Une vingtaine de femmes ont suivi en janvier et février une formation sur l’entrepreneuriat au Liban. Organisée par l’ONG Amideast et financée par la Citi Foundation, elle a pour but d’encourager le travail des femmes au Moyen-Orient.

Photos : Amideast/Liban

Amideast a organisé en janvier et février une formation gratuite destinée aux femmes entrepreneuses du Liban et financée par la Citi Foundation : AWEP (Arab Women’s Entrepreneurship Program).
Pendant 13 jours, 19 femmes venant de diverses régions ont suivi des cours dispensés en arabe sur les dessous de l’entrepreneuriat au Liban : comment enregistrer une compagnie, réaliser un business plan, trouver des financements, développer ses compétences de vente, mais aussi gérer des problèmes, développer la confiance en soi, etc. « Le formateur a beaucoup insisté sur le développement personnel afin de redonner confiance à ces femmes, souvent dans des situations personnelles difficiles », témoigne Allyson Croft Jerab, coordinatrice régionale de l’AWEP.
D’après une étude de 2009 réalisée par l’Escwa (la commission sociale et économique des Nations unies pour l’Asie de l’Ouest) et citée sur le site d’Amideast, le revenu des femmes dans les pays arabes plafonne à moins d’un quart du revenu national moyen. L’étude relève également que les femmes entrepreneuses du monde arabe ont plus de difficultés à avoir accès aux formations, marchés et financements que leurs collègues masculins, alors qu’elles représentent une part importante de l’emploi des femmes et qu’elles ont tendance à embaucher plus de femmes que les autres entreprises.
Un suivi sera assuré pendant six mois après la formation : outre des réunions bihebdomadaires avec des mentors de Citibank et d’Amideast, deux journées supplémentaires de formation sont prévues. « Nous allons continuer à travailler avec le groupe pour nous assurer qu’elles créent des entreprises et des emplois », affirme Allyson Croft Jerab.
Le programme a été déployé dans quatre pays : Koweït, Liban, Maroc et Émirats arabes unis. Près 80 femmes en ont bénéficié. Un forum en ligne a été monté afin qu’elles puissent communiquer entre elles.
Amideast est une ONG américaine fondée en 1951 spécialisée dans l’éducation, la formation et le développement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
La Citi Foundation est le bras philanthropique du groupe financier Citi ; elle œuvre au renforcement des capacités économiques et à l’insertion des personnes à faible ou moyen revenu.

Trois femmes racontent leur expérience

Sally Hammoud est coordinatrice de programme à la LAU (Lebanese American University) et écrit sa thèse sur les arts de la communication à l’Université libanaise. Dans une ancienne vie, cette touche-à-tout a été hôtesse de l’air. Elle est venue à la formation avec une idée d’agence d’événementiel en tête. « Mais les cours et la motivation des participantes m’ont poussée à faire quelque chose de plus personnel : je voudrais créer une agence de voyages anthropologique. » L’idée sur laquelle elle travaille actuellement est de développer un tourisme “rural”, où touristes et autochtones partageront des expériences communes. « Si un voyageur sait peindre, il pourra organiser un atelier de peinture pendant son séjour ; et à l’inverse, les autochtones partageront leur savoir-faire ancestral. »
La jeune femme en est encore au début de son idée, qu’elle peaufine en se renseignant à droite et à gauche. « La formation est importante, car elle me permet de dépasser ma peur », témoigne-t-elle.

Sana’a al-Amine était directrice d’école à Sahra’a al-Chouweifat (près de l’Université libanaise). Les avions israéliens détruisent les locaux qu’elle louait pendant la guerre de 2006. La jeune femme prend la mauvaise décision d’avoir recours à des usuriers pour remettre l’école en marche : ils la ruineront. Cette erreur, couplée à la maladie et à la mort de ses parents, la fait sombrer dans la dépression : elle s’enferme chez elle et n’en sort plus pendant trois mois. En zappant devant sa télévision, elle tombe sur Allyson Croft Jerab d’Amideast expliquant le programme AWEP et postule dès qu’elle trouve les contacts. « Ma première sortie de la maison a été pour passer l’entretien avec Amideast, témoigne-t-elle. Je ne pensais pas être acceptée. » La formation lui a permis de retrouver sa motivation, en grande partie grâce au support des autres femmes. « Le programme me permet de réaliser toutes les erreurs que j’ai faites par le passé, témoigne Sana’a al-Amine. Maintenant, je veux repartir à zéro et rediriger une école, je suis à la recherche d’un immeuble, il ne me manque que les fonds. »

Afaf Balaa Zeidan est jardinière d’enfants à Saïda. Cette mère de trois enfants a créé il y a neuf ans Junior Art, un centre d’activités artistiques mobile pour les enfants : « Nous animons dans des jardins publics, chez Spinneys, etc. », explique-t-elle. Son activité grandit (elle mobilise 10 free-lance pour les grands événements) et elle n’arrive plus à suivre le rythme. « Je ne m’y connais pas en finances et gestion, avoue-t-elle. J’ai repéré le programme AWEP sur Facebook. J’ai postulé et j’ai été prise. »
Afaf Zeidan affirme que la formation lui a donné les outils nécessaires pour apprendre à déléguer, et surtout recruter les personnes pour. « Le suivi après la formation est essentiel pour moi, il me permettra de développer mon affaire avec le support d’experts », annonce-t-elle.