L’ABC a annoncé l’achèvement des travaux d’extension de son grand magasin de Dbayé qui s’étend désormais sur 45 000 mètres carrés. Entretien avec Robert Fadel, le PDG du groupe né en 1936 qui exploite actuellement six enseignes.

Combien a coûté l’extension de l’ABC Dbayé et dans quelle stratégie cet investissement s’inscrit-elle ?
L’investissement est d’un peu plus de 60 millions de dollars. Il s’inscrit à la fois dans une logique de rénovation, que nous réalisons tous les dix ans environ, et une stratégie d’extension. La précédente rénovation datait de 1998. Celle-ci a démarré en 2006, mais a duré longtemps en raison notamment de la nécessité de réaliser le chantier sans fermer le magasin. L’extension répond, quant à elle, à la volonté d’accompagner le développement de la banlieue nord de Beyrouth. Le marché du Metn et du Kesrouan est en pleine croissance comme en témoigne d’ailleurs l’arrivée prochaine de deux projets concurrents à Dbayé : Le Mall et le centre commercial de Majid al-Futtaim. Beyrouth et le Mont-Liban concentrent 80 % du pouvoir d’achat du pays.

Le grand magasin ABC de Dbayé est-il devenu un centre commercial ?
Techniquement, l’ABC Dbayé est encore un grand magasin, car il s’agit d’une seule unité avec un seul type d’accès. C’est le plus grand espace de cette catégorie au Moyen-Orient. Mais en pratique, il ressemble de plus en plus à un centre commercial en raison de la nature de l’offre qui est plus complète que celle d’un grand magasin.
En plus de la mode – repositionnée plus jeune et plus moderne –, les espaces dédiés aux loisirs se sont nettement développés, avec une vingtaine de restaurants et un nouveau complexe de huit cinémas à l’étage supérieur.

Comment percevez-vous l’arrivée de concurrents à Dbayé ?
L’implantation du Mall à côté de l’ABC sur l’axe Beyrouth-Jounié va être bénéfique pour les deux. L’enseigne va compléter notre offre avec ses marques et contribuer à la croissance de cet axe commercial traditionnellement plus fort d’ailleurs que son pendant Jounié-Beyrouth. Le projet de Majid al-Futtaim, en revanche, me semble davantage redondant par rapport au nôtre, ce qui présente un risque de cannibalisation. Globalement, je pense que la concurrence est saine même si la stagnation du marché rend les choses plus difficiles tant pour les nouveaux entrants que pour les acteurs en place. La question qui se pose est toutefois de savoir si le marché s’approche de la saturation. En suivant l’indicateur du nombre de mètres carrés de centres commerciaux rapporté au pouvoir d’achat du pays, le Liban est désormais au-dessus de la moyenne des pays de sa catégorie, alors qu’il était en dessous auparavant.


Quel est le chiffre d’affaires de l’ABC Dbayé et comment évaluez-vous l’activité cette année ?
Le potentiel de ventes à Dbayé est de 150 millions de dollars. Par comparaison, l’ABC Achrafié représente un tiers de plus. Mais le marché va mal. Après une forte croissance de 8 % en 2009 et 2010, on est tombé à 2 % en 2011 et 2012, c’est la stagnation. Beaucoup d’acteurs sont en récession dans un contexte d’augmentation des coûts. Nous essayons de contrôler les nôtres en attendant des jours meilleurs et de nous montrer aussi flexibles que possible avec les exploitants en difficulté. Mais leur nombre augmente. Les soldes ont débuté très tôt cette année, signe de l’importance des stocks.

Dans un tel contexte, où en sont vos projets de développement ?
La Syrie était notre prochaine destination. Le projet est suspendu. Nous souhaitons nous implanter à Verdun, mais n’avons pas encore trouvé la bonne formule, l’emplacement précédemment pressenti ayant été abandonné. Nous étudions aussi le Nord, c’est la seule zone de chalandise encore inexploitée. Mais cette option est également en sourdine aujourd’hui.