Personne ne sait combien de temps va durer ce qu’on appelle déjà le troisième choc pétrolier.
En attendant, la Syrie, entre autres producteurs, retrouve le moral.

Dans la plupart des pays arabes producteurs de pétrole, dont la Syrie fait partie, la hausse fulgurante des prix du brut après plusieurs mois d’austérité aura pour effet annexe de faire pousser un grand soupir de soulagement. Les responsables, qui planchaient en hâte et souvent à contrecœur sur des projets de diversification de l’économie, de compression des dépenses et de résorption de déficits grandissants, voient dans l’embellie une raison de plus de ne pas se précipiter dans des projets de réformes économiques drastiques et rapides dont ils craignent surtout qu’elles ne mettent à mal les “traditions” politiques et sociales compliquant de ce fait le maintien de l’ordre. Les plans de modernisation à long terme ne sont pas perdus de vue pour autant, semble-t-il, et Damas annonçait récemment coup sur coup deux projets de grande envergure destinés à transformer le paysage économique du pays au cours des cinq années à venir.

Gaz syrien

Le premier projet, annoncé par le ministre du Pétrole syrien Mohamed Maher Jamal, vise à doubler la production de gaz d’ici à 2005. Le deuxième projet, estimé par le quotidien syrien Techrine à un milliard de dollars, vise à créer 440 000 emplois d’ici à 2005 également. Ce deuxième projet sera partiellement financé par les recettes pétrolières du pays. Mais ce n’est pas là le seul lien entre les deux projets. Dans un cas comme dans l’autre, ces projets quinquennaux sont une tentative d’adapter les ressources économiques aux besoins requis par la démographie particulière de la Syrie dans le contexte actuel de récession ; récession d’autant plus marquée que toute transformation rapide et effective du système économique semble exclue.
Rarement considéré comme un pays producteur et exportateur de pétrole, la Syrie n’en est pas moins très dépendante de ses ressources pétrolières qui constituent 60 % des recettes de ses exportations et procurent l’essentiel du financement de ses projets de défense et de développement. Elle produit depuis cinq ans environ 550 000 barils par jour, soit moins que sa production d’il y a cinq ans où elle s’élevait à 600 000 barils. La réduction de la production et la chute des prix du brut au cours des deux dernières années a contribué à la récession, tandis que dans les milieux pétroliers internationaux on faisait état d’une déplétion prochaine des réserves syriennes. Les responsables syriens ont à plusieurs reprises apporté un démenti catégorique à ces prévisions, affirmant que les réserves dureraient au-delà des cinq à dix ans supposés.
Tout récemment, le ministre syrien du Pétrole, Mohamed Maher Jamal, a déclaré que la production de pétrole demeurerait «stable» au cours des vingt ans à venir. Il a précisé que les réserves connues s’établissent à 23 milliards de barils, dont 3 ont déjà été extraits. Il a ajouté qu’après 2020, les niveaux de production dépendraient de différents facteurs, notamment techniques.
Notons au passage que trois groupes sont en charge de la production de pétrole : la Compagnie syrienne de pétrole (SPC, Syrian Petroleum Company) produit 145 000 barils/jour ; Al-Furat Petroleum Co. – joint-venture entre SPC et Royal Dutch/Shell – produit 390 000 barils/jour ; et Deir ez-Zor Petroleum Co. – entre SPC et Elf Aquitaine – produit 60 000 barils/jour. La Syrie exporte 60 % de sa production totale. Le ministre a précisé qu’en 2000 la production de pétrole, à raison de 600 000 barils/jour, atteindrait 29 millions de tonnes de brut dont 12 millions de tonnes seraient exportées.
Si la production de pétrole doit demeurer stable pendant les vingt années à venir, la Syrie envisage en revanche de doubler sa production de gaz au cours des cinq prochaines années, et le gaz constituera à plus d’un titre son principal instrument de développement. La production actuelle de gaz s’élève à quelque 13 millions de mètres cubes et devrait atteindre 24 millions de mètres cubes en 2005, si toutefois les projets d’exploitation des réserves mises au jour étaient effectués dans les délais prévus, a précisé M. Jamal.

Le poids
démographique

L’intérêt d’augmenter la production de gaz dans ces proportions est directement lié à l’accroissement de la population. À l’heure actuelle, la Syrie utilise 40 % de sa production pétrolière, mais cette proportion serait appelée à augmenter considérablement vu l’accroissement démographique rapide, réduisant de ce fait la quantité exportable et les recettes en devises qu’elle rapporte. Avec un accroissement démographique de 3 % par an, davantage de pétrole devra être utilisé localement et les recettes du pétrole seront réparties plus parcimonieusement, d’autant que les soins médicaux et l’éducation sont gratuits en Syrie. Selon des sources informées, la Syrie envisage de développer rapidement la consommation locale de gaz afin de rendre une plus grande proportion de brut disponible pour l’exportation.
Dans le même temps, une partie des recettes pétrolières servira à financer un ambitieux projet destiné à enrayer le problème de l’emploi dans le pays.
Aujourd’hui, plus de 46 % de la population syrienne a moins de 14 ans, tandis que le taux de chômage s’élève, officiellement, à 9,5 %, mais, selon des experts économiques, il affecterait près de 20 % de la population active (estimée à quelque 4 millions de personnes) pour l’ensemble du pays. Selon Techrine, le non-emploi est particulièrement aigu dans la région de Tartous et celle de Soueida qui connaissent respectivement des taux de chômage officiels de 20,5 et de 15,7 % ; ce sont des régions où l’implantation industrielle est réduite.
Selon le département syrien des statistiques, le chômage a augmenté de 7,4 % depuis 1994 et serait de plus de 70 % pour la tranche comprise entre 15 et 24 ans et encore plus sévère pour les hommes que pour les femmes. On estime à plus de deux millions le nombre de Syriens travaillant à l’étranger, notamment dans les pays du Golfe et au Liban. En revanche, la Syrie emploie des milliers de travailleurs étrangers, notamment dans les domaines du pétrole et de l’industrie. Le plan révélé par le quotidien Techrine prévoit la création de 440 000 emplois au cours des cinq années à venir, mais il en faudrait entre 300 et 400 000 par an pour absorber la masse de force active arrivant sur le marché du travail. Pour ce faire, il faudrait que la Syrie jouisse d’un taux de croissance annuel de +6 %, un taux que le plan quinquennal recommande chaudement. En 1997, le taux de croissance avait été de +0,5 % et était passé à -1,5 % en 1998.
Selon Techrine, sans solution rapide, près de 4 millions de Syriens se retrouveront sans emploi d’ici à 2012. Le plan pour l’emploi, établi sur la base des chiffres officiels, a démarré en septembre 2000 et prendra fin en septembre 2005, et prévoit principalement, outre des prêts et des aides, le lancement d’un vaste programme de formation et d’enseignement technique permettant l’insertion professionnelle de plus de 400 000 chômeurs.