La société Elephant Africa Holding, fondée par Antoine et Gabriel Boulos à Lagos, a levé des fonds auprès d’un consortium d’investisseurs, sous forme d’obligations convertibles. Cette opération témoigne de l’intérêt des capital-investisseurs pour l’Afrique subsaharienne en général et pour la diaspora libanaise en particulier.
Cela faisait près de deux ans qu’Amethis, un fonds d’investissements basé à Paris et dédié à l’Afrique, était en discussion avec le groupe familial Boulos. « J’ai été introduit grâce à des connaissances à Beyrouth, raconte Jean-Sébastien Bergasse, directeur d’investissement chez Amethis. Lorsqu’ils ont accepté de recourir, pour la première fois, à des partenaires extérieurs pour institutionnaliser le groupe et accélérer son développement, nous avons réuni d’autres investisseurs, parmi lesquels le fonds EuroMena, basé à Beyrouth. »
L’investissement s’est fait sous la forme d’un prêt convertible dont le montant n’a pas été officiellement divulgué. La presse africaine a toutefois évoqué une transaction d’une valeur totale de 50 millions de dollars, pour une part d’environ 25 % après conversion. La famille Boulos a été conseillée par le cabinet libanais de conseil en fusion-acquisition Kyte Partners.
La transaction ne concerne que la division papier du groupe Boulos, qui n’est pas son activité historique. Antoine et Gabriel Boulos ont débuté au Nigeria dans les années 1950 avec l’importation et la distribution, puis l’assemblage de motos en partenariat avec le japonais Suzuki Motor Corporation. Ce n’est qu’en 1987 que le groupe dont l’envergure exacte n’est pas communiquée se lance dans la production de bobines mères de papier à partir de matières recyclées en créant Bel Papyrus. Puis il se met à convertir ces bobines en mouchoirs, papier toilettes, essuie-tout, etc. à travers Bel Impex. Aujourd’hui, ces deux sociétés leaders sur le marché nigérian sont regroupées au sein d’Elephant Africa Holding, dont le capital a été ouvert aux investisseurs.
Société leader au Nigeria
« Le potentiel de développement de cette entreprise est très important, souligne Gilles de Clerck, partenaire dans le fonds EuroMena. Le Nigeria abrite la plus grande population d’Afrique, 180 millions d’habitants, mais la consommation de papier y est très faible, ne représentant qu’un trentième de la consommation en Europe, et un cinquantième de celle des États-Unis. La demande croît d’au moins 5 à 10 % par an. »
Pour accompagner la hausse de la demande, la société a augmenté progressivement sa capacité de production, ce qui a nécessité des investissements lourds réalisés par la famille. « Le défi aujourd’hui est d’améliorer la distribution dans un grand pays où le marché est encore largement dominé par les points de vente traditionnels et de développer les exportations vers le reste de l’Afrique », ajoute Gilles de Clerck. Le groupe familial veut également s’institutionnaliser pour faciliter le passage à la troisième génération. D’où l’intérêt de recourir à des investisseurs stratégiques plutôt qu’à des banques, même si les banquiers libanais en particulier sont très demandeurs de projets à financer. « Des acquisitions potentielles et des partenariats sont déjà à l’étude, affirme Jean-Sébastien Bergasse. Amethis mettra au service du groupe son réseau et sa connaissance de la région. »
Premier investissement africain pour EuroMena
Le fonds compte déjà plusieurs partenaires en Afrique, parmi lesquels des Libanais. L’an dernier, Amethis a investi dans le n° 2 de la distribution alimentaire en Côte d’Ivoire, la Compagnie de distribution de Côte d’Ivoire (CDCI), une ancienne filiale du groupe Unilever, achetée en 2002 par l’entrepreneur d’origine libanaise Yasser Ezzedine.
« Les dirigeants d’Amethis sont des anciens de Proparco, une filiale de l’Agence française de développement qui a réalisé plusieurs investissements au Liban dans le passé. En fondant Amethis, ils savaient que Beyrouth serait l’une de leurs portes d’entrée vers l’Afrique. » Sur les neuf investissements réalisés jusque-là par Amethis, deux concernent des sociétés détenues par des Libanais. « Ce nombre pourrait être porté à trois, si les négociations actuellement en cours avec une famille libanaise en Afrique francophone se concrétisent », ajoute Jean-Sebastien Bergasse.
Pour EuroMena, en revanche, il s’agit du premier investissement en Afrique subsaharienne et le premier dans le cadre du fonds EuroMena III. Les deux premiers fonds de la société étaient centrés sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, rappelle leur directeur général, Romen Mathieu. « Pour le troisième, nous avons prévu de consacrer aux entreprises détenues par des Libanais en Afrique un tiers des 100 millions de dollars levés jusque-là auprès d’investisseurs institutionnels, sachant que notre ambition est de monter à 200 millions au premier trimestre de l’année 2016. »
Dynamique de croissance
L’Afrique paraît d’autant plus attractive pour un fonds comme EuroMena que la plupart des économies du Moyen-Orient sont en berne. Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 4,4 % cette année pour l’Afrique subsaharienne et de 5,1 % en 2016, contre 2,6 % et 3,8 % respectivement pour la région Mena. Ces chiffres masquent évidemment des disparités et des dynamiques de croissance différentes selon les pays. Mais les fonds d’investissements sont de plus en plus nombreux à s’intéresser au continent en misant sur le développement rapide de la classe moyenne, et l’appétit des multinationales pour des marchés qu’ils ont du mal à pénétrer directement. De grands fonds internationaux ont ainsi fait leur entrée sur le continent, notamment KKR, Blackstone ou Carlyle, qui a levé l’année dernière 700 millions de dollars pour l’Afrique.
Pour contrer la dévaluation de certaines monnaies, dans la plupart des cas, ces fonds prennent des participations minoritaires dans des entreprises tournées vers l’export, ou à fort potentiel de croissance dans des secteurs dits “défensifs”, dans lesquels la consommation ne baisse pas en tant de crise (biens de grande consommation, santé, services de base...).
À cet égard, « l’investissement dans Elephant Africa Holding est assez emblématique, affirme Romen Mathieu. La société a un fort potentiel de croissance à la fois sur le marché local et régional, et elle n’est pas tributaire des importations. Sa production se fait essentiellement à base de papiers ramassés et recyclés localement, ce qui nous prémunit contre le risque de dévaluation ».
Mais les opportunités d’investissements en Afrique subsaharienne restent globalement limitées et la concurrence entre les fonds risque d’être rude. D’où la volonté de fonds comme EuroMena ou Amethis de cibler la diaspora libanaise.
Diaspora libanaise
« Les Libanais d’Afrique en général maintiennent des liens forts avec leur pays d’origine. Ils conservent ici leurs maisons, leurs banquiers, leurs avocats... Nous pouvons donc les cibler à partir du Liban », souligne Romen Mathieu.
Mais sur ce créneau non plus ils ne sont pas seuls. Le fonds régional basé à Dubaï, Abraaj, qui a levé 990 millions de dollars pour l’Afrique subsaharienne, a racheté en juillet dernier à un autre fonds d’investissements, Actis, une part majoritaire dans le groupe Mouka Foam, une entreprise nigériane de matelas fondée par la famille libanaise Moukarim.
« Il y a pas mal d’entreprises à succès fondées par des Libanais, notamment en Afrique de l’Ouest, qui pourraient intéresser les capital-investisseurs », confirme Jean-Sébastien Bergasse. « Mais toutes les familles ne sont pas prêtes à accepter des partenaires extérieurs », avertit-il.
L’investissement s’est fait sous la forme d’un prêt convertible dont le montant n’a pas été officiellement divulgué. La presse africaine a toutefois évoqué une transaction d’une valeur totale de 50 millions de dollars, pour une part d’environ 25 % après conversion. La famille Boulos a été conseillée par le cabinet libanais de conseil en fusion-acquisition Kyte Partners.
La transaction ne concerne que la division papier du groupe Boulos, qui n’est pas son activité historique. Antoine et Gabriel Boulos ont débuté au Nigeria dans les années 1950 avec l’importation et la distribution, puis l’assemblage de motos en partenariat avec le japonais Suzuki Motor Corporation. Ce n’est qu’en 1987 que le groupe dont l’envergure exacte n’est pas communiquée se lance dans la production de bobines mères de papier à partir de matières recyclées en créant Bel Papyrus. Puis il se met à convertir ces bobines en mouchoirs, papier toilettes, essuie-tout, etc. à travers Bel Impex. Aujourd’hui, ces deux sociétés leaders sur le marché nigérian sont regroupées au sein d’Elephant Africa Holding, dont le capital a été ouvert aux investisseurs.
Société leader au Nigeria
« Le potentiel de développement de cette entreprise est très important, souligne Gilles de Clerck, partenaire dans le fonds EuroMena. Le Nigeria abrite la plus grande population d’Afrique, 180 millions d’habitants, mais la consommation de papier y est très faible, ne représentant qu’un trentième de la consommation en Europe, et un cinquantième de celle des États-Unis. La demande croît d’au moins 5 à 10 % par an. »
Pour accompagner la hausse de la demande, la société a augmenté progressivement sa capacité de production, ce qui a nécessité des investissements lourds réalisés par la famille. « Le défi aujourd’hui est d’améliorer la distribution dans un grand pays où le marché est encore largement dominé par les points de vente traditionnels et de développer les exportations vers le reste de l’Afrique », ajoute Gilles de Clerck. Le groupe familial veut également s’institutionnaliser pour faciliter le passage à la troisième génération. D’où l’intérêt de recourir à des investisseurs stratégiques plutôt qu’à des banques, même si les banquiers libanais en particulier sont très demandeurs de projets à financer. « Des acquisitions potentielles et des partenariats sont déjà à l’étude, affirme Jean-Sébastien Bergasse. Amethis mettra au service du groupe son réseau et sa connaissance de la région. »
Premier investissement africain pour EuroMena
Le fonds compte déjà plusieurs partenaires en Afrique, parmi lesquels des Libanais. L’an dernier, Amethis a investi dans le n° 2 de la distribution alimentaire en Côte d’Ivoire, la Compagnie de distribution de Côte d’Ivoire (CDCI), une ancienne filiale du groupe Unilever, achetée en 2002 par l’entrepreneur d’origine libanaise Yasser Ezzedine.
« Les dirigeants d’Amethis sont des anciens de Proparco, une filiale de l’Agence française de développement qui a réalisé plusieurs investissements au Liban dans le passé. En fondant Amethis, ils savaient que Beyrouth serait l’une de leurs portes d’entrée vers l’Afrique. » Sur les neuf investissements réalisés jusque-là par Amethis, deux concernent des sociétés détenues par des Libanais. « Ce nombre pourrait être porté à trois, si les négociations actuellement en cours avec une famille libanaise en Afrique francophone se concrétisent », ajoute Jean-Sebastien Bergasse.
Pour EuroMena, en revanche, il s’agit du premier investissement en Afrique subsaharienne et le premier dans le cadre du fonds EuroMena III. Les deux premiers fonds de la société étaient centrés sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, rappelle leur directeur général, Romen Mathieu. « Pour le troisième, nous avons prévu de consacrer aux entreprises détenues par des Libanais en Afrique un tiers des 100 millions de dollars levés jusque-là auprès d’investisseurs institutionnels, sachant que notre ambition est de monter à 200 millions au premier trimestre de l’année 2016. »
Dynamique de croissance
L’Afrique paraît d’autant plus attractive pour un fonds comme EuroMena que la plupart des économies du Moyen-Orient sont en berne. Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 4,4 % cette année pour l’Afrique subsaharienne et de 5,1 % en 2016, contre 2,6 % et 3,8 % respectivement pour la région Mena. Ces chiffres masquent évidemment des disparités et des dynamiques de croissance différentes selon les pays. Mais les fonds d’investissements sont de plus en plus nombreux à s’intéresser au continent en misant sur le développement rapide de la classe moyenne, et l’appétit des multinationales pour des marchés qu’ils ont du mal à pénétrer directement. De grands fonds internationaux ont ainsi fait leur entrée sur le continent, notamment KKR, Blackstone ou Carlyle, qui a levé l’année dernière 700 millions de dollars pour l’Afrique.
Pour contrer la dévaluation de certaines monnaies, dans la plupart des cas, ces fonds prennent des participations minoritaires dans des entreprises tournées vers l’export, ou à fort potentiel de croissance dans des secteurs dits “défensifs”, dans lesquels la consommation ne baisse pas en tant de crise (biens de grande consommation, santé, services de base...).
À cet égard, « l’investissement dans Elephant Africa Holding est assez emblématique, affirme Romen Mathieu. La société a un fort potentiel de croissance à la fois sur le marché local et régional, et elle n’est pas tributaire des importations. Sa production se fait essentiellement à base de papiers ramassés et recyclés localement, ce qui nous prémunit contre le risque de dévaluation ».
Mais les opportunités d’investissements en Afrique subsaharienne restent globalement limitées et la concurrence entre les fonds risque d’être rude. D’où la volonté de fonds comme EuroMena ou Amethis de cibler la diaspora libanaise.
Diaspora libanaise
« Les Libanais d’Afrique en général maintiennent des liens forts avec leur pays d’origine. Ils conservent ici leurs maisons, leurs banquiers, leurs avocats... Nous pouvons donc les cibler à partir du Liban », souligne Romen Mathieu.
Mais sur ce créneau non plus ils ne sont pas seuls. Le fonds régional basé à Dubaï, Abraaj, qui a levé 990 millions de dollars pour l’Afrique subsaharienne, a racheté en juillet dernier à un autre fonds d’investissements, Actis, une part majoritaire dans le groupe Mouka Foam, une entreprise nigériane de matelas fondée par la famille libanaise Moukarim.
« Il y a pas mal d’entreprises à succès fondées par des Libanais, notamment en Afrique de l’Ouest, qui pourraient intéresser les capital-investisseurs », confirme Jean-Sébastien Bergasse. « Mais toutes les familles ne sont pas prêtes à accepter des partenaires extérieurs », avertit-il.


