L’Ecole supérieure des affaires de Beyrouth accueille le 9 mai un forum sur le « pétrole et le gaz : richesse nationale du Liban ». Entretien avec l’un des intervenants, Nicolas Sarkis, directeur d’une société de conseil en Energie à Paris.
Comment situer l’intérêt commercial pour le bassin levantin dans le marché mondial du gaz ?
Les données sismiques sont encourageantes, certes, mais cela ne suffit pas. Beaucoup de chiffres ont été avancés de manière hâtive. Pour évaluer l’importance commerciale, il faut attendre le forage, qui donne une idée plus précise - quoique non définitive - du potentiel réel. Les réserves prouvées représentent une fraction des réserves récupérables dans ce qui est communément appelé « les conditions économiques actuelles ». Ces conditions peuvent évoluer, au gré des prix et du progrès technologique, ce qui influence également le niveau d’extraction. C’est pourquoi il serait hasardeux d’avancer des conclusions au stade actuel.
Comment évaluez-vous la structure institutionnelle et le processus décisionnel au Liban ?
Avant de mettre en place un cadre institutionnel, il faut déjà qu’un pays ait une politique énergétique digne de ce nom, ce dont le Liban ne s'est jamais doté même durant les années fastes ayant précédé la guerre. Aujourd’hui, les découvertes offshore exigent a fortiori la définition d’une telle politique et d’une structure institutionnelle solide et participative. Celle-ci passe en premier lieu par la création d’une compagnie nationale de pétrole, qui serait le bras séculier de l’Etat, et qui participerait, en tant qu’opérateur central, à l’ensemble des activités, allant de l’extraction à l’exportation du gaz. Aujourd’hui, les compagnies pétrolières nationales contrôlent 75% de la production dans le monde et 90% des réserves prouvées, contre 25% et 10%, respectivement, pour l’ensemble des sociétés privées.
Au Liban, la loi de 2010 prévoit la création à terme d’une société nationale, mais quel sera précisément son rôle ? Et à quel stade du processus sera-t-elle créée ? Toutes ces questions restent aujourd’hui floues, ce qui affaiblit a priori la position du Liban vis-à-vis des compagnies étrangères.
Quels sont les autres avantages de la création d’une compagnie pétrolière nationale ?
Une telle structure pourrait contribuer au développement économique du pays, à travers le soutien aux activités et aux secteurs annexes à l’industrie pétrolière (équipements pour le forage, construction de raffinerie, etc.). Cela permet de créer de nouveaux emplois et d’attirer davantage de capitaux. En revanche, il faut, bien entendu, laisser jouer la concurrence sur le marché, notamment pour certaines activités, comme l’importation de produits raffinés.
Le Liban n'a pas encore annoncé combien de blocs seront proposés lors du premier round de l'appel d'offres. Que faut-il prendre en compte ?
Je pense qu'il aurait été plus judicieux de définir un plus grand nombre de blocs explorables. Parfois deux sociétés forent un même gisement localisé entre deux blocs et cela a des conséquences sur le plan technique et juridique. Ensuite, je ne pense pas que le Liban a intérêt à proposer d’emblée l’exploration de l’ensemble des blocs, parce qu’il ne détient pas encore toutes les données sur son potentiel sous-marin. Une démarche progressive, basée sur des résultats préliminaires positifs, permettrait d’améliorer les conditions de négociations avec les sociétés pour les blocs restants, qui prendront de facto plus de valeur. Les conditions actuelles sont d’ailleurs très favorables pour les sociétés exploratrices, d’où, en partie, cet afflux aussi important.
Mais cela n’impliquera-t-il pas un plus grand retard ?
Certainement, mais le temps ne joue pas contre le Liban, contrairement à ce que beaucoup pensent ou disent. Le pétrole est là depuis des millions d’années. Nous pouvons attendre encore quelques années, cela ne changera rien à la donne. D’autant que toutes les prévisions concernant les besoins énergétiques tablent sur un hausse, à long terme, de la consommation mondiale. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), le monde consommera 17 milliards de tonnes équivalent pétrole (TEP) d’ici 2035, soit un tiers de plus que la consommation actuelle. Cela signifie qu’il faudra trouver sur les 20 prochaines années, de nouvelles capacités de production d’énergie qui équivalent à la totalité de la production pétrolière actuelle.
Comment situer l’intérêt commercial pour le bassin levantin dans le marché mondial du gaz ?
Les données sismiques sont encourageantes, certes, mais cela ne suffit pas. Beaucoup de chiffres ont été avancés de manière hâtive. Pour évaluer l’importance commerciale, il faut attendre le forage, qui donne une idée plus précise - quoique non définitive - du potentiel réel. Les réserves prouvées représentent une fraction des réserves récupérables dans ce qui est communément appelé « les conditions économiques actuelles ». Ces conditions peuvent évoluer, au gré des prix et du progrès technologique, ce qui influence également le niveau d’extraction. C’est pourquoi il serait hasardeux d’avancer des conclusions au stade actuel.
Comment évaluez-vous la structure institutionnelle et le processus décisionnel au Liban ?
Avant de mettre en place un cadre institutionnel, il faut déjà qu’un pays ait une politique énergétique digne de ce nom, ce dont le Liban ne s'est jamais doté même durant les années fastes ayant précédé la guerre. Aujourd’hui, les découvertes offshore exigent a fortiori la définition d’une telle politique et d’une structure institutionnelle solide et participative. Celle-ci passe en premier lieu par la création d’une compagnie nationale de pétrole, qui serait le bras séculier de l’Etat, et qui participerait, en tant qu’opérateur central, à l’ensemble des activités, allant de l’extraction à l’exportation du gaz. Aujourd’hui, les compagnies pétrolières nationales contrôlent 75% de la production dans le monde et 90% des réserves prouvées, contre 25% et 10%, respectivement, pour l’ensemble des sociétés privées.
Au Liban, la loi de 2010 prévoit la création à terme d’une société nationale, mais quel sera précisément son rôle ? Et à quel stade du processus sera-t-elle créée ? Toutes ces questions restent aujourd’hui floues, ce qui affaiblit a priori la position du Liban vis-à-vis des compagnies étrangères.
Quels sont les autres avantages de la création d’une compagnie pétrolière nationale ?
Une telle structure pourrait contribuer au développement économique du pays, à travers le soutien aux activités et aux secteurs annexes à l’industrie pétrolière (équipements pour le forage, construction de raffinerie, etc.). Cela permet de créer de nouveaux emplois et d’attirer davantage de capitaux. En revanche, il faut, bien entendu, laisser jouer la concurrence sur le marché, notamment pour certaines activités, comme l’importation de produits raffinés.
Le Liban n'a pas encore annoncé combien de blocs seront proposés lors du premier round de l'appel d'offres. Que faut-il prendre en compte ?
Je pense qu'il aurait été plus judicieux de définir un plus grand nombre de blocs explorables. Parfois deux sociétés forent un même gisement localisé entre deux blocs et cela a des conséquences sur le plan technique et juridique. Ensuite, je ne pense pas que le Liban a intérêt à proposer d’emblée l’exploration de l’ensemble des blocs, parce qu’il ne détient pas encore toutes les données sur son potentiel sous-marin. Une démarche progressive, basée sur des résultats préliminaires positifs, permettrait d’améliorer les conditions de négociations avec les sociétés pour les blocs restants, qui prendront de facto plus de valeur. Les conditions actuelles sont d’ailleurs très favorables pour les sociétés exploratrices, d’où, en partie, cet afflux aussi important.
Mais cela n’impliquera-t-il pas un plus grand retard ?
Certainement, mais le temps ne joue pas contre le Liban, contrairement à ce que beaucoup pensent ou disent. Le pétrole est là depuis des millions d’années. Nous pouvons attendre encore quelques années, cela ne changera rien à la donne. D’autant que toutes les prévisions concernant les besoins énergétiques tablent sur un hausse, à long terme, de la consommation mondiale. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), le monde consommera 17 milliards de tonnes équivalent pétrole (TEP) d’ici 2035, soit un tiers de plus que la consommation actuelle. Cela signifie qu’il faudra trouver sur les 20 prochaines années, de nouvelles capacités de production d’énergie qui équivalent à la totalité de la production pétrolière actuelle.


