Un article du Dossier

La folie des musées

Aïshti pour l’art international
Parmi les initiatives privées, le premier à dégainer : Tony Salamé, PDG du groupe de distribution Aïshti, qui n’a pas souhaité répondre au Commerce du Levant. Selon le communiqué de presse, la Fondation Aïshti ouvre, le 25 octobre 2015, un espace d’exposition de 4 000 m2, où sera accrochée la collection personnelle (environ 2 000 pièces, principalement d’artistes étrangers) de son patron. L’espace se situe dans le nouveau centre commercial (30 000 m2, 80 boutiques prévues) qu’Aïshti construit pour un montant de 100 millions de dollars sur l’autoroute de Jal el-Dib. Pour le groupe de distribution, l’art est ici un moyen de se démarquer de la concurrence et d’inviter à une « expérience de consommation » inusitée, alors que la fréquentation des boutiques du centre-ville, où le groupe est implanté, est en forte baisse.

Une Fondation pour la culture arabe : quelque 3 000 œuvres d’art
L’ancien économiste des Nations unies et grand collectionneur Ramzi Dalloul a lui aussi annoncé la mise en route d’une Fondation pour la culture arabe qui devrait servir d’écrin aux quelque 3 000 œuvres d’art, issues de tout le monde arabe, que ce passionné d’art a amassées. Peu de détails ont filtré pour l’heure sur ce projet, qui doit prochainement démarrer par un musée virtuel avant de s’implanter à Beyrouth. Si elle voit le jour, cette institution sera la plus importante du Liban : par comparaison, le Musée arabe d’art moderne (Mathaf) de Doha, subventionné par des fonds publics, accueille 8 000 pièces dans ses fonds permanents, issus de l’ensemble de la région.

Collection Saradar, un projet systémique
D epuis 2012, le groupe Saradar achète des œuvres d’artistes libanais modernes ou contemporains : la Collection Saradar, qui bénéficie d’une enveloppe annuelle de 500 000 dollars en moyenne, compte aujourd’hui 160 œuvres de 32 artistes libanais (et quelques étrangers). « La sélection s’appuie sur un comité d’experts, qui oriente nos choix. Ce ne sont pas nos goûts que nous mettons en avant, mais une certaine “vision” de l’art libanais. Des œuvres majeures y sont référencées, mais l’on cherche également des artistes qui ont eu une influence sur l’évolution des courants esthétiques », explique Lina Kyriakos, responsable du développement du projet de la Collection Saradar. D’ici à 2020, ce fonds doit trouver refuge dans un musée privé, dessiné par Christian de Portzamparc à la Quarantaine, au sein d'un projet immobilier, développé par une filiale immobilière du groupe Saradar. « D’ici là, nous allons “faire vivre” notre collection en développant un programme d’activités indépendamment du futur musée. » Une première exposition “Art on board” a d’ailleurs eu lieu en septembre : il s’agissait d’une exposition d’œuvres d’étudiants de différentes universités, reproduites sur des panneaux d’affichage.

Apeal pour un quartier des musées à Mathaf
L’Association pour la promotion et l’exposition de l’art du Liban (Apeal), qui réunit une quinzaine de collectionneurs et d’amoureux des arts, a annoncé la signature d’un partenariat avec l’Université Saint-Joseph, en vue de la création d’un musée d’art moderne, face au Musée national à Beyrouth.
L’ambition est de créer une sorte de quartier des beaux-arts où les curieux pourront déambuler entre Mathaf, le futur centre d’arts d’Apeal (dont le terrain appartient à l’université) ou encore le MiM (Musée des minéraux) ouvert en 2013, dédié aux minéraux d’exception.
Si ce projet, dont on ignore l’investissement projeté – certains parlent de 100 millions de dollars – semble le moins abouti, on sait cependant qu’il bénéficie de l’apport de deux grands collectionneurs, qui se sont engagés à lui prêter leurs œuvres sur le long terme ainsi que sur les pièces détenues par le ministère de la Culture.
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