Les marchés vus par Naïm Abou Jaoudé, Chief Executive Officer de Candriam Investors Group (ex-Dexia Asset Management) et vice-président de New York Life Investment Management International.
La fin annoncée de l’assouplissement monétaire américain va-t-elle se concrétiser ? Les États-Unis visent la fin de l’année 2014, comme prévu. Car les derniers indicateurs économiques sont plutôt encourageants. Le taux de chômage a reculé en juin à 6,1 % (un plus bas depuis six ans, NDLR), contre 6,3 % le mois précédent. La Réserve fédérale reste néanmoins prudente, car l’économie est toujours loin du plein emploi, beaucoup de gens n’étant pas revenus sur le marché de l’emploi. Depuis la crise, le taux de participation n’a cessé de baisser, tombant en dessous de 63 %, contre plus de 66 % en 2008. À mon avis, la première hausse des taux, véritable enjeu pour les marchés, n’arrivera pas avant le second semestre 2015.
Comment cette normalisation se répercutera-t-elle sur les marchés américains ?
La hausse des taux américains, et dans une moindre mesure celle des taux européens, affectera les marchés obligataires qui ont très bien performé ces dernières années. En revanche, elle sera positive à terme pour les marchés d’actions, même si elle pourrait de manière transitoire produire un peu de volatilité à l’image de ce qui s’est produit en mai-juin 2013.
Qu’en est-il du dollar ?
Il devrait se raffermir, sous l’effet de l’accroissement de l’écart entre les taux américains et ceux d’autres régions comme la zone euro, désormais en décalage de cycle par rapport aux États-Unis. Nous misons sur un taux euro/dollar autour de 1,3 sur les 12 à 18 prochains mois.
L’Europe s’est engagée sur la voie de l’assouplissement monétaire sans avoir sorti les gros moyens. Comment évaluez-vous l’appétit des investisseurs pour les marchés financiers européens ?
La Banque centrale européenne a récemment baissé ses taux et a annoncé également le lancement en septembre prochain d’opérations de refinancement à long terme d’une durée de quatre ans et à un taux fixe de 0,25 % avec pour cibles les prêts aux entreprises non financières et aux ménages, pour lutter contre la fragmentation du marché du crédit en Europe. La BCE travaille également sur l’achat direct de titres et n’exclut pas un assouplissement monétaire supplémentaire “à l’américaine”, si la situation économique et la menace de déflation l’exigeaient. Ces mesures soutiennent les marchés d’actifs risqués et modèrent les anticipations de hausse de taux dans la zone euro. Cela devrait continuer à rendre la zone attractive pour de nombreux investisseurs.
L’instabilité au Moyen-Orient vous conduit-elle à miser sur une hausse des cours de l’or noir ?
En dehors de toute dégradation supplémentaire dans la région, nous prévoyons un prix du pétrole relativement stable pour l’année à venir. Les événements en Irak n’ont pas affecté les livraisons globales de pétrole du pays, qui sont concentrées dans le Sud. En outre, la production des pays hors Opep est en hausse (notamment aux États-Unis et au Canada) et compense la baisse de production des pays de l’Opep, ce qui explique la relative stabilité des prix.
Quels sont vos projets dans la région ?
Nous disposons d'une équipe de professionnels sur place depuis 2006, et assistons nos clients depuis 2011 à partir du Centre financier international de Dubaï (DIFC). L’acquisition cette année de Candriam Investors Group par New York Life Investment Management a accentué notre intérêt pour la région, qui ne représente qu’environ 2 % de nos activités. Nous sommes particulièrement intéressés par le marché du Golfe, qui se caractérise par une croissance économique assez soutenue, et une excellente performance boursière. En outre, selon le FMI, le secteur public de la plupart des pays du Conseil de coopération du Golfe a accumulé d'importants actifs externes estimés à plus de 2 300 milliards de dollars à fin 2014, en mesure de compenser une éventuelle baisse des recettes pétrolières. De manière générale, nous prévoyons une croissance globale de 12 % par an des actifs sous gestion au Moyen-Orient et en Afrique sur la période 2012 à 2020, contre une moyenne mondiale d’environ 6 %.


