Pour compenser la pénurie d’électricité dont souffrent les agriculteurs de la Békaa, Fadi Jamaleddine a fait le pari de l’énergie solaire. Avec 4 000 kilomètres carrés, soit plus d’un tiers de la surface du Liban, la plaine de la Békaa est l’une des régions du pays les plus affectées par le rationnement d’électricité avec des coupures quotidiennes pouvant s’élever à 18 heures. Les cultures s’en trouvent affectées et l’approvisionnement en eau est tributaire de générateurs diesel. Ces derniers sont chers : entre 2 500 et 5 000 dollars par mois, soit une dépense annuelle de 30 000 à 60 000 dollars. Avocat basé à Beyrouth, Fadi Jamaleddine s’est rapidement aperçu que son passe-temps n’était pas rentable. Grâce aux vastes étendues et aux 300 jours d’ensoleillement, dont bénéficie la Békaa, « l’énergie solaire s’est présentée comme une alternative », dit-il. Ce propriétaire d’une ferme près du village de Mansoura a fait appel à la société Eco Friendly pour expertiser la rentabilité de son exploitation et envisager de la rendre autonome sur le plan énergétique. Pour son domaine de 110 000 m², 64 panneaux solaires photovoltaïques ont été installés, couvrant une surface de 100 m². Utilisant l’effet photoélectrique – la transformation de rayons lumineux en émission d’électrons –, les cellules photovoltaïques placées sur les panneaux produisent un courant électrique continu. Cette installation lui permet de produire l’énergie dont il a besoin quotidiennement pour faire fonctionner son système d’irrigation ainsi qu’un surplus d’électricité. Cet investissement de 80 000 dollars sera rentabilisé au bout de cinq ans. Les batteries sont garanties 96 mois en moyenne et permettent ainsi à l’acheteur de profiter de 69 mois, soit cinq ans d’électricité gratuite.
Il existe deux systèmes photovoltaïques permettant une indépendance partielle ou totale vis-à-vis de l’EDL. Le premier système est dit “en réseau” ou “on-grid”. Il fonctionne sans batterie et utilise l’onduleur du réseau national – appareil générant une onde électrique. Lorsque les panneaux solaires ne sont plus alimentés, le courant électrique provient du réseau national. Les pénuries d’électricité dans la Békaa sont trop importantes, particulièrement le soir, pour que ce système soit développé. Dans 80 % des cas à l’échelle nationale, un système dit “hors réseau” ou “off-grid” est utilisé. En cas d’absence de rayonnement solaire, il permet à l’exploitation d’être autonome grâce aux batteries et à l’onduleur indépendant. L’électricité du réseau sert seulement à recharger les batteries. En sens inverse, le surplus éventuel d’électricité produit par le système solaire est envoyé sur le réseau national. Mais il n’est pas possible à ce stade de vendre cette électricité excédentaire à EDL qui l’utilise gratuitement. Votée en septembre 2002, la loi 462 qui vise à réglementer le secteur de l’énergie n’a toujours pas été appliquée. Seul un système de compensation est possible. Grâce à un compteur inversé, le surplus est déduit de l’électricité nationale reçue pour recharger les batteries.
Quel que soit le système choisi, cet « investissement allégerait la facture énergétique des agriculteurs de la Békaa », confirme Patrick Ardahalian, fondateur de la compagnie Eco Friendly. La taille de l’investissement ne doit pas effrayer les agriculteurs, estime-t-il. « Ils peuvent bénéficier de prêts agricoles subventionnés. » Son client s’est par exemple tourné vers la Fransabank. Elle propose des “prêts verts” à un taux d’intérêt de 1,6 % pour tout agriculteur désirant développer et moderniser son exploitation. Les intérêts sont financés par la Banque centrale et assurés par le programme agricole de l’institut de garantie Kafalat. Le gouvernement a aussi signé en février un contrat de 3,5 millions d’euros avec l’Union européenne pour financer le « crédit pour l’agriculture et le développement rural » (CARD).


