Le Beirut Digital District (BDD) a été inauguré le 3 septembre à Bachoura, en bordure du centre-ville de Beyrouth. Il s’agit du premier pôle numérique du pays. Son objectif est de renforcer le secteur des TIC (Technologies de l’information et de la communication) au Liban, en stimulant la productivité et la créativité grâce au rapprochement physique des entreprises et des personnes qui contribuent à la même chaîne de production. C’est ce qu’on appelle en anglais le “cluster effect”, principale valeur ajoutée des zones numériques dans le monde.
« Beirut Digital District hébergera jusqu’à 100 PME et contribuera à la création de plus de 1 000 emplois d’ici quatre à six ans », a expliqué le ministre des Télécommunications, Nicolas Sehnaoui, dans une conférence de presse.
Le pôle est ouvert sans distinction de nationalité aux sociétés technologiques et média, à des bailleurs de fonds, et à des incubateurs et autres accélérateurs.
Déjà en fonction, il consiste pour le moment en un immeuble de 2 500 mètres carrés de bureaux, dans lequel ont emménagé (ou vont le faire très prochainement) diverses sociétés dont l’opérateur de télécoms Touch, ZTE et Huawai (toutes les deux des sociétés chinoises de télécommunications). D’ici à janvier 2013, un autre immeuble de six étages et de 2 500 mètres carrés sera également livré : il sera entièrement dédié et géré par l’incubateur libanais Berytech, qui étend ainsi ses antennes (après celles de Beyrouth et de Mansourié). « Nous y mettrons l’accent sur les industries créatives », explique Maroun Chammas, PDG de Berytech.
D’ici à cinq ans, le BDD couvrira une zone de 38 000 mètres carrés, dont 26 000 de bureaux ; il devrait y avoir cinq immeubles. Berytech a l’option d’obtenir jusqu’à 6 000 mètres carrés.
La revalorisation de bachoura
La gestion de la zone est assurée par le promoteur immobilier ZRE, détenu en majorité par la famille libanaise Zein (et non la koweïtienne Zain qui possède Zain Telecoms, l’opérateur de Touch). Cette dernière a, aux côtés de milliers d’autres propriétaires, des terrains à Bachoura, un quartier délaissé depuis la fin de la guerre du Liban. « Nous souhaitons avant tout encourager l’économie du pays, explique Mohammad Rabbad, PDG de ZRE, et nous voulons que la région de Bachoura se développe à nouveau. » ZRE investit plusieurs centaines de millions de dollars dans la zone. « Nous n’attendons pas de retour sur investissement avant 10 ans », avance Mohammad Rabbah. En pariant sur la réussite de BDD, ZRE mise sur une revalorisation à long terme de toute la région. « Si la zone fonctionne bien, et qu’elle attire les étudiants et les jeunes actifs, on peut imaginer que ces derniers voudront vivre à côté et qu’une demande pour des petits appartements à louer se développera », explique le PDG.
À la recherche du “cluster effect”
La scène entrepreneuriale libanaise a accueilli la nouvelle avec prudence, attendant de voir si le BDD ne sera pas « uniquement un autre projet immobilier », selon les termes d’un jeune créateur de start-up.
Le ministère des Télécoms assure avoir tout mis en œuvre pour éviter que ce soit le cas : le mémorandum d’entente signé avec ZRE contraint ce dernier à assurer, outre des loyers au rabais, des services et des activités nécessaires à la création du “cluster effect” : services de conciergerie, de traiteurs, organisation d’événements (dont des hackatons), etc. Mohammad Rabbah affirme que d’ici à 2014, des espaces conçus selon l’exemple de campus universitaires seront construits, pouvant accueillir petites sociétés et free-lancers, dans un espace favorisant la communication.
Le ministère mise quant à lui principalement sur les pôles d’excellence, ces centres de recherche et d’innovation qui réuniront chercheurs, ONG internationales, étudiants. « Nous sommes actuellement en négociation avec eux pour les attirer », explique Karim Kobeissy, l’avocat qui a activement travaillé sur le projet pour le ministère.
« L’État a agi uniquement en tant que facilitateur, explique l’avocat ; il n’a rien investi financièrement dans la zone. » Mais il est le garant de la connectivité et de l’électricité. La fibre optique pour l’accès à Internet a déjà été installée, via deux points d’accès afin d’assurer de la redondance ; mais à l’heure d’aller sous presse le ministère négociait encore la capacité allouée à la zone. « Nous encouragerons également les investissements à travers des exemptions de taxe accordées par IDAL, et nous ferons la promotion de la zone dans les foires et les expositions internationales. »
Le BDD n’est qu’une première étape : le ministre des Télécoms affirme souhaiter ouvrir plusieurs zones, dans le but affiché de concurrencer Dubaï, qui a plusieurs années d’avance avec Internet et Media City. « Nous souhaitons créer le bon environnement pour retenir au Liban la main-d’œuvre jeune et qualifiée qui émigre faute de perspectives d’emplois intéressantes », annonce Karim Kobeissy.
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