Face à ce paysage de pierres grises, érigées droites et monumentales sous le chuchotement du vent, l’on songe au monument mégalithique de Stonehenge et aux chevaliers du roi Arthur. Pourtant, bien loin de cette fantasmagorie médiévale, c’est dans la région de Faqra que l’on se trouve, dans cette station de ski de la jet-set libanaise sous la voûte d’un ciel lumineux.
C’est là, sur le bouquet de collines de Kfardebiane, face au temple romain, que Massaya, le domaine vinicole de Taanayel (Békaa), se lance dans un projet immobilier, qui allie écotourisme et vignobles. Il devrait être terminé fin 2012.
« La guerre de 2006 nous a fait réfléchir », explique Sami Ghosn, en présentant le chantier qui s’étend sur les deux hectares de terres familiales. L’investissement (hors coût de terrain) représente quelque 3,5 millions de dollars. « C’est à la fois un vignoble, une cave vinicole dédiée à l’élaboration des seuls vins blancs, ainsi qu'un lieu d’accueil et de restauration dans l’esprit du Relais de Tanaïl de notre domaine de la Békaa », reprend Sami Ghosn, l’un des deux frères fondateurs de Massaya en 1994.
Environ mille ceps de vignes sont, pour l’heure, plantés sur les anciennes terrasses réamanagées qui bordent la route, mais 2000 pieds de chardonnay devraient y être cultivés en tout.
« Jusqu’au mandat du président Camille Chamoun, Faqra possédait ses propres vignobles. Mais une aide américaine a favorisé la culture du pommier au détriment de la vigne ».
La cave de Massaya à Faqra doit aussi accueillir les raisins d’autres vignobles, situés sur les coteaux de la Békaa, à Ras Baalbeck et Hadeth. A terme, elle produira quelque 60.000 cols annuels de blancs.
« De Faqra, nous sommes à 20 minutes de route de nos vignobles de Hadeth ».
Dans cette région, à 1200 mètres d’altitude, Massaya vient d'ailleurs de signer un contrat de fermage pour reprendre les terres de l’église orthodoxe du village de Hadeth et planter des cépages blancs comme le chardonnay ou la clairette, qui alimenteront la cave de Faqra dans quelques années.
« Quoi qu’en disent mes collègues, je reste persuadé que la plaine de la Békaa n’est pas un terroir pour la réalisation de grands vins blancs. Il faut plus de finesses climatiques pour que ces vignes donnent leur pleine subtilité, soit en coteaux et en altitude », assure Ramzi Ghosn. Les vins rouges continueront, eux, d’être fabriqués à Taanayel.
Mais Massaya n’a pas oublié ce qui a fait la clef de son succès à Taanayel : une cave associée à un restaurant de terroir. A Faqra également, les deux restaurants, prévus pour accueillir 120 convives, joueront aussi sur la carte de la gastronomie libanaise retrouvée. Un bar à vin, dans l’espace central, viendra compléter l’offre, associé à une boutique de vente. Un espace servira également de salle de garde pour les grands millésimes (en rouge) de Massaya. L'ensemble devra se fondre dans le paysage : ancien architecte Sami Ghosn a fait appel à l'architecte Simone Kosremelli qui a tenu à n'employer que la pierre de Faqra, cette pierre grise, au reflet vert, caractéristique de la région qui fait parfois rêver à des contes médiévaux.


