Une rumeur court dans le vignoble : l’on commencerait à manquer de rosé libanais. « Il ne me reste que 600 bouteilles et elles sont d’ores et déjà réservées », assure Aziz Wardé, à la tête du Château Wardy même si d’autres domaines à l’image de Ksara ou de Kefraya affirment ne pas être touchés.
A cette pénurie, une explication : les vendanges de 2010 ont été catastrophiques pour les producteurs locaux. Les températures très élevées de l’été dernier ont provoqué une baisse de la production viticole de 10 à 30%. « Toutes les propriétés ont été affectées », précise Diana Salameh, œnologue conseil auprès de plusieurs domaines dont Château Belle-Vue. Cette situation, qui touche l’ensemble de la production vinicole, est toutefois plus dommageable pour le rosé, devenu un produit très tendance, et dont le pic de consommation se situe l’été chez les jeunes consommateurs. En 2009, il s'est ainsi vendu au Liban 352 000 bouteilles de rosé selon une Etude Nielson, plaçant ce produit au second rang des préférences,  juste derrière le rouge (507 000 bouteilles).

La diminution de l’offre locale aura cependant peu d’impact pour le consommateur. Les producteurs disposent encore d'une partie des stocks 2009. « Nous pourrons facilement répondre à la demande de l’été grâce au stock de l’année précédente. Une pénurie de 2 à 3 mois aura sûrement lieu vers janvier 2012. L’impact sera sans conséquences car le rosé se vend peu à cette période », fait valoir Faouzi Issa, l’œnologue du Domaine Des Tourelles, qui, pour sa part, a enregistré une perte de 10 à 20 % sur l’ensemble de sa production.

Quant à imaginer une augmentation des prix du fait de la rareté des rosés libanais ? Pour Antoine Abi Aad, de chez Aziz, cela n'est pas envisageable. « Le vin blanc et rosé libanais sont des vins courants. Le prix ne change pas en fonction de l’année. Les stocks des millésimes précédents seront un parfait substitut. Il ne devrait donc pas y avoir d’augmentation des prix, sauf peut-être 2 à 3% liés à l’inflation ».

La concurrence étrangère pourrait cependant profiter de l’absence d’offre locale. C’est du moins l’opinion du caviste Sam’s Beverages de Hamra, qui affirme : « Les Libanais ne sont pas près à payer cher un vin local, si c’est le cas, ils préfèrent d’autres suggestions ».
Au final, l’impact de la mauvaise vendange 2010 devrait rester très limité. Seul risque, pour le consommateur : acheter un rosé de plus de deux ans d’âge, alors que ce vin est tout sauf un vin de garde !