«…Oui, mais il y contribue largement», reprend l’artiste Huguette Caland, par ailleurs fille
du premier président Béchara el-Khoury et sœur du gouverneur Michel el-Khoury.
Peut-être une manière, pour elle, d’exorciser cet argent d’État.
Nadine Majdalani Begdache, directrice de la galerie Janine Rubeiz, à Raouché, débute le nouveau millénaire avec enthousiasme par une exposition hors du commun, sur le thème de l’argent. Ainsi, à partir du 19 janvier et jusqu’au 10 février 2000, l’artiste Huguette Caland a réalisé pour cet événement 365 toiles – une pour chaque jour – de format 25 x 25, où l’argent est représenté avec beaucoup d’humour ! L’artiste a voulu “réévaluer” les valeurs et traiter les monnaies lourdes, dollar, yen, mark, avec plus de respect que les autres dont la cote sur le marché les rend d’autant plus malléables qu’elles sont inconsistantes.
Billets immatériels
«Dans toutes les cultures du monde, dans toutes les langues, les dictons, les proverbes sur le “thème de l’argent”, pleuvent, sans compter tout ce que l’on peut faire ou imaginer rien qu’en observant les billets ou les pièces, depuis l’ère du troc jusqu’à nos jours, où les cartes de crédit et les machines de toutes sortes sont venues donner un caractère immatériel à la plus concrète des matières», déclare Huguette Caland.
Présentées sous forme d’un immense calendrier regroupant les 12 mois de l’année 2000, les 30 ou 31 toiles en mixte média exposées sur un support en plexiglas nous révèlent avec la subtilité des proverbes ou des expressions financières en français une autre vision de l’argent… Les tableaux sont généralement vendus “par semaine”, c’est-à-dire 7 à la fois, pour le prix global de 3 000 $.
Sur le tableau intitulé “La bourse ou la vie” apparaissent sur fond blanc délavé en haut à droite un revolver et son ombre et en bas à gauche une porte-monnaie en or, les deux étant séparés par une large bande de plâtre. Moucheté à la feuille d’or sur fond blanc “L’empire du soleil” nous montre le “yen” découpé et assemblé. Des cartes à jouer, des jetons multicolores, des dés et des personnages du Moyen Âge avec en arrière-plan un casino illustrent “L’argent du jeu”. Un long rouleau de billets ficelés et collés sur toile nous présente “Un bon tuyau”. Deux lacets noirs emmêlés dont les extrémités se recherchent représentent “Joindre les deux bouts”.
Il fallait bien s’arrêter
Et au public de venir découvrir les nombreux “Portraits monétaires” d’Huguette Caland, ainsi que “Le pont en or”, “Couverture or suffisante”, “L’argent blanchi”, “Le cèdre”, “L’argent au compte-gouttes», “Le poisson d’avril”, “Se serrer la ceinture”, “De la main à la main”, “Offrir un plateau d’argent”, “Le bas de laine”, “Congrès américain“, “La jarretière”, “Tendre la main”, et plus de 300 autres tableaux, tous aussi inventifs les uns que les autres.
365 toiles pour une année, mais cette réflexion sur l’argent pourrait s’étendre à l’infini. «Il a bien fallu que je m’arrête au dernier jour de l’année et passer à autre chose !», a déclaré Huguette Caland, et d’ajouter : «Je veux espérer que vous sourirez en regardant cette exposition autant que j’ai souri en la préparant».


