Les marchés vus par Paul Wetterwald, économiste en chef, et Muriel Abboud, conseillère en devises au Crédit Agricole Suisse.
La valeur de l’or a fondu de 35 % depuis son pic historique à 1 900 dollars, en septembre 2011. Désormais, le seuil des 1 100 dollars n’est plus très loin, malgré la récente reprise. Quels sont vos pronostics pour 2015 ? La perspective de remontée des taux aux États-Unis et la hausse du dollar continuent de peser sur les cours de l’or. En outre, la demande mondiale pour le métal jaune a ralenti et les spéculateurs ont liquidé leur position. Cependant, plusieurs banques centrales de pays émergents ont l’intention d’augmenter la part d’or dans leurs réserves de change pour atteindre un ratio de 10 %. Celui-ci s’élève aujourd’hui à 1,1 % en Chine et à 7,1 % en Inde.
Parmi les autres facteurs qui pourraient soutenir la demande, figurent également les tensions géopolitiques, notamment en Europe de l’Est. La Russie, qui fait désormais partie des gros acheteurs depuis la crise ukrainienne, a acquis plus de 150 tonnes d’or cette année. De son côté, l’Inde a décidé de mettre fin aux restrictions sur les importations d’or mises en place en 2013.
À ces facteurs favorables à une plus forte demande, s’ajoute le fait que le coût de production d’une once d’or, pour 85 % des producteurs, se situe autour de 1 100 dollars.
Pour toutes ces raisons, nous pensons que le cours de l’or devrait fluctuer dans une fourchette comprise entre 1 050 et 1 300 dollars pour l’année 2015.
L’euro n’a cessé de perdre du terrain face au billet vert depuis le mois de juillet, enfonçant récemment le seuil de 1,15 dollar pour la première fois depuis 2003. Quelles sont vos prévisions à ce niveau ?
Depuis plusieurs mois, nous observons une divergence entre les politiques monétaires américaines et européennes.
En outre, les données statistiques s’améliorent aux États-Unis, la croissance est en hausse et le chômage en baisse. La Réserve fédérale a mis fin à son programme de rachats d’actifs en octobre dernier et devrait relever ses taux mi-2015.
Les derniers chiffres de l’inflation en zone euro, les élections grecques et les spéculations sur un programme d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE) continuent de peser sur l’euro.
De plus, les taux négatifs en zone euro poussent les banques centrales à revoir l’allocation de leurs réserves de change. Elles détiendraient 935 milliards d’euros à des taux négatifs et auraient déjà commencé leur diversification en vendant une partie de ces réserves. Pour ces raisons, nous restons baissiers sur l’euro avec un objectif de 1,12 dollar pour l’année 2015.
Le baril du pétrole a désormais enfoncé le seuil de 45 dollars, chutant de 55 % depuis juin dernier et atteignant un plus bas depuis cinq ans. Cette baisse va-t-elle se poursuivre à votre avis ? Le scénario de 2008 risque-t-il d’être réédité ?
Cette chute est due essentiellement à la concurrence de la production énergétique américaine qui pèse sur les cours. S’y ajoutent probablement des facteurs géopolitiques, les producteurs d’or noir ayant des intérêts divergents et ne parvenant pas ou ne voulant pas restreindre l’offre. Ce n’est pas l’évolution de la demande mondiale qui explique la chute actuelle des prix. Celle-ci devrait rester positive, voire légèrement augmenter en 2015. La configuration est donc différente de celle qui prévalait en 2008, quand les prix avaient drastiquement chuté, en raison d’une crise économique mondiale et d’une forte baisse de la demande. D’autant que la baisse actuelle des cours est un facteur de nature à accélérer la croissance globale.


