L’annonce de la baisse des tarifs Internet assortie d’une augmentation de la capacité ne s’est pas traduite par une amélioration immédiate du service pour les utilisateurs. Entre problèmes techniques et temps d’adaptation des offres commerciales, la transition est progressive.

Le 1er octobre 2011 la baisse des tarifs et l’augmentation des vitesses d’Internet au Liban est entrée en vigueur, en vertu du décret approuvé le 23 août par le Conseil des ministres, mais son application concrète pour les utilisateurs n’a pas été immédiate, loin s’en faut. Les différents acteurs du secteur estiment toutefois que le saut qualitatif est à portée de main.
Le décret a défini une nouvelle grille de prix, de vitesse et de capacité proposée par le ministère des Télécoms à travers Ogero à partir du 1er octobre 2011 : l’offre la moins chère passe de 23 dollars à 16 dollars par mois (hors TVA), sachant que la vitesse de connexion est multipliée par huit (de 128 kilobits/seconde à 1 mégabit/s) et la capacité de consommation est multipliée par deux (de 2 à 4 Gigabytes). Le secteur privé, qui détient 45 % des 224 000 abonnements ADSL au Liban, a dû s’aligner pour rester compétitif. Tony Hayek, conseiller du ministre des Télécoms, affirme que la baisse des prix est effective dans tout le secteur, bien que certains particuliers rapportent ne pas encore en avoir bénéficié. La communauté tech du pays, tout en reconnaissant les efforts du gouvernement, se plaint des limites au téléchargement, encore trop faibles selon eux, d’autant que les forfaits illimités sont souvent la norme dans le monde développé.
Les vitesses de téléchargement laissent encore à désirer : un sondage en ligne réalisé à la mi-octobre par le Daily Star auprès de 550 consommateurs montre que près de 70 % d’entre eux n’ont enregistré aucune amélioration dans leur connexion, 16 % affirment avoir remarqué un léger mieux et seuls 9 % s’estiment heureux d’avoir obtenu les vitesses promises. Les commentaires recueillis par le groupe Flip the Switch sur Facebook vont dans le même sens et témoignent d’une situation contrastée dans le pays.
« La mise à niveau se fait progressivement sur le réseau », explique Tony Hayek. La priorité a été donnée au Grand Beyrouth, où vers le 20 octobre 55 % des clients avaient été mis à niveau selon lui ; Tripoli, le Nord, Saïda et Tyr ont suivi, et tout le pays devait être mis à niveau avant la fin du mois d’octobre.
Pour expliquer ces retards, Ogero a affirmé dans des communiqués de presse qu’il n’avait pas pu acheter de routeurs pour redistribuer la bande passante, en raison d’un manque de moyens financiers. Le ministère affirme y remédier : « Nous avons déjà livré deux grands routeurs à Ogero, explique Tony Hayek, et nous comptons en livrer deux autres avant la fin octobre pour optimiser le réseau. »
Ce retard pénalise le secteur privé qui passe par Ogero pour fournir ses clients. Habib Torbey, PDG de l’ISP IDM et du DSP GDS, témoigne : « Nous avons upgradé les connexions de 75 % de nos abonnés IDM qui passent par le réseau de GDS, mais pour ceux qui passent par le réseau d’Ogero, la situation est plus compliquée. Il semble que nous ne pourrons pas leur offrir des vitesses supérieures à 1 Mbps. »
Ces derniers temps, le Liban était régulièrement classé parmi les derniers au monde en termes de vitesse Internet. Jusqu’à récemment, le goulot d’étranglement se situait sur la capacité de bande passante internationale, fournie par divers câbles marins et terrestres, qui tournait autour de 2 Gbps. La mise en fonction du câble IMEWE en juillet de cette année a permis d’ouvrir les vannes, en fournissant 13 Gbps dans un premier temps. Et le prix du E1 (2 Mbps), l’unité de mesure de la bande passante internationale, a été abaissé par le décret du 23 août, à 300-320 dollars, alors qu’il était de 2 700-3 000 dollars par mois.
Au niveau local, le secteur privé a longtemps fait face à l’abus de position dominante exercé par Ogero, qui lui distribuait les E1 requis au compte-goutte, et bloquait son installation dans les centraux. Aujourd’hui, Ogero a installé ses serveurs ADSL dans 170 centraux, alors que le secteur privé n’a eu accès qu’à 35 d’entre eux. Hayek affirme cependant que désormais la distribution de E1 a été débloquée et que certains centraux ont été ouverts au secteur privé, qui serait en train de s’y déployer.
C’est ce que confirme Habib Torbey : « Toute la capacité internationale que nous avions demandée nous a été accordée, témoigne-t-il, et 36 nouveaux centraux nous ont été ouverts. GDS prévoit d’y installer ses équipements avant la fin de l’année. Nous étudions par ailleurs avec le ministère la possibilité d’être présents dans 60 centraux supplémentaires. »
 

Quelques chiffres

Selon des chiffres fournis par le ministère des Télécoms, quelque 230 000 usagers bénéficient de connexion ADSL, quelque 35 000 obtiennent Internet via les réseaux sans fil (Wise, Mobi, etc), et quelque 24 000 utilisent encore les modems dial-up. Le ministère estime également à 150 000 le nombre de connexions Internet illégales, et compte sur l’amélioration du réseau officiel et la baisse des prix pour attirer ces utilisateurs vers la légalité.

  

Lancement de la 3G et baisse des tarifs du Blackberry

La baisse des tarifs Internet et les investissements en infrastructure de 80 millions de dollars ont permis au ministère des Télécoms de lancer officiellement la 3G le 20 octobre.
À partir du 1er novembre, les deux opérateurs mobiles Alfa et MTC Touch vont proposer deux offres : une à 19 dollars (hors TVA) permettant de télécharger jusqu’à 500 mégabytes et une à 10 dollars permettant de télécharger jusqu’à 100 mégabytes.
Selon le communiqué de presse du ministère, MTC et Alfa auront upgradé 300 de leurs 800 bases d’ici à la fin octobre ; MTC devrait être en mesure de couvrir tout le pays d’ici à la fin de l’année et Alfa d’ici à mai 2012.
Cette déclaration a eu lieu malgré une décision du 15 septembre du Conseil d’État ordonnant la suspension pendant un mois du déploiement de la technologie, à la suite de la plainte émise par Cedarcom : ce dernier affirme que les deux opérateurs, propriété de l’État, n’ont pas de licences pour exploiter les fréquences 3G. Selon la loi 431 sur les télécoms, ces licences doivent être accordées par l’Autorité de régulation des télécoms (ART). S’appuyant sur un précédent arrêt du Conseil d’État, le ministère estime pour sa part que l’application de la loi 431 est suspendue et que l’État n’a de toute façon pas besoin de s’octroyer à lui-même des licences.
Par ailleurs, depuis le 1er octobre, les tarifs du service Blackberry ont baissé de 33 %, à 27 dollars au lieu de 40 par mois, alors que la capacité de téléchargement est multipliée par deux à 200 mégabytes.