Chaque année au Liban, près de 3 milliards de dollars, soit 9 % du PIB, sont dépensés pour couvrir des coûts liés au système confessionnel. Cela signifie que chaque Libanais paie un tribut de  114 000 dollars en moyenne à ce système, selon une étude réalisée par Jad Chaaban.

Cet économiste, professeur à l’Université américaine de Beyrouth, a essayé de quantifier les coûts financiers du confessionnalisme en les décomposant poste par poste.
 
Certificats de naissance
Premier exemple : L’immatriculation des Libanais, dès leur naissance ne se fait pas dans la localité où ils résident, mais la ville ou le village dont ils sont originaires. Les frais liés au transfert du certificat vers ce lieu éloigné sont en moyenne de 50 dollars. Si l’on ne comptabilise que l’inscription des nouveaux nés dans le Grand Beyrouth (qui regroupe 50 % de la population libanaise mais dans lequel 40 % des habitants relèvent d’autres registres), le coût annuel s’élève à 460 000 dollars.
 
Cours de maths
Dans les écoles libanaises on consacre en moyenne une heure de cours d’éducation religieuse par semaine. Si on remplaçait cette heure là par un enseignement de mathématiques, les chances de réussites des élèves augmenteraient de 6 %. Une étude américaine montre en effet que les chances de réussite des élèves à l’université et dans la vie professionnelle augmentent avec des cours de mathématiques supplémentaires à l’école. Une telle amélioration au Liban – dont l’enseignement des sciences et des mathématiques se dégrade selon l’étude TIMSS de 2007 – entrainerait une élévation des revenus moyens des Libanais de l’ordre de 240 millions de dollars par an. C’est le double du budget total de l’Université libanaise.
 
Mariage civil 
En moyenne, les Libanais payent 260 dollars aux autorités religieuses pour que leur mariage soit légalement reconnu. En supposant que le mariage civil soit obligatoire et qu’il coûte 100 dollars, la société libanaise économiserait 5,6 millions de dollars annuellement à raison de 35 000 mariages par an.
 
Logement
Selon un calcul économétrique réalisé à l’aide d’un instrument qui mesure le rapport entre le prix de l’immobilier moyen et la diversité religieuse d’une zone, une augmentation de 50% de la diversité confessionnelle dans certaines régions résidentielles ferait baisser de 11% le prix de l’immobilier. A défaut, le coût total de la ségrégation confessionnelle au Liban aura été de 800 millions de dollars en 2010. Pour chaque individu, Jad Chaaban l’évalue à 88 000 dollars.
 
Quotas et ingérences
Il est difficile de séparer l’impact de la corruption et de l’inefficacité administrative en général de l’impact de l’allocation confessionnelle de certaines dépenses publiques. Jad Chaaban a donc tenté de le faire dans certains domaines où le confessionnalisme est la raison principale du gaspillage et de l’inefficacité du service public, afin d’en évaluer le coût.
Le premier domaine est celui des quotas confessionnels dans les services publics qui a conduit à des embauches excessives. L’économiste qui cite par exemple la multiplication par trois des forces de sécurité en 20 ans, à 100 000 personnes, estime à 16% les employés excédentaires dans le secteur public et en chiffre le coût à 396 millions de dollars par an.
Le second est celui du non paiement des factures d’eau et d’électricité, couvert par des responsables politiques et confessionnels : la facture des impayés est de 67,5 millions de dollars pour l’eau et de 150 millions de dollars pour l’électricité.
 
Pouvoir d’achat
La plupart des secteurs de l’économie libanaise sont dominés par trois à six sociétés, la part de marché des trois premières atteignant les 90 %. Quant aux gros contrats ils sont souvent attribués suivant des critères confessionnel, selon l logique de « répartition des parts du gâteau ». Ce contexte de faible concurrence dû en grande partie au système des agences exclusives a un impact sur les prix. Les abolir contribuerait à économiser 850 millions de dollars et à augmenter le PIB de 2,5%.
 
Retraites
Il n’existe pas de système de santé obligatoire pour les personnes âgées au Liban qui doivent assumer des dépenses médicales très élevées. En introduisant un régime de retraite assurant une couverture médicale universelle, les Libanais pourraient économiser près de 420 millions de dollars par an.