L’un des leaders du secteur de l’impression traditionnelle au Liban, Raidy Printing souhaite y dynamiser l’impression 3D qui est déjà en forte croissance en Europe et aux États-Unis. Entretien avec son directeur exécutif, Doumet Raidy.
Qu’est-ce que l’impression tridimensionnelle ?Il s’agit d’une technologie permettant de produire un objet réel à partir d’un fichier informatique 3D conçu sur ordinateur. On appelle le procédé “fabrication additive”. Le plastique est le plus couramment utilisé, mais il est également possible d’imprimer en argile, en bois, en fils, en cuivre ou en argent, voire en chocolat ! Aux États-Unis et en Europe, toutes les universités et les écoles sont désormais équipées. Il y a quelques semaines, Adidas a été le pionnier en imprimant une semelle de chaussure en 3D. Ces machines servent également à fabriquer des satellites de télécommunications et des immeubles. L’un des fournisseurs que nous représentons dans la région vient de lancer en Italie une machine capable d’imprimer un immeuble de deux étages de 72 m2.
Quel est le potentiel de ce type de service ?
Il est grand. À terme, je ne serai pas étonné si chaque foyer s’équipe de ces machines pour imprimer une pièce dont il a besoin pour sa voiture, un élément décoratif ou même un outil de cuisine. Le coût des imprimantes varie aujourd’hui de 2 500 dollars pour la plus petite à 15 000 dollars pour les plus grandes et à usage professionnel. Pour le moment, ce procédé s’adresse en priorité aux industries du prototypage, du design, de l’architecture et du bâtiment, ainsi que ceux de l’éducation, de la mode et de la médecine. Dans la construction, par exemple, il sera possible d’affiner les dimensions d’un projet conçu initialement sur Autocad, après en avoir examiné les proportions et les volumes réels. Cette technologie va aussi révolutionner le travail des chirurgiens qui pourront imprimer en 3D toute fracture osseuse ou image d’un organe endommagé à partir d’un IRM et affiner ainsi leur diagnostic avant toute intervention. Dans plusieurs pays d’Europe, cette technologie est même devenue obligatoire pour certaines opérations.
Quels en sont les principaux avantages ?
Au-delà de la personnalisation de la conception, l’avantage est d’abord financier : le coût du processus de fabrication traditionnel est comparativement très élevé, car la production se fait en plusieurs étapes par addition de moules. L’impression d’un vase en 3D coûte par exemple 10 dollars contre près de 650 dollars selon le procédé classique. En parallèle, les coûts de transport (de pièces de rechange, etc.) sont réduits à zéro, car tout pourra être imprimé à partir d’un fichier informatique au moindre détail près. L’avantage est aussi environnemental : l’impression en 3D réduit à néant tout le gaspillage de matériaux inévitables dans le procédé classique.
Comment vous positionnez-vous sur ce marché ?
Notre objectif est de consolider notre présence sur les deux marchés que nous connaissons le mieux : le Liban et les Émirats arabes unis, puis de l’étendre à l'ensemble des marchés du Golfe et du Moyen-Orient. Cette nouvelle ligne d’activité devrait représenter 3 à 5 % de notre chiffre d’affaires dès 2016 et 10 à 15 % dans les trois prochaines années. À terme le Liban ne devrait pas représenter plus de 15 % de notre chiffre d’affaires sur le segment 3D alors qu’actuellement, 60 % de notre activité d’impression traditionnelle sur papier est destinée au marché libanais contre 40 % à l’export.
La concurrence est pour l’instant faible sur le créneau 3D. Nous sommes les distributeurs exclusifs de plusieurs marques européennes. Si le marché devient plus concurrentiel à terme, nous pourrons miser sur notre réseau solide de relations avec la plupart des industries qui traitent déjà avec nous pour l’impression 2D.
Sur le segment 3D allez-vous vous contenter de vendre des imprimantes ou allez-vous aussi fournir le service d’impression ?
Pour l’instant, nous nous positionnons sur la vente d’équipement, sans exclure à l’avenir la prestation de service si le marché devient porteur. Cela dépendra également de la demande pour les machines 3D.


