Une place financière c’est plus qu’une bourse. La nôtre est peut-être trop faible actuellement, mais il n’est pas interdit de voir grand. Itinéraire.

L’émergence financière du Liban doit être marquée par la présence d’une bourse locale d’envergure, doublée d’une place financière. Bourse et place sont dissociables, mais non moins complémentaires : la bourse peut être le catalyseur de l’émergence financière libanaise à la condition qu’elle soit largement développée au sein de la place locale. C’est la place financière qui prendra alors le relais pour rayonner au niveau régional.

Quatre raisons essentielles justifient le développement de la place de Beyrouth :
1) Une place financière internationale et, a fortiori, régionale est un atout indispensable à la réussite économique et financière d’un pays développé (cf. “Scénario pour une émergence financière”, Le Commerce du Levant, Sept. 2000).
2) Une place financière est créatrice d’emplois spécifiques, puisqu’elle est à valeur ajoutée élevée. Ces emplois sont nombreux et en plus diversifiés. Toutes proportions gardées, ce sont des centaines de milliers d’emplois qui ont été créés à New York, à Londres ou à Chicago. Concernant la place de Beyrouth, nous sommes amenés à croire que ce seront quelques milliers d’emplois financiers qui peuvent être créés dans un avenir proche.
3) Une place financière facilite le financement d’une économie réelle et des entreprises. Plus il y a congruence entre la place financière et l’économie réelle, meilleurs seront les résultats obtenus.
4) Une place financière et les marchés de capitaux qui en sont l’ossature facilitent les choix de consommation et les choix d’épargne des particuliers. Elle est donc à double titre intéressante pour les entreprises et les particuliers.

Quelles sont nos chances ?

C’est face à un environnement concurrentiel et de plus en plus concentré, qu’il faut étudier l’utilité et les chances de développement de la place de Beyrouth. Cette concurrence a déjà provoqué des concentrations telle qu’Euronext née de la fusion des Bourses de Paris, Amsterdam et Bruxelles, ou encore la fusion, maintenant avortée, entre les Bourses de Londres et de Francfort. Le Nasdaq américain n’a pas non plus caché son intérêt de fusionner (ou d’acheter) d’autres bourses européennes.

La place financière libanaise (ne se réduisant donc pas à la seule Bourse) ne sera véritablement porteuse d’un intérêt tant national que régional ou international que si elle réunit des caractéristiques en faveur du développement et du succès.

Pour ce faire, comme toute place financière, elle doit réunir :
1) Des marchés de capitaux actifs, ce qui s’entend à la fois :
• Marchés de fonds propres
• Marchés de la dette
• Marchés dérivés.

2) Mais une place financière réunit aussi d’autres marchés :
• Un marché monétaire développé
• Un marché des changes actifs
• Un marché de dépôts bancaires et d’eurodevises.

3) La place rassemble également des opérateurs individuels compétents en mesure de travailler avec pertinence. Ce vivier existe, mais il s’agit de le retenir – ou de le ramener dans le pays.

4) Une place financière, ce sont aussi des opérateurs institutionnels, c’est-à-dire des banques, des sociétés d’assurances, des fonds de pension, des fonds d’investissement, tous dotés d’importants fonds propres.

La question est de savoir si ces investisseurs – et ces fonds propres – existent au Liban avec une bonne “force de frappe”.
• Ces acteurs institutionnels sont, dans le cas européen, nés des fusions bancaires nationales et transfrontalières. Ce qui est vrai des banques en Europe se devra d’être vrai des banques à Beyrouth, à l’échelle nationale.
• De plus, une place financière doit disposer d’une excellente technologie.
• Elle ne se développe ensuite que dans un environnement favorable : une réglementation adéquate ; et une fiscalité propice, adaptée aux opérateurs et aux opérations elles-mêmes.
• Pour réussir, enfin, une place financière doit avoir une ouverture internationale. Pour cela, elle doit participer au financement de l’activité internationale en général sans que les opérations qui s’y effectuent aient nécessairement un lien avec le pays où se situe le marché.

De ce point de vue, la valeur et la taille d’une place sont fortement influencées par la qualité des intervenants (firmes multinationales…). La place de Beyrouth étant surtout marquée par une bancarisation majeure, le regroupement des banques apparaît, là encore, comme nécessaire. Historiquement, les places financières se sont formées à partir de l’économie domestique ; tel n’est plus le cas nécessairement aujourd’hui. C’est notamment le cas du Liban, qui, avant de se développer pour lui-même, se développe pour les autres. Le développement tourné vers l’extérieur facilitera alors le développement interne. Le professeur Arvisenet constate en effet qu’une «manifestation particulièrement nette de l’indépendance croissante des centres financiers par rapport à l’économie domestique a été le développement des places offshore où les opérations réalisées avec des non-résidents et entre non-résidents jouissent d’une grande liberté. Parmi ces places offshore, certaines sont dites “d’enregistrement” : on ne fait qu’y domicilier et comptabiliser, pour des raisons fiscales et réglementaires, des opérations qui sont, en fait, réalisées ailleurs (Bahamas, îles Caïmans)».

Il semble donc que le Liban, fort de son système bancaire et fiscal, est en première ligne pour se développer en place financière “offshore” et “d’enregistrement” pour les capitaux. Mais pour y arriver, il faut savoir être ambitieux pour ne pas se cantonner dans une médiocrité qui n’a jamais caractérisé notre pays. Elle est éduquée, plutôt jeune et presque à égalité hommes-femmes, la population bancaire est très orientée “valeur ajoutée”. Les employés de banques évoluent doucement:
• Ils augmentent de 1 % par an en moyenne, avec une féminisation accrue.
• Leur niveau d’éducation est de plus en plus universitaire.
• Question valeur ajoutée, un employé libanais moyen produit, en dollars, la moitié de ce que produit son homologue français, mais en coûte le tiers à la banque.