Hicham Itani fait partie des 35 personnalités les plus influentes du monde des affaires au Liban sélectionnées par le magazine Forbes Middle East. En tant que fondateur du groupe d’investissement Resource Group Holding, il est le seul représentant du secteur des nouvelles technologies. Interview.

Vous êtes l’un des seuls acteurs des nouvelles technologies à avoir été sélectionné par Forbes Middle East, comment l’expliquez-vous ?

RGH est loin d’être la seule entreprise spécialisée dans les nouvelles technologies au Liban. Mais avec un chiffre d’affaires annuel de plus de 200 millions de dollars, 14 bureaux au Moyen-Orient et en Afrique et plus de 2 000 employés, nous sommes aujourd’hui l’un des plus grands groupes dans ce domaine. Par ailleurs, au fil des années, nous avons développé une véritable expertise et mené plusieurs gros projets à l’échelle nationale.

Fondée en 2008, RGH regroupe aujourd’hui onze entreprises. Quelle est votre stratégie d’investissement? 

Nous investissons généralement à plus de 51 % dans les sociétés qui nous intéressent, pour pouvoir en prendre le contrôle. Environ la moitié de notre portefeuille est destinée aux solutions d’e-gouvernement et à l’identification biométrique. Un tiers est ensuite réservé au secteur des télécommunications où nous investissons à la fois dans le développement des infrastructures et dans les services mobiles, comme par exemple les porte-monnaie électroniques. L’exploitation des données sera à l’avenir la principale source de revenus pour les opérateurs téléphoniques.

Votre filiale Inkript Technologies a notamment mené le projet des nouveaux passeports électroniques biométriques. Comment avez-vous remporté cet appel d’offres ? 

Nous avons d’abord fait le bon choix de partenaire en nous rapprochant de Gemalto, le leader mondial de la sécurité numérique, qui a déjà mené une trentaine de programmes de développement de passeports électroniques dans le monde. Inkript Technologies était la seule société régionale à disposer de l’expertise suffisante pour l’accompagner dans le développement de ce projet au Liban. Nous avions par ailleurs déjà des expériences similaires avec le développement de passeports biométriques en Centrafrique, en 2010, et la réalisation des permis de résidence et de travail électroniques au Liban. Enfin, notre offre était très complète : nous étions capables d’assurer la gestion de 70 % de la chaîne de valeur. Résultat, nous sommes parvenus à faire migrer l’infrastructure de la Sûreté générale vers ce nouveau système en seulement quatorze mois, ce qui est considéré comme un temps record pour ce type de projet.

Une autre de vos sociétés, Serta, avec son partenaire, le chinois Huawei, a remporté en décembre une partie du contrat de déploiement de la fibre optique. Combien de temps devrait prendre ce chantier ?  

On travaille avec l’organisme public Ogero pour développer l’ensemble du réseau, cela va prendre quelques années. Néanmoins, d’ici six à douze mois, les utilisateurs commenceront progressivement à constater dans plusieurs régions une amélioration significative de leur vitesse de connexion internet.

Selon vous, qu’est-ce qui freine encore le développement du secteur des nouvelles technologies au Liban ? 

Le Liban a une main-d’œuvre éduquée et bon marché, ce qui lui donne un avantage compétitif pour exporter des produits nés de l’“économie de la connaissance”. Mais nous avons un problème de ressources humaines. Les universités et les instituts professionnels préparent mal les étudiants aux vrais besoins du marché. Les entreprises doivent passer du temps à former leurs nouvelles recrues pour les rendre opérationnelles. Par ailleurs, le coût de la recherche et développement est encore trop élevé. Les frais d’électricité, de location, d’internet et le manque d’infrastructures en général découragent les entrepreneurs de se lancer au Liban.