De passage à Beyrouth, le cofondateur et rédacteur en chef du site d’information en ligne français Rue89 analyse les difficultés du passage de la presse écrite vers Internet.

« La presse traditionnelle décline et gagne moins d’argent, tandis que les  nouveaux médias se développent mais ne gagnent pas d’argent non plus. » C’est ainsi que Pascal Riché co-fondateur de Rue 89, de passage au Liban, résume la crise que traverse actuellement la presse écrite. Les divers acteurs du secteur cherchent le modèle économique le plus approprié à l’évolution des technologies et personne ne l’a encore trouvé.
 
« Une société de presse déjà établie peut considérer un site Internet comme un coût nécessaire à son image, et le supporter comme une charge marketing », explique Pascal Riché, mais à terme, il va falloir trouver des modes de financement pérennes sur Internet pour garantir la rentabilité du modèle : publicité, vente de mensuel papier, appels à contributions, articles payants...
« Cette recherche est plus facile aux Etats-Unis, où le public est plus large, qu’en France, et à fortiori au Liban. »
 
La difficulté vient du fait que les annonceurs n’ont pas encore tout à fait saisi l’importance de la presse en ligne, estime Pascal Riché. Selon le site Monday Note, les marques ne dépensent que 19 % de leur budget publicitaire sur internet, alors que les citoyens y trouvent 25 % de l’information qu’ils consomment.
 
C’est paradoxal, car « la publicité en ligne est clickable, ciblée, animée, et les annonceurs peuvent savoir exactement qui l’a vue. Mais elle est moins chère que la publicité papier, en raison de la concurrence qui sévit dans le secteur. »
 
Pascal Riché estime que la révolution de l’information  en est encore à ses début : « Les techniques évoluent très vite, certains médias vont se regrouper, d’autres vont mourir… » Le quotidien économique La Tribune a d’ailleurs sorti sa dernière édition papier lundi 30 janvier. Seule subsistera une version électronique.
 
Rue 89 est financé à 60 % par de la publicité, 25 % par des formations que son équipe dispense en France et aux quatre coins du monde, et par des prestations de service informatique. Il a un budget de fonctionnement annuel de 2 millions d’euros pour 26 employés (et des pigistes). « Il nous manque 300.000 à 400.000 euros pour arriver à l’équilibre, explique Pascal Riché, c’est pourquoi nous avons accepté le rachat par le groupe Nouvel Observateur en décembre 2011. »
Le groupe Nouvel Observateur publie l’hebdomadaire du même nom ainsi que les mensuels Challenges et Sciences et Avenir. « Ce rachat nous permet de reprendre les embauches, d’augmenter les journalistes et d’avoir une vision à plus long terme : nous devenons le laboratoire du Nouvel Obs dans le domaine numérique ». Peu de synergies éditoriales sont prévues, car « l’intérêt est d’avoir le plus de visiteurs uniques par site ». Aujourd’hui, Rue 89 revendique 300 000 visiteurs uniques par jour (selon Google Analytics).
 
Rue 89 a été créé en 2007 par Pierre Haski, Pascal Riché, Arnaud Aubron et Laurent Mauriac.