L’École supérieure des affaires (ESA) a entrepris d’importants travaux d’extension de son campus sur les 10 000 m2 encore inexploités de son site de Clemenceau. Un projet de cinq millions de dollars qui s’inscrit dans le cadre de l’élargissement de son offre pédagogique.

Les nostalgiques de l’héritage architectural du mandat français pourront se réjouir : les stigmates de la guerre civile qui défigurent la “villa rose”, surnom donné à l’ancienne demeure du premier conseiller de l’ambassade de France à Clemenceau, ne seront bientôt qu’un souvenir. Elle fait l’objet d’importants travaux de réhabilitation dans le cadre du projet d’extension des locaux de l’École supérieure des affaires (ESA) qui occupe le site depuis sa création en 1996 à Beyrouth.
Ce chantier de cinq millions de dollars confié au cabinet Plan Libre répond à la volonté de l’ESA de diversifier son offre pédagogique et repose essentiellement sur deux piliers : la rénovation de la villa et la création d’un auditorium sous-terrain de 400 places prévues respectivement pour l’automne 2013 et début 2014. La villa sera équipée de salles adaptées à l’accueil des étudiants des nouveaux cursus : plusieurs programmes de doctorats en administration des affaires (DBA) viendront en effet compléter, dès la fin 2012, les mastères et séminaires de formation continue existants.
L’auditorium, unique au Liban de par sa taille et les équipements technologiques dont il sera doté, est financé par un mécène, la Bank Audi. Tandis que la Banque du Liban, partenaire stratégique de l’ESA, aux côtés de l’État français et de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, assume les coûts de rénovation et d’aménagement de la villa, soit 75 % de l’enveloppe globale. La Banque centrale installera au premier étage son futur “Centre d’excellence en finance”, destiné abriter des colloques et des réunions avec ses alter ego de la région dans une logique de partage d’expérience en matière de politique monétaire et de régulation financière.
La France loue le terrain à l’ESA à un prix qui reste très en deçà de celui du marché. « C’est une bonne manière de préserver le site, tout en lui donnant une utilité nouvelle en permettant à l’ESA de bénéficier de locaux plus adaptés à un public de cadres supérieurs et de dirigeants en activité », explique le directeur Stéphane Attali. Un choix qui témoigne de l’importance du soutien français à l’établissement : en signant en 2009, au plus fort de la flambée immobilière, un nouveau bail pour 20 ans sur la totalité du terrain de trois hectares de 33 000 m2, la France renonce à la rentabilité financière potentiellement très élevée que lui aurait assuré le sacrifice de l’ancien bâtiment dans le cadre d’une opération de promotion immobilière.
L’histoire du site de l’ESA est à bien des égards celle d’une vitrine de la présence française en Orient. Fondé sous l’Empire ottoman par une mission de diaconesses allemandes, l’Hôpital Saint-Jean de Jérusalem est réquisitionné par les troupes françaises en 1917. L’État français, qui rebaptise le parc, ne le quittera plus depuis lors et y installe l’ensemble de ses services consulaires de 1947 à 1983, date à laquelle le site est « mis sous cloche » pour des raisons sécuritaires. Lorsqu’en 1995, Jacques Chirac et Rafic Hariri prennent l’initiative de créer un puissant pôle de formation francophone en gestion des affaires au Moyen-Orient, ils confient la gestion des deux tiers du parc Clemenceau à la future “Business School”. Mais l’hectare restant, celui entourant la “villa rose”, demeurait inemployé. L’ESA n’entend d’ailleurs pas s’arrêter à ce projet d’extension : prochaine étape, la réhabilitation du bâtiment de l’ancien consulat. Partie intégrante du campus depuis 1996, celui-ci n’a pas encore trouvé d’usage précis en raison de son délabrement. La grande école compte éventuellement y installer un nouveau centre de recherche et de documentation, voire un incubateur d’entreprises.