La Banque mondiale vient d’estimer le préjudice économique de la guerre syrienne et de l’afflux massif de réfugiés au Liban à 7,5 milliards de dollars. Un montant auquel le Liban ne peut faire face seul, assure la Banque mondiale, qui craint pour la stabilité politique, sociale et économique du pays si rien n’est fait.

On connaît désormais l’ampleur du préjudice économique et social subi par le Liban en raison de la guerre syrienne et de l’afflux de réfugiés sur son territoire. La Banque mondiale l’évalue à un total de 7,5 milliards de dollars pour la période 2012-2014. En rythme annuel, cela équivaut à 2,85 points de croissance de moins en moyenne. Avec 1,3 million de réfugiés prévus d’ici à la fin de l’année 2013, soit 27 % de la population résidente, le Liban est le pays de la région qui paie déjà le plus lourd tribut au conflit syrien. Le futur n’est guère plus rose. À court terme, aucune amélioration n’est envisagée : pour 2014, le scénario de référence de la Banque mondiale table tout au plus sur un ralentissement de l’afflux, avec 1,6 million de réfugiés au Liban, soit tout de même l’équivalent de 31 % de la population. Toutefois, prévient la BM, si le rythme des admissions aux frontières se maintient au niveau actuel (50 à 60 000 nouveaux réfugiés par mois), ce sera 2,3 millions de réfugiés que le Liban devra accueillir. Soit 54 % de la population du Liban !

Une pression intenable

Pour le pays du Cèdre, le choc est sans précédent. Et ses répercussions sont désormais quasi intenables pour un pays aux institutions très fragiles. Parmi les conséquences directes, la BM s’attend à une hausse annuelle de 10 % du taux de chômage et de la part du travail informel. Le chômage devrait ainsi atteindre 20 % de la population active d’ici à fin 2014 (contre 8,8 % en 2010), avec 220 à 324 000 nouveaux demandeurs d’emploi et 170 000 Libanais qui vont basculer sous le seuil de la pauvreté (moins d’un dollar par jour). Autre conséquence : le déficit public qui se creuse avec 2,6 milliards de dollars supplémentaires, lié à des rentrées fiscales moins importantes que prévues et des dépenses supplémentaires. « Sur le plan des recettes collectées, le conflit syrien se traduit par un manque à gagner de l’ordre de 1,5 milliard de dollars. Une perte sèche liée aux mauvais résultats de certains secteurs vitaux comme le tourisme, qui n’ont pas généré les recettes attendues ainsi que, de manière générale, une activité économique plus faible qu’escomptée. Au niveau des dépenses, la présence des réfugiés syriens devrait occasionner des dépenses supplémentaires de 1,1 milliard de dollars pour 2012-2014. » Pour la première fois depuis 2006, le ratio de la dette sur le PIB devrait d’ailleurs repartir à la hausse alors que les bons résultats économiques de ces dernières années étaient parvenus à le faire baisser de manière mécanique, de 160 % (2006) à 134 % (2012). 

Peu de solutions

Jusqu’à présent, le gouvernement libanais comme les donateurs internationaux ont choisi d’opter pour la politique de l’autruche. Le gouvernement libanais s’est refusé à une gestion proactive du dossier, laissant ses frontières ouvertes et ne comptant que sur les seuls liens de solidarité entre Libanais et Syriens pour absorber l’afflux massif de réfugiés. De leur côté, les pays donateurs se sont concentrés sur le seul volet humanitaire. Et encore : le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), qui réclamait 1,6 milliard de dollars en 2013 pour assurer le suivi des réfugiés au Liban, n’a reçu à ce jour que 27 % du montant demandé. Ni les institutions libanaises ni les organisations internationales n’ont en revanche traité les répercussions sur le tissu local. « L’aide internationale s’est portée en priorité sur les réfugiés syriens, ce qui, aux yeux des populations libanaises qui souffrent de leur présence, a exacerbé les tensions. »
Selon la Banque mondiale, il faut “stabiliser” le Liban en urgence. Cela signifie qu’il faut maintenir à flots des institutions qui sont une à une en train de couler face à l’afflux des demandes. Ainsi des écoles publiques, déjà très mal en point, dont les élèves d’origine syrienne pourraient représenter 57 % de l’effectif total fin 2014 avec 140 à 170 000 jeunes enfants. Autre risque, celui qui pèse sur le secteur de la santé : fin 2012, 40 % des demandes de soins de santé primaires émanaient de réfugiés syriens. Le rapport de la BM pointe du doigt le risque d’engorgement des hôpitaux qui ne peuvent assurer toutes les demandes, la pénurie sur certains médicaments, voire le développement de certaines épidémies.
Pour tenter d’y pallier, les choix se restreignent comme peau de chagrin. « Le Liban peut faire appel à la communauté internationale pour une aide financière. Il peut aussi décider de limiter désormais l’accès à son territoire. Il peut enfin décider de l’introduction de réformes pour tenter d’améliorer l’efficacité des services publics fournis. » La présence d’une délégation libanaise, emmenée par le président Michel Sleiman, à la 68e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York est un premier indice des espérances libanaises : trouver auprès de la communauté internationale un soutien financier à la hauteur des enjeux de la crise syrienne pour le Liban.