Le dollar reste solide. Comment l’expliquez-vous ?
La reprise aux États-Unis s’est avérée plus rapide qu’en Europe ou ailleurs. Les chiffres de l’industrie sont de plus en plus encourageants, tandis que le nombre d’emplois créés atteint 175 000 nouvelles opportunités par mois. En parallèle, l’autonomie croissante des États-Unis sur le plan énergétique implique une baisse des achats de matières premières en devises.
En Europe, la croissance est encore limitée, ce qui a également contribué à une appréciation du billet vert.
Parallèlement, le Japon fait face actuellement à un problème de baisse de sa consommation interne. La dépréciation du yen, au plus bas niveau depuis quatre mois, est en partie provoquée dans le but de relancer cette consommation.

Peut-on miser durablement sur le dollar ?
Pas forcément. Le nouveau débat sur la crise budgétaire et le plafond de la dette, prévu en janvier 2014, risque de buter sur un nouveau désaccord, comme cela a récemment été le cas autour du budget fédéral. En outre, l’impact financier de l’adhésion de 30 à 40 millions d’Américains au nouveau régime de santé sera plus clair d’ici à quatre mois.

Quel impact aura la politique de resserrement monétaire de la Fed sur le billet vert ?
Il n’existe pas d’engagement clair en faveur d’un dollar plus fort. Car, au-delà d’un certain seuil, le risque est de nuire aux autres composantes de l’économie, notamment les exportations. La Réserve fédérale prend cela en compte et observe en ce moment l’évolution économique et les anticipations des agents économiques en prévision de la fin de sa politique d’assouplissement quantitatif.

Goldman Sachs prévoit une chute de 15 % l’an prochain des prix des principales matières premières. Faut-il en alléger son portefeuille ?
La demande pour les matières premières semble stable pour l’instant. Les prix pourraient légèrement reculer sous l’impulsion de deux facteurs : la correction du prix de l’or après les pics récemment atteints et le recul de la demande pétrolière sur le plan mondial.

Pourquoi les marchés émergents ont-ils moins la cote auprès des investisseurs ?
Cela est lié à plusieurs facteurs. D’abord, les monnaies nationales de nombreux pays émergents, comme l’Inde et la Turquie, se sont affaiblies au cours des derniers mois, en partie à cause de l’annonce par la Fed d’une fin de l’injection de liquidités sur le marché. La confiance est moins importante dans le taux de rendement de ces marchés, certains estimant qu’ils étaient surévalués. Enfin, l’autonomie croissante des États-Unis sur le plan énergétique pèse sur le sentiment des investisseurs, car cela implique moins d’investissements américains à l’étranger.

Qu’en est-il du Moyen-Orient, offre-t-il des opportunités de placements dans le contexte actuel ?
Les tensions politiques continuent de peser sur le climat d’investissement dans la région. Nous assistons aujourd’hui à trois phénomènes financiers : d’abord, un transfert de capitaux transfrontaliers, notamment de la Syrie et de l’Irak, en direction de zones plus sûres au sein du monde arabe ; ensuite, une sortie de capitaux liés à des fonds souverains et, enfin, une baisse des investissements en provenance de l’étranger. Le monde arabe souffre aussi de l’absence de marchés de capitaux développés et de la faiblesse des opérations de fusions et acquisitions. Cela est désormais inhérent à la structure du risque et de gouvernance dans la région. Mais les perspectives ne sont pas que sombres ; un dollar fort pourrait se répercuter de manière positive sur les économies dollarisées de la région, tandis que l’accord sur le nucléaire iranien devrait se traduire par une reprise des investissements et une amélioration des notes souveraines des pays du Golfe.