L’avenir du Grand Hôtel Kadri de Zahlé est plus incertain que jamais. L’établissement a fermé ses portes le 3 mars dernier, et ses soixante salariés se sont retrouvés au chômage, suite à une décision de justice intimant à l’équipe de gestionnaires de quitter les lieux pour défaut de paiement.
Les propriétaires des lieux affirment être déjà en train d’étudier plusieurs propositions de reprise. Mais la réouverture de l’hôtel semble compromise par la volonté des anciens gestionnaires de poursuivre la bataille judiciaire.
L’affaire est compliquée. Elle oppose l'Ordre Basilien Choueirite, propriétaire de l’hôtel, à Sleiman Haddad chargé de son exploitation depuis 1993. La société Kadrotel lui appartenant, prendra par la suite le relais pour assurer la gestion du grand hôtel de Zahlé.
En 2002, la communauté des frères Basiliens attaque Sleiman Haddad en justice pour impayés. La cour donne raison à l’ordre religieux en octobre 2009, exigeant le règlement des impayés dans un délai de deux mois, sans quoi le contrat entre les deux parties, qui courait jusqu’en 2018, serait rompu. Cette décision a été appliquée le 3 mars dernier, date de la fermeture de l’hôtel.
Au moment du lancement de la procédure judicaire en 2002, la société Kadrotel devait à la confrérie 600 000 dollars, un montant qui dépasse aujourd’hui 1,1 million de dollars.
Il faut toutefois replacer la décision de justice dans son contexte historique. Dans le contrat initial, signé en 1993, la famille Haddad s’engageait à investir 1,8 million de dollars pour permettre le classement « trois étoiles » de l’établissement, en échange d’un bail de 25 ans.
Mais les gestionnaires affirment avoir finalement dépensé le triple. « A l’époque, le Président Hraoui avait évoqué la possibilité d'ouvrir une succursale du Casino du Liban au sein de l’hôtel Kadri. Mais pour cela, l’établissement devait être classé 5 étoiles. Après avoir consulté les propriétaires et obtenu leur accord verbal, nous avons donc décidé de nouveaux travaux, à condition toutefois d’une révision du bail, qui nous a été accordée oralement », assure Sandra Haddad, ancienne directrice de l’hôtel et fille de Sleiman Haddad.
Kadrotel aurait donc décidé de débourser 6,4 millions de dollars pour transformer l’ancien quartier général de Jamal Pacha en un palace cinq étoiles en échange d’un prolongement du bail de 25 ans à 50 ans.
Mais « la Confrérie n’a jamais pris en considération les sommes investies dans la restauration de l’hôtel, ni tenu ses promesses quant au changement de la durée du droit d’exploitation, affirme Haddad. C’est la raison pour laquelle nous avons arrêté de payer le loyer prévu dans le contrat en 2001, et la raison pour laquelle aussi nous allons continuer la bataille judiciaire pour reprendre l’hôtel ou du moins obtenir des dédommagements pour les gestionaires et les salariés ».
En moyenne, l’hôtel Kadri générait un chiffre d’affaires annuel de 3 millions de dollars, selon Kadrotel.
Sur une année, le taux d’occupation de l’hôtel atteignait 42 % « un taux peu élevé qui s’explique par les tarifs d’un hôtel cinq étoiles – entre 165 et 550 dollars la nuit – qui ne correspondaient pas au budget des éventuels visiteurs de la région », affirme un habitant de Zahlé. Selon une touriste ayant séjourné dans l’hôtel l’été dernier, les tarifs pratiqués étaient également loin de correspondre aux services et au confort proposés.


