La Syrie s’ouvre de plus en plus à la haute technologie. Et les Libanais sont bien placés
pour en saisir les opportunités.
Le marché informatique syrien a connu depuis 1995 un certain développement tant sur le plan technologique qu’en ce qui concerne la création de nouvelles compétences. En effet, les premiers investissements marquants ont porté sur l’éducation. Un nombre important de centres de formation ont été créés dispensant des cours d’informatique gratuits (de jour en été et du soir en hiver) et obligatoires pour certains responsables d’administrations publiques. À cela s’ajoute l’équipement en matériel informatique d’un certain nombre de ministères (Finances, PTT, Santé, Tourisme).
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bachar el-Assad, des mesures complémentaires ont été promulguées. Elles ont eu pour effet immédiat la réduction ou la suppression des taxes d’importation sur le matériel informatique. Une nouvelle directive développe les mesures permettant d’accroître le niveau de compétence général. Ainsi, différents programmes ont été lancés : programme d’aide à l’équipement des écoles et universités ayant pour objectif de former la base, programme modifiant les critères d’engagement et d’accession aux postes à responsabilité dans les administrations publiques, programme de formation des cadres et enfin programme de renouvellement du parc d’ordinateurs existant dans l’administration.
L’introduction récente de l’Internet témoigne de l’ouverture recherchée. La Syrie compte actuellement environ 10 000 abonnements (selon différentes sources), à part ceux qui sont connectés via le réseau libanais. La procédure de souscription comporte la présentation d’un registre de commerce pour les entreprises. Un projet de développement de l’Internet devra porter cette capacité à 200 000.
Ordinateurs à remplacer
Le faible pouvoir d’achat en Syrie se traduit par la nature particulière du parc informatique installé. Le marché des composants est alimenté par des importateurs qui réalisent, principalement en Extrême-Orient, de bonnes affaires en achetant à très bas prix des lots de l’avant-dernière génération. Par la suite, l’assemblage et l’empaquetage se font localement (en Syrie). Ainsi, l’ordinateur type se trouvant sur les étales des magasins syriens affiche les caractéristiques suivantes : processeur Pentium II à 450 MHz, 64 MB de mémoire RAM, disque dur de 6 GB. Il sera vendu à un prix moyen de 650 $. À partir du Liban, se développe néanmoins un commerce de composants sophistiqués de la dernière génération, ce qui constitue une concurrence pour ceux disponibles sur le marché en Syrie. Comme par ailleurs, un commerce inverse s’établit de la Syrie vers le Liban, de composants plus anciens et qui sont assemblés chez nous pour être revendus à des prix très réduits à une clientèle non exigeante, surtout dans la Békaa et le Nord.
Signalons enfin que les circuits de décision dans les administrations publiques syriennes souffrent de certaines lourdeurs. À l’occasion de la nouvelle politique d’ouverture, des engagements ont été pris par la nouvelle direction au pouvoir afin de faciliter les procédures administratives pour promouvoir et développer les investissements étrangers, notamment dans le domaine technologique.
Que pouvons-nous apporter ?
L’embargo (politique) américain sur l’exportation de la haute technologie vers la Syrie existe toujours, du moins sur le papier. Cet embargo est contourné pour le matériel et le logiciel de base, mais concernant les services de développement et de maintenance, le manque subsiste et les Libanais pourraient le combler. Le fait qu’une salle d’exposition de 460 Multimedia Store ouvre à Masnaa (à la frontière) dénote un intérêt certain pour le marché syrien.
En effet, le Liban dispose de ressources humaines ayant des compétences très diversifiées dans les domaines de la haute technologie : l’informatique bancaire, l’informatique hospitalière, l’informatique industrielle, le commerce électronique, l’Internet et les télécoms. Ces spécialisations ont valu à nos ingénieurs la reconnaissance des pays de notre région et au-delà. En témoignent les nombreux déplacements de nos spécialistes à l’étranger en vue de former ou de paramétrer des systèmes complexes.
Les technologies les plus récentes sont disponibles au Liban. Ces équipements fournissent aux ressources humaines locales le moyen de rester à la page dans un environnement en perpétuelle progression. Ils fournissent, en plus, une source d’approvisionnement accessible aux pays de la région.
L’industrie des télécoms au Liban emploie, par exemple, des spécialistes formés aux technologies et méthodes les plus modernes. Des spécialités très pointues se retrouvent dans les secteurs de la téléphonie fixe et mobile, la transmission par satellites ou par fibres optiques et les services liés à l’Internet.
Ce creuset de compétences s’exporte dans tout l’espace MENA (Middle East & North Africa).
De ce qui précède, nous pouvons déduire que le Liban est capable d’apporter à la Syrie technologie et savoir-faire. Cet apport pourra se faire dans un certain nombre de domaines et plus particulièrement dans ceux de l’informatique, des télécoms et des services financiers.
Un partenariat de développement technologique entre le Liban et la Syrie a de grandes chances de réussite. La situation d’Israël, en cette matière, est significative : sur un volume total d’exportations estimées à 25 milliards $ par an, les produits technologiques représentent 3,5 milliards. À l’opposé, sur un volume total d’exportations libanaises de 650 millions $ et syriennes de 3,5 milliards dollars, les produits technologiques ne représentent qu’une part insignifiante qu’il vaut mieux ne pas citer. Dans ce contexte, tout reste à créer.
Il n’est pas exclu de penser à un partenariat franco-syro-libanais, par exemple pour des projets d’implantation informatique vastes.
Selon quelles modalités ?
Le transfert de compétences sur le marché vaste et varié de la Syrie représente pour le Liban la bouffée d’oxygène capable de lui faire oublier les contraintes économiques actuelles et d’être à la hauteur de ses ambitions.
Pour la Syrie, cette collaboration est également profitable, car ce transfert de compétences et de capacités aura pour effet une progression plus rapide du savoir-faire technologique.
Cette stratégie devra se situer à plusieurs niveaux. Elle se situera au niveau de la formation technique et universitaire, de la formation des cadres spécialistes et leur recyclage (formation permanente), du développement des projets de recherche, de la réalisation des projets et enfin de la maintenance et du suivi de développement.
L’apport réel des Libanais sera dans les domaines spécialisés, dans les services à haute valeur ajoutée et dans les projets complexes. L’informatique “de base” peut être couverte par les compétences syriennes elles-mêmes, à moindre coût.
La mise en cours d’une telle stratégie permettra un enrichissement capable de développer de nouveaux produits. En effet, les particularités linguistiques des deux pays dans le domaine technique (le Libanais utilisant plutôt l’anglais et le français, et le Syrien plutôt l’arabe) s’additionneront par échange.
Ainsi pourront s’ouvrir d’autres marchés, comme celui de l’arabisation informatique, qui a fait par exemple la fortune du groupe koweïtien Sakhr.
Devant un tel tableau, une stratégie de consolidation des échanges bilatéraux a de réelles chances de succès et ouvrira aux entreprises libanaises de nouveaux créneaux spécialisés pratiquement vierges.


