Au pays des incertitudes, il est difficile de prévoir la durée de vie du gouvernement Mikati. On sait juste qu’au maximum, il durera deux ans, jusqu’aux prochaines législatives. C’est très peu et beaucoup à la fois. Que pourrait-il réaliser dans cet intervalle sur le plan économique et social ? Faire sortir le pays du Moyen-Âge en accélérant les investissements dans la production d’électricité afin que le courant 24 heures sur 24 ne soit plus un luxe. Faire entrer le pays dans l’ère des nouvelles technologies en libéralisant le secteur des télécommunications et en permettant enfin aux Libanais de donner toute la mesure de leur créativité. Revenir aux règles de fonctionnement normales d’un État en adoptant un budget et en s’y tenant. Ne soyons pas trop ambitieux en imaginant que ce budget pourrait être l’occasion de réduire les inégalités fiscales criantes, de rationaliser la dépense publique et de réduire la corruption… Mais le seul fait de voter enfin une loi de finances digne de ce nom serait un grand accomplissement. Voilà trois objectifs raisonnables. Si l’on voulait se laisser aller à nourrir davantage d’espoirs, on pourrait aussi envisager l’instauration d’un régime de retraite, d’une couverture maladie universelle, le développement d’un réseau efficace de transports en commun, l’allègement de la bureaucratie et des entraves à la liberté d’entreprise, la révision de la loi sur les loyers, etc. La liste des chantiers en souffrance est bien longue. La fracture nationale est telle qu’une partie des Libanais ricane à la simple évocation de cette nouvelle équipe, tandis que l’autre a peine à s’enthousiasmer tant est profonde la désillusion quant à la capacité du politique à influer sur le cours des choses. C’est pourquoi, entamer, voire achever, ne serait-ce qu’un ou deux de ces chantiers, permettrait de renouer un peu le lien indispensable entre les citoyens, quelle que soit leur appartenance partisane, et leur État.