Créé en 1997 par les Américains Linda Rottenberg et Peter Kellner, le réseau Endeavor s’est implanté au Liban en janvier 2011. Il y a déjà identifié une dizaine d’entrepreneurs dont l’impact potentiel est jugé très élevé sur le développement économique et social de leur pays. Entretien avec Tarek Sadi, directeur d’Endeavor au Liban.
Comment le Liban peut-il relever selon vous le défi de la création d’emplois ?Pour éliminer le chômage au Liban, il faudrait créer 300 000 emplois d’ici à 2020. C’est un chantier ambitieux mais pas impossible. Obtenir un point de croissance du PIB supplémentaire passe par la création de 12 000 start-up. La stratégie d’Endeavor est d’identifier une centaine de petites et moyennes entreprises dont le potentiel de croissance et de création d’emplois est important afin de les soutenir. L’objectif est de parvenir à créer de grandes entreprises en mesure d’offrir des emplois qualitatifs (au-delà de l’emploi lui-même, les avantages associés tels que les assurances médicales, les plans de retraite, la formation, etc.) en grand nombre, avec des perspectives d’évolutions de carrière, etc. Certes, une économie repose sur le dynamisme de ses PME, mais la présence de grandes entreprises est un signe de développement : le marché grec où nous nous sommes implantés récemment a par exemple cinq fois plus d’entreprises par million d’habitants que les États-Unis, mais ce dernier pays a deux fois plus de grandes entreprises par million d’habitants.
Les succès individuels sont-ils suffisants pour susciter de la création d’emplois au niveau macroéconomique ?
Nous croyons à la force des modèles. L’expérience de plusieurs pays en la matière le prouve. Nous avons analysé les raisons du succès du secteur des nouvelles technologies en Argentine, à Istanbul et en Jordanie pour comprendre les facteurs les plus déterminants pour la création d’un écosystème favorable. Comment expliquer par exemple que l’Argentine, une économie instable, souffrant de corruption, soit devenue le centre des nouvelles technologies en Amérique latine et pas le Chili nettement plus stable ? La réponse est simple : un petit nombre d’entrepreneurs ont ouvert la voie. Leur succès les a ensuite transformés en mentors, ils ont commencé à investir dans des start-up, à faire bénéficier les autres de leur expérience. Il y a eu un effet réseau, en effet multiplicateur. C’est la raison pour laquelle Endeavor se concentre sur ces entrepreneurs à fort impact potentiel. Au Liban, où nous nous sommes installés il y a deux ans, nous avons identifié plus de 300 PME et réalisé des entretiens avec plus de la moitié d’entre elles. Nous en avons déjà sélectionné huit représentées par dix entrepreneurs, ce qui est conforme avec les statistiques dans d’autres pays. Nous les soutenons grâce à un réseau international de plus de 3 000 experts et nous les aidons à mieux structurer leur stratégie afin de grandir dans les meilleures conditions et dans un second temps ils seront à leur tour en mesure de venir en aide aux autres.
Quels sont les secteurs dans lesquels des PME ont un grand potentiel au Liban ?
Contrairement à la Jordanie par exemple où l’essentiel du potentiel se situe dans le secteur des nouvelles technologies, les talents du Liban sont plus variés. Je pense au design, la mode, à la production audiovisuelle, ou aux médias par exemple, l’éducation, les services... Nous commençons déjà à voir des résultats, mais il est trop tôt pour faire un bilan.
Ce genre de processus prend au moins cinq à sept ans. Mais je suis optimiste, car nous nous greffons sur un environnement de plus en plus favorable. La multiplication des start-up a démystifié l’entrepreneuriat. Les gens se rendent compte qu’il n’y a pas de formule magique : il faut simplement trouver une niche de marché et la développer en travaillant dur et en étant persévérant.



