Suite à la guerre, les services des sociétés de gaz liquéfié ont quasiment disparu. Spécifiquement, c’est l’absence d’entretien des bonbonnes métalliques qui pose le plus grand problème.
Pendant les années du conflit, certaines sociétés ont profité de l’absence de l’autorité de l’État pour importer de grandes quantités de bonbonnes défectueuses (percées par les autorités du pays d’origine afin d’empêcher leur utilisation). Elles étaient proposées sur le marché, après réparation, au prix des bonbonnes neuves, permettant ainsi de réaliser des profits considérables.
De nombreux cas d’incendies se sont produits à cause de ces bonbonnes, soit suite à leur explosion, soit à cause d’une mauvaise utilisation, puisque l’usager devait les porter lui-même au centre de remplissage, les installer chez lui et les relier aux appareils domestiques alors qu’il n’était pas expert dans ce domaine.
À la fin des événements, la plupart des sociétés ont repris la distribution et l’installation des bonbonnes de gaz à domicile comme par le passé. Avec l’augmentation de la demande, il était nécessaire pour elles de fournir de nouvelles bonbonnes au marché, qu’elles soient de fabrication locale ou importées. Cependant, un grand nombre de vieilles bonbonnes en mauvais état est resté en circulation, sans contrôle technique suffisant.
Les bonbonnes défectueuses
L’ancien ministre du Pétrole, Chahé Barsoumian, a tenté de régler ce problème en accord avec les sociétés, par l’émission d’un décret qui les oblige à retirer de la circulation toutes les bonbonnes défectueuses, à leurs propres frais dans une proportion qui ne dépasse pas 2 % annuellement. Mais malgré le fait que ce taux est faible, ce décret n’a pas été appliqué.
Aujourd’hui, tout citoyen qui veut échanger une bonbonne de gaz défectueuse contre une nouvelle doit en payer le prix.
Une source proche du dossier assure que la part des bonbonnes défectueuses en circulation sur le marché a régressé suite à l’introduction de nouvelles bonbonnes. Il existe aujourd’hui cinq usines qui fabriquent des bonbonnes métalliques, à Beyrouth, à Jounieh, au Sud, à Amchit et dans la Békaa.
La bonbonne fabriquée localement est vendue à 14 $, tandis que la bonbonne importée d’Arabie saoudite coûte 20 $. Cette différence de prix est imputée à une meilleure qualité de la bonbonne importée.
Notre interlocuteur, qui détient et gère une petite société de distribution de bonbonnes de gaz à domicile, souligne d’autre part que, depuis un certain temps, il traite avec un commerçant qui lui fournit des bonbonnes neuves de fabrication locale, en échange des vieilles bonbonnes usagées. Ce commerçant exporte à son tour les bonbonnes usagées vers un autre pays, à un prix relativement élevé, à cause de la forte demande et parce que les autorités de ce pays interdisent l’importation de bonbonnes neuves afin de protéger la production locale.
Spécifications de sécurité
Cette opération aurait permis à quelques commerçants d’échanger des milliers de bonbonnes à ce jour. Mais jusqu’à quand cette transaction peut-elle durer ? Et peut-elle suffire à elle seule à l’échange de toutes les bonbonnes défectueuses en circulation ?
Les spécifications techniques relatives à la fabrication des bonbonnes de gaz métalliques se résument comme suit :
1) L’épaisseur du métal ne doit pas être inférieure à 3 mm, et la qualité du métal doit résister à la corrosion.
2) La bonbonne doit être formée de deux parties soudées électriquement, ainsi qu’à la couronne et la base plus spécifiquement.
3) Elle doit être soumise à une température élevée dans un four spécial, pour en ressortir en une seule pièce.
4) Elle doit être recouverte d’une peinture spécifique qui la protège des effets de la corrosion.
Divers distributeurs affirment - d’après leur propre expérience - que certains fabricants ne se conforment pas exactement à ces règles de fabrication, et on avance pour preuve que les nouvelles bonbonnes libanaises sont interdites d’importation dans certains pays arabes.
Le nombre des bonbonnes actuellement en circulation sur le marché local atteint environ 2,25 millions, dont à peu près la moitié sont utilisées depuis plus de 20 ans. Il est nécessaire d’effectuer un recensement précis de ce parc pour en retirer tous les éléments défectueux.
Des distorsions de prix
Par ailleurs, en plus des bonbonnes en mauvais état, le consommateur doit également faire face à la hausse du prix de la bonbonne de gaz. En Syrie, la bonbonne de gaz d’une capacité de 12,5 kg est vendue à l’équivalent de 4 000 LL, tandis que la bonbonne de gaz d’une capacité de 10 kg est vendue à 10 000 LL au Liban, en sachant que la source qui fournit le gaz liquéfié est la même pour les deux pays.
Un exemple du préjudice subi par le consommateur libanais : le Liban a payé, pendant des années, le prix du transport de la tonne CIF Beyrouth à 95 $, tandis que la Syrie payait, durant la même période, 55 $ le transport de la tonne CIF Banias. Lorsque le ministre Sleiman Traboulsi, chargé du portefeuille du Pétrole, a souligné cette différence, les sociétés importatrices se sont dépêchées de réduire le coût du transport à 55 $. Mais elles ont présenté une nouvelle échelle des prix où d’autres éléments ont été rajoutés, de façon à ce que la facture globale reste la même.
Si l’on suppose que la bonbonne syrienne jouit d’une subvention de l’État, est-il possible que cette subvention atteigne trois fois le prix initial ? Il est donc nécessaire de réviser l’échelle des prix, afin de fixer un prix de vente réaliste pour la bonbonne de gaz.
En résumé, les propositions suivantes peuvent être présentées au ministère du Pétrole pour la réorganisation du secteur du gaz :
- Mettre en place un plan pratique pour retirer les bonbonnes défectueuses du marché.
- Généraliser le décret relatif aux conditions de protection des risques du gaz à toutes les sociétés et veiller à son application.
- Imposer une assurance contre les risques du gaz qui couvre les consommateurs et leurs propriétés.
- Remplir les bonbonnes de 12,5 kg de gaz, afin d’économiser les coûts de remplissage et de transport.
- Distribuer aux citoyens des brochures comprenant des consignes de sécurité, tout comme par le passé.


