La Banque européenne d’investissement (BEI) vient d’allouer 120 millions d’euros au secteur privé libanais sous forme de lignes de crédit et d’investissements. Cela porte à un milliard d’euros les financements en cours au Liban, soit une part de 15 % des aides allouées aux neuf pays du pourtour méditerranéen. Décryptage avec le vice-président de la BEI, Philippe de Fontaine Vive.
Quel est l’objectif de votre soutien financier au Liban? L’objectif est de faciliter le financement de projets renforçant la compétitivité et la création d’emplois au Liban, mais aussi d’envoyer un signal positif à l’ensemble des parties concernées dans ce contexte difficile. La situation politique actuelle pèse sur les PME et l’emploi, et affecte plus globalement le climat d’investissement. L’Union européenne continue néanmoins de croire à la dynamique et au succès du secteur financier libanais et à la capacité des entreprises de croître localement et au-delà des frontières.
Comment se répartit cette allocation de 120 millions d’euros ?
Je tiens d’abord à souligner que nous avons signé quatre accords en un seul jour, ce qui est sans précédent dans notre relation avec le Liban qui bénéficie du record régional en matière d’aides européennes par habitant. Il s’agit de deux lignes de crédit, de 45 millions d’euros chacune, qui serviront à financer les PME à travers la Fransabank et la Byblos Bank. Nous sommes également entrés à hauteur de 9 % du capital de la First National Bank en y investissant 11 millions d’euros. Il s’agit de la première participation de la BEI aux fonds propres d’une banque libanaise. L’objectif est de renforcer davantage le secteur afin qu’il soit capable d’accompagner les entreprises locales au Liban et dans l’ensemble de la région. Enfin, nous avons investi 20 millions d’euros dans le fonds Euromena III, soit 10 à 15 % du montant global qui sera levé. Ces deux investissements sont financés pour moitié par l’Union européenne et l’autre moitié par l’Espagne, et l’engagement est pour une période minimum de sept ans.
Quels sont les principaux avantages de ces prêts destinés aux PME ?
Le délai de remboursement est de 12 ans et les taux d’intérêt sont préférentiels. Les banques nous soumettent les crédits qu’elles accordent et nous sommes particulièrement exigeants quant au respect par les bénéficiaires des standards internationaux de gouvernance. Les accords conclus avec les banques prévoient en outre qu’elles accordent des crédits pour au moins le double des montants que la BEI leur alloue, ce qui devrait produire un effet multiplicateur de 25.
Ciblez-vous des secteurs particuliers ?
Non, il n’existe pas de secteur prioritaire. Nous avons tenté il y a quelques années de favoriser le secteur hôtelier, mais nous avons constaté que la création d’un cadre administratif étroit entrave le processus de financement sans aboutir au résultat souhaité. C’est pourquoi, nous préférons laisser le marché décider et constater a posteriori quels sont les secteurs qui en ont profité. Avec une préférence toutefois pour les secteurs susceptibles de porter l’internationalisation de l’économie libanaise, tels la banque, la finance, le tourisme, les télécoms et le numérique.
Ne craignez-vous pas des difficultés au niveau du remboursement, étant donné le contexte économique actuel ?
Non, nous avons pleine confiance dans la capacité des banques à honorer leurs engagements. L’historique est très rassurant à ce niveau au Liban.
La BEI avait cogaranti une ligne de crédit de 80 millions d’euros dédiée au secteur de l’Énergie. Le montant a-t-il été déboursé ?
Cette ligne, qui devrait être débloquée sous forme de prêts subventionnés, a déjà été signée par la BEI, mais elle est toujours dans l’attente de l’approbation du Parlement libanais.


