L’architecte-urbaniste libanais Youssef Tohmé s’est vu confier l’an dernier le pilotage de l’aménagement du quartier Bastide Brazza à Bordeaux. Intégré dans un vaste projet urbain concernant l’ensemble de l’agglomération, le projet vise à transformer cet ancien secteur industriel de 60 hectares en un quartier mixte mêlant habitat et activités commerciales.
À première vue, l’idée d’aller dénicher à Beyrouth, pourtant peu réputée pour la rationalité de son urbanisme, l’un des architectes en charge de concevoir le projet urbain du “Grand Bordeaux” devant remodeler la ville à l’horizon 2030, peut sembler paradoxal. Pourtant, lorsqu’il se présente, fin 2012, au concours de sélection pour l’aménagement du secteur Bastide Brazza, sur la rive droite de la Garonne, Youssef Tohmé sent que son expérience peut lui être utile. « Il s’agit de mettre en place une trame pour que la ville se fasse, ensuite tout dépend des habitants ; ce qui veut dire de l’imprévu. Or au Liban, l’imprévu fait partie du quotidien… », résume-t-il, un brin en décallage avec l'ambition du projet. Car il va falloir transformer les 60 hectares de friche industrielle quasiment inhabités en un quartier centré sur l’habitat, qui occupera près des deux tiers de la surface totale, tout en y maintenant une fonction économique. « C’est le projet le plus ambitieux que j’ai eu à porter », reconnaît-il. Installé à Beyrouth en 2008, après des études supérieures à Paris et des premières armes effectuées auprès de cabinets européens comme celui de Jean Nouvel, l’architecte assurait jusque-là de nombreux projets privés : de villas au design audacieux à la réhabilitation du campus de l’Université Saint-Joseph, en collaboration avec le cabinet libanais 109 Architectes.
Des projets aux dimensions assez éloignées des 4 500 logements et plus de 100 000 m2 de bureaux, commerces et équipements collectifs auxquels il doit désormais donner le jour… Avec une idée force : « Permettre aux gens prêts à quitter la ville pour trouver une certaine qualité de vie de retrouver cet esprit de liberté à quelques minutes du centre-ville. » Pour y parvenir, l’architecte mise sur quelques lignes directrices. D’abord, structurer les espaces publics et privés autour de la notion d’échanges et du paysage : « Les visiteurs seront accueillis par trois lanières vertes s’ouvrant sur la Garonne plutôt que des immeubles » tandis que la circulation sera repensée autour d’étroites rues pavées et dépourvues de trottoirs de sorte que « les automobilistes s’adapteront au rythme des piétons et du tram », poursuit-il. Ensuite, tirer partie des spécificités et contraintes du lieu : le secteur est classé en zone inondable ? Qu’à cela ne tienne ! Les logements concernés seront bâtis sur des pilotis. Quant à l’exigence de mixité, elle devrait être assurée par un maillage d’habitations collectives et individuelles visant à répondre aux critères des logements sociaux, qui représenteront un peu plus de la moitié du parc, tout en attirant des habitants de toutes catégories sociales.
Autant de défis qui devraient se matérialiser à partir de la délivrance des premiers permis de construire, fin 2014. En attendant, Youssef Tohmé, qui continue de partager son temps entre la France et le Liban, supervise toujours des projets au pays du Cèdre, dont l’aménagement d’une plage privée à Halate, près de Jbeil.


