Un séjour à l’hôpital peut avoir des conséquences inattendues : 5 % des admissions entraînent des complications directement liées à la présence du patient dans l’établissement. Outre les problèmes posés pour la santé du patient, ces complications ont un coût non négligeable : un jour de plus à l’hôpital coûterait en moyenne 900 dollars sans complication et 1 500 dollars s’il y en a. L’étude “Outcomes management”, réalisée par le Dr Hélène Bekhazi, dresse un état des lieux de ces complications dans les hôpitaux libanais et émet des propositions afin d’en diminuer le taux.
Réalisée pour le compte de la société MedNet Liban, qui offre des services administratifs aux compagnies d’assurances, fournisseurs de soins, médecins, etc., l’étude a été rendue possible par le fait que la société a accès aux dossiers médicaux des patients concernés par ses services. Au total, plus de 150 000 admissions ont été prises en compte, parmi lesquelles le Dr Bekhazi s’est intéressée à cinq interventions (chirurgie à cœur ouvert, chirurgie de la hanche, du genou, cholécystectomie et pneumonie).
« Sur la population étudiée, le coût total des complications a grimpé en flèche, explique le Dr Bekhazi. De 2005 à 2010, il est passé de 4,6 millions de dollars à 8,8 millions de dollars, ce qui représente 15 % du coût total des hospitalisations étudiées. » Une très forte augmentation probablement expliquée par l’ouverture de nouveaux services et de nouveaux hôpitaux, ainsi que l’arrivée de nouveaux matériels, qui impliquent un certain temps d’adaptation pour le corps médical. L’étude ayant porté sur la population couverte par MedNet, qui représente de 9 à 12 % des Libanais, les complications coûteraient donc à la société libanaise plusieurs dizaines de millions de dollars. Un montant principalement supporté par les assurances, car celles-ci prévoient de couvrir les complications, ce qui a pour conséquence, in fine, de relever les tarifs des polices d’assurance.
La survenance d’une des quatre complications définies par l’étude (mort, infection, événement indésirable, maladie nosocomiale) augmente systématiquement la longueur du séjour à l’hôpital et donc les coûts de prise en charge. Une infection pendant un séjour à l’hôpital, qui est la complication la plus coûteuse, augmente par exemple la longueur du séjour de presque 900 % et le coût de l’hospitalisation de 850 %. Si le patient décède, ces taux sont respectivement de 475 et 450 %. Pourtant, malgré ces coûts extrêmement élevés, aucun système de suivi n’a été organisé au Liban. « Contrairement à certains pays occidentaux, les pays de la région MENA n’ont pris aucune mesure pour surveiller et limiter les complications survenues à l’hôpital, précise le Dr Bekhazi. Au Liban, seul l’hôpital Saint-Georges a pris une réelle initiative dans ce sens. Mais la prévention des complications doit être l’affaire de tous, car elles sont provoquées par une série de petites fautes. »
L’étude émet plusieurs recommandations à destination de toute la chaîne médicale (ministère de la Santé, ordre des médecins, hôpitaux, médecins). L’une d’entre elles est le contrôle de la durée du séjour. En effet, alors qu’un séjour de moins d’une journée entraîne des complications dans 4 % des cas, ce taux s’élève à 12 % pour les séjours de plus d’une journée ! Le Dr Bekhazi émet également quelques autres recommandations, comme la collecte d’informations venant du patient (et non seulement du corps médical), la création d’un registre national des complications, la collaboration avec les assureurs, l’émission régulière de rapports sur la question des complications et un meilleur contrôle des causes de décès.
Afin de sensibiliser les institutions concernées et de lancer la réflexion sur la question des complications, le Dr Bekhazi a transmis et contacté les acteurs concernés. « Nous n’avons obtenu aucun rendez-vous jusque-là. Seuls les hôpitaux se sont montrés intéressés en nous réclamant les données les concernant pour définir les failles dans leur système de contrôle, lorsqu’il existe. »