Début juillet 2012, les Libanais ont été privés d’Internet pendant trois jours. En cause, une rupture du câble IMEWE, qui lie le pays au reste du monde. Les connexions ont été rétablies via un accord négocié en urgence avec Chypre, mais cette coupure a démontré l’urgence de diversifier les sources de connexion du Liban.
Est-ce que le Liban a été le seul pays affecté par la coupure ?
Non, la rupture, qui a eu lieu au large des côtes d’Alexandrie (Égypte) a affecté les huit pays du consortium IMEWE (India Middle East Western Europe), à savoir l’Inde, le Pakistan, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Jordanie, le Liban, la France et l’Italie. Mais le Liban a été le plus durement touché, car sur les 23 Gbps (gigabits par seconde) de capacité internationale dont il dispose, 20 proviennent du câble IMEWE, les trois autres étant fournis par le câble Cadmous. En perdant cette connexion, le Liban est revenu à son état d’avant juillet 2011, date à laquelle ce câble avait été activé.
Pour rendre les choses encore plus compliquées, il a été découvert pendant la panne que seul 1,6 Gbps était encore activé sur Cadmous. Le secteur privé accuse Ogero, l’organisme d’État en charge des infrastructures étatiques de télécommunications, d’avoir dérouté l’intégralité de leur trafic via IMEWE, au lieu de garder un certain niveau de redondance (back-up) sur Cadmous. Ogero, qui cumule les fonctions de gérant des câbles Internet du pays et de fournisseur de service Internet (ISP), aurait abusé de sa position dominante pour assurer un certain niveau de connexion, quoique faible, à ses usagers, alors que les utilisateurs des ISP privés ont vu leurs connexions complètement coupées.
Pourquoi le Liban n’a-t-il pas de redondance, comme les autres pays ?
Le Liban aurait dû bénéficier d’une certaine redondance sur d’autres câbles, mais la panne a révélé que ce n’était pas le cas.
Par ailleurs, des négociations étaient en cours avec Chypre pour assurer de la redondance sur le câble Cadmous et avec l’Égypte pour acheter de la capacité sur le câble Alexandros, qui relie l’Égypte à Marseille en passant par Chypre (voir carte). Mais ces négociations, qui auraient dû aboutir à la fin du printemps 2012, ont pris plus de temps que prévu, en raison de considérations politiques et commerciales.
En quoi consiste l’accord négocié avec Chypre ?
Un premier accord a été négocié en urgence : Chypre a accepté de fournir 6 à 7 Gbps de connectivité gratuitement au Liban, pris sur son excédent de capacité qu’elle garde en réserve en cas de panne. Mais ce cadeau est conditionné au fait que l’île elle-même ne soit pas la victime d’une panne.
Un autre accord a ensuite été négocié plus calmement : « Le ministère des Télécommunications ne peut pas dépenser de l’argent sans l’approbation de la Cour des comptes, ce qui prend du temps, explique Firas Abi Nassif, conseiller du ministre des Télécoms. Nous avons demandé un essai gratuit de 10 Gbps de trois mois sur Alexandros, avec qui nous sommes de toute façon en négociation. Cela nous permet d’engager la procédure auprès de la Cour pour débloquer les 180 000 dollars correspondant au prix de ces trois mois. En parallèle, l’opérateur indien Tata Communications nous avait fait une offre de connexion à Marseille en Europe, avec deux mois d’essai gratuit, que nous avons activée et qui nous permet d’avoir le contenu Internet gratuitement. » Le Liban fonctionne donc actuellement avec un peu plus de 10 Gbps de connexion internationale, acheminée jusqu’à Chypre via le câble Alexandros et entre Chypre et le Liban via le câble Cadmous. Avant la panne, il n’utilisait que 13 Gbps. Le câble IMEWE a été réparé à la fin du mois de juillet. « Nous aurons également un rapport détaillé sur les raisons de la panne », affirme Firas Abi Nassif.
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