Le risque de change est une préoccupation permanente des entreprises libanaises qui importent la quasi-totalité de la consommation du pays. Les récentes fluctuations des marchés, notamment celui de l’euro, ont rendu ce risque d’autant plus important. Entretien avec Chadi Berberi, membre de la direction de la trésorerie et des marchés de capitaux à la Banque libano-française, qui a organisé une conférence sur ce sujet en collaboration avec l’Association des commerçants de Beyrouth.
 

Pourquoi une entreprise devrait-elle se couvrir contre les risques de change ?
Il arrive souvent qu’une entreprise achète un produit en euros à l’étranger et le vende localement en dollars ou en livres libanaises. Les recettes en dollars sont converties en euros pour payer le fournisseur. Le problème se pose lorsque la variation du taux de change entame la marge bénéficiaire de l’importateur qui a négocié un prix d’achat fixe avec son fournisseur. Le but du “hedging”, ou couverture, est d’essayer de minimiser, voire éliminer ce type de risques périphériques à l’activité de l’entreprise concernée.

Quels sont les outils à la disposition des entreprises ?
Il y a plusieurs stratégies pour se prémunir des fluctuations défavorables des monnaies. Le change à terme est une méthode classique, sûre. C’est un contrat qui fixe à l’avance les conditions d’une transaction : le montant et le taux de change sont établis et, à l’échéance, la transaction se réalise obligatoirement au prix déterminé, que le marché ait évolué favorablement ou pas.
L’option de change est une autre classe de produits qui donne davantage de flexibilité que le change à terme. Elle donne le droit, et non l’obligation, d’acheter ou de vendre un sous-jacent (exemple : l’euro) à un prix qu’on a fixé à l’avance, jusqu’à une certaine échéance. Il y a des dizaines, voire des centaines de variations de stratégie se basant sur ces outils, ce qui permet aux entreprises de choisir la plus adaptée.

Comment choisir l’instrument le plus approprié ?
L’entreprise effectue son choix en fonction de plusieurs paramètres : son coût, sa flexibilité, la marge de pertes acceptable sur le taux de change et les anticipations du marché.
L’instrument de couverture n’est pas risqué en soi, il représente seulement un manque à gagner potentiel et/ou a un certain coût.
Par exemple, si l’entreprise achète des euros à travers un contrat de change à terme parce qu’elle craint une appréciation de la monnaie européenne et fixe ses prix en conséquence à un niveau élevé, elle encourt un coût d’opportunité au cas où, en fait, le taux de change baisse. Mais en général, lorsqu’une entreprise a recours à cette opération, c’est qu’elle veut fixer son coût : l’augmentation et la diminution seraient en elles-mêmes secondaires. Le coût d’opportunité est compensé par le fait d’établir une certaine crédibilité sur le marché en ne changeant pas ses prix tous les jours.

Est-ce que les entreprises libanaises se prémunissent contre les risques de change ?
Je n’ai pas de chiffres globaux. Je sais juste que parmi mes clients, 80 % des grandes entreprises font du “hedging”. Leurs stratégies diffèrent : il y a celles qui se couvrent à 20 %, d’autres à 80 %. En revanche, les petites et moyennes entreprises libanaises se couvrent rarement – par manque de connaissance, par déni du risque, ou bien parce qu’elles n’ont pas les moyens d’assumer ce coût.
Avec la crise financière, nous sommes davantage sollicités, parce que les pertes sont proportionnelles à l’amplitude des mouvements de change. Cette demande émane aussi d’une nouvelle génération de jeunes cadres, davantage à l’aise avec ce type de solutions.