Mechelany Advisors conseille les gérants du fonds actions Azur Asian Equity investi sur le marché asiatique et notamment la Chine. Son fondateur Jacques Mechelany a donné une conférence à Beyrouth à l’invitation d’ECE Capital, chargé de la distribution de ce fonds Liban.

Qu’est-ce qui a provoqué la chute des marchés chinois en août 2015 entraînant dans son sillage une panique sur les plus grandes places financières mondiales ?
L’indice composite de la Bourse de Shanghai s’est tout d’abord apprécié de 150 % début 2015 dans un environnement de taux d’intérêt bas avec quelques réformes réglementaires qui ont encouragé une spéculative excessive. Le report de son intégration à l’indice MSCI, combiné à quelques mauvaises statistiques économiques, a eu raison de ce rallye avec pour conséquence une correction de près de 40 % en août 2015, le gouvernement chinois étant intervenu tardivement dans la confusion la plus totale.
Cependant, on peut noter que les actions chinoises de classe H (cotées sur la Bourse de Hong Kong et réservées aux investisseurs institutionnels étrangers) ont beaucoup moins souffert que celles de classe A (listées sur les Bourses chinoises et destinées aux particuliers) qui se sont révélées beaucoup plus volatiles.

Le marché a rebondi en octobre, mais reste 30 % plus bas qu’avant l’été. Quelles mesures la Chine va prendre à votre avis pour éviter de renouer avec un tel scénario ?
La meilleure solution passe surtout par une ouverture globale des marchés financiers. La Chine a intérêt à fusionner les classes d’action A et H ; rapprocher les Bourses de Shanghai et de Hong Kong ; rendre le yuan totalement convertible avec le dollar ; devrait attirer davantage d’investisseurs sur le long terme avec une liquidité améliorée et une volatilité réduite.

Quelles sont les perspectives économiques de la Chine sur le long terme ?
Comme les États-Unis dans la première partie du XXe siècle et le Royaume-Uni précédemment, nous estimons que le cycle de Kondratiev qui correspond à l’émergence de la Chine comme la prochaine puissance économique dominante mondiale vient juste de commencer et durera au moins 60 ans.
De nombreuses mesures ont été prises pour encourager l’investissement privé, réduire la corruption et reformer les systèmes d’assurance et de retraite. Avec un modèle économique tourné vers l’exportation qui bascule vers la consommation, tous les ingrédients sont réunis pour que le PIB par habitant quadruple ces quinze prochaines années et dépasse celui des États-Unis dès 2025.

Quelle devrait être la pondération d’actifs chinois dans le portefeuille d’un investisseur ?
La Chine représente aujourd’hui 10 % de l’économie mondiale (contre 17 % pour les États-Unis), tandis que l’allocation en actions chinoises ne représente que 3 % des portefeuilles globaux (contre 49 % pour les États-Unis). C’est dire tout le potentiel latent qui existe.
D’un point de vue stratégique, les investisseurs devraient allouer 20 à 30 % de leurs avoirs en cash, actions et obligations chinoises libellées en devise locale afin de capitaliser sur le potentiel de l’économie chinoise.
En termes de timing, la correction du marché des actions chinoises l’été dernier fournit une opportunité unique de rentrer à des niveaux de valorisation très attractifs avec des taux de rendement élevés sur les dividendes.

Ne craignez-vous pas qu’une dette excessive ne mette en péril l’économie chinoise ?
Nous ne le pensons pas. En Chine, la très grande majorité des dettes d’entreprises émane de sociétés d’État ou de gouvernement local afin de financer les infrastructures, ce qui explique pourquoi les investisseurs ne s’inquiètent pas de leur capacité à rembourser leurs emprunts.
La dette étatique, quant à elle, a atteint 41 % du PIB, ce qui est un niveau tout à fait acceptable. Enfin, il faut souligner que le taux d’épargne des ménages en Chine dépasse les 40 % (contre moins de 20 % aux États-Unis), un des niveaux les plus élevés au monde, qui permet d’avoir un matelas confortable pour amortir tout choc imprévu.