Miel d’Or a été fondé par Abdallah Basbous il y a 40 ans. Aujourd’hui, la marque offre différentes variétés de miel, selon les fleurs ou les plantes butinées par les abeilles des 200 ruches de cet apiculteur réputé.

À 80 ans, Abdallah Basbous a l’air d’un vieux cow-boy… Un regard bleu délavé, qu’on hésite à regarder plus de quelques secondes ; une carrure d’athlète, habitué aux cavalcades par 50 °C à l’ombre. Pourtant, l’homme n’a rien d’un pistolero. Au contraire, il fait partie de ces êtres dont on pressent vite le cœur généreux. Sans doute, est-ce son métier : a-t-on jamais vu un apiculteur méchant ? Avec 200 ruches, Abdallah Basbous vit de son activité, même si sa retraite de fonctionnaire lui assure une autre source de revenu. « On peut vivre de l’apiculture, si on installe 300 à 400 ruches, mais nous avons peu d’élevages industriels au Liban. Le miel reste ici une culture complémentaire pour l’agriculteur, qui, en général, conserve une vingtaine de ruches pour sa consommation et celle de sa famille. »  Abdallah Basbous récolte entre 20 et 30 kilos par ruche (miel toutes fleurs).
Son miel, il le vend selon les variétés entre 20 et 30 dollars le pot d’un kilo. « L’apiculture demande peu d’investissement : un essaim coûte entre 80 et 125 dollars, une ruche aux alentours de 300 dollars. En revanche, il faut beaucoup de savoir-faire. » Son miel, Abdallah Basbous l’écoule dans son magasin de Mansourié, sous la marque Miel d’Or, fondé il y a un peu plus de 40 ans, juste après avoir démissionné de son poste de chef de la section apicole au ministère de l’Agriculture. « Les commerçants “oubliaient” de me payer. J’ai préféré ne compter que sur moi-même. »
Formé en France, à l’Institut national de la recherche agronome de Montfavet, il sait le contexte peu favorable aux productions locales : faux étiquetage, trafic sur l’origine, ajout de sirop de sucre… « Les consommateurs ont perdu confiance dans le miel libanais. Aucun contrôle ne permet de garantir la qualité. » Un constat terrible alors que le Liban, « pays du miel et du lait », fait désormais mentir sa légende. Mais Abdallah Basbous ne désespère pas. Pour mieux faire entendre sa différence, il a choisi l’itinérance : on retrouve ses ruches dans le Akkar ou entre Saïda et Tyr pour un miel de fleurs d’orangers très parfumé ; à plus de 1 200 mètres d’altitude, pour un miel de chardon dense et puissant, ou dans la région de Mansourié où des productions plus communes. « Cela fait plus d’un demi-siècle que j’étudie la flore des lieux où j’implante mes ruches. Après, je mène des analyses pour certifier la variété dominante. » On se saurait trop recommander d’y goûter.

La filière selon le Creal
4 kilos de miel par ruche au Liban

La filière apicole libanaise est en crise endémique. La responsabilité en incombe au manque de professionnalisme et de moyens des apiculteurs, incapables d’assurer les soins nécessaires aux abeilles. Les rendements s’en ressentent : en moyenne 4 kg par ruche contre 20 kg/ruche de moyenne mondiale. En 2012, on comptait 80 000 ruches au Liban, contre 16 000 en 2011. Cette baisse dramatique s’explique par la prolifération d’une bactérie, la Loque américaine : les traitements – assurés normalement par le ministère de l’Agriculture – n’étant pas disponibles, la bactérie a décimé la population des abeilles au Liban. Le problème se présente avec encore plus d’acuité en 2013 avec une autre bactérie, la varroase, notamment responsable du syndrome de l’effondrement des colonies d’abeilles, un phénomène mondial.