible que quelques monnaies asiatiques se distinguent du dollar par le haut, tirées par le yuan. Placements : les recommandations de la Banque privée du Crédit agricole Suisse Frédéric Lamotte, directeur marketing et investissements du Crédit agricole suisse Private Banking, détaille ses recommandations de placements par classes d’actifs. Actions Si les marchés émergents sont toujours très intéressants, les valeurs américaines reviennent avec la reprise. L’Europe reste dans une phase difficile. Recommandation : 45 % marchés émergents : BRIC + Thaïlande + Corée du Sud. De 30 à 35 % marché américain. 20 % marchés européens. Obligations Moins profitables depuis le pic de 2008, mais les activités industrielles qui génèrent des liquidités restent intéressantes. Les taux courts risquent de remonter en 2011. Recommandation : Il faut miser sur les rendements à 7/10 ans avec un taux autour de 4,5 % en dollars. Les rendements à deux-cinq ans peuvent fluctuer. Matières premières Les métaux industriels sont en forte hausse, comme le cuivre, le nickel ou le zinc. Les métaux précieux à utilisation industrielle comme le palladium ou l’argent ont également le vent en poupe. L’or est moins intéressant, il est délaissé par les marchés. Le pétrole lui est en tendance haussière, qui va toutefois être freinée par les nouvelles techniques de l’industrie verte, surtout dans l’automobile. Recommandation : Investir dans les métaux industriels et autres sources de création d’actifs réels. Dette Un portefeuille moyen de banque privée doit considérer d’avoir de la dette, car les taux fixes sont bas : les emprunts longs pour acheter des actifs réels longs (comme l’immobilier) sont intéressants. Les rendements peuvent être supérieurs aux taux d’intérêt. Attention au risque des taux flottants. Il est aussi possible de s’endetter pour investir dans les actifs réels du private equity : c’est un moyen hors marchés financiers de participer à la restructuration des entreprises. Il ne faut surtout pas emprunter pour financer une activité spéculative à court terme. Recommandation : Emprunter entre 10 et 30 % de la valeur de son portefeuille. Non recommandé pour les investisseurs conservateurs.