« Comment aider le Liban à mieux écrire son histoire : diplomatie et rétorsions ». La question était au cœur du webinaire, organisé ce mardi 7 octobre, par Le Commerce du Levant en partenariat avec l’Association libanaise pour les droits et l’information des contribuables (ALDIC), et à laquelle quelque 500 personnes se sont inscrites. Le diplomate libanais, ancien ministre des Affaires étrangères, Nassif Hitti, le député français Gwendal Rouillard et l’avocate suisse Sandrine Giroud y débattaient des choix cruciaux qui s’offrent aujourd’hui au Liban, alors qu’on fêtait, il y a quelques semaines à peine, le centenaire de la naissance du Grand Liban.

« Nous avons besoin d’un consensus très fort si l’on veut sortir de la crise », a assuré Nassif Hitti qui plaidait pour une diplomatie de « neutralité active » afin de tenir le pays du cèdre à l’écart des axes politiques qui divisent la région. Sans cela, a ajouté le diplomate, le Liban sera incapable de réformer ses institutions, posant du même coup la question de sa survie.

« Aujourd’hui, nous sommes dans un État failli au bord de l’implosion sociale », a averti celui qui a choisi de démissionner du gouvernement Diab en août 2020.

Face à une crise existentielle, la réponse doit d’abord être politique, a argumenté le député français Gwendal Rouillard, proche du ministre des Affaires étrangères Jean Yves Le Drian : « La France va rester aux côtés du Liban et maintenir une pression maximale sur la classe politique libanaise. Mais le Liban est dans une phase de transition, et cela prend du temps », a-t-il affirmé, en n’excluant pas la mise en place par la communauté internationale de sanctions contre des personnalités libanaises. À l’image des sanctions adoptées en 2014 par l’Union européenne contre des sociétés russes, impliquées dans la déstabilisation de l’Ukraine.

Mais des instruments juridiques existent également qui pourraient permettre au Liban de geler les avoirs issus du blanchiment, de la corruption ou de l’évasion fiscale et d’exiger leur recouvrement. C’est ce qu’a expliqué l’avocate Sandrine Giroud, associée au sein du cabinet suisse Lalive, spécialisée en recouvrement d’avoirs, en criminalité économique et entraide.

Dans sa présentation, l’avocate a ainsi rappelé que son pays avait reversé aux pays concernés quelque 2 milliards de dollars de fonds spoliés à des pays qui en avaient fait la demande lors de procédures judiciaires précises. Mais cela implique une coopération d’État à État et donc une volonté politique, sauf si l’État concerné est jugé légalement défaillant, ce qui n’est pas le cas du Liban. « En janvier 2020, le Liban a procédé à une demande d’entraide auprès de la Suisse, qui a renvoyé sa requête, lui demandant de fournir des informations complémentaires avant de pouvoir envisager d'accorder l'entraide », a rappelé l’avocate.

Mais des ONG et des particuliers peuvent aussi saisir la justice pénale suisse. « Toutefois, ils ne pourront pas par la suite être partie prenante des procédures entamées », a-t-elle relevé.

Pour l’heure, les mesures de rétorsion restent encore à l’état embryonnaire. « Le plus important pour le moment, c’est de s’entendre au niveau local sur une feuille de route pour sortir de la crise économique », a martelé Nassif Hitti.

Le sujet sera en tous les cas au cœur du prochain webinaire du Commerce du Levant et d’Aldic. Intitulé « Le Liban dans la tourmente économique et financière », cette visioconférence aura lieu le 15 octobre prochain avec l’économiste Nasser Saïdi, l’avocat et ancien ministre du Travail Camille Abou Sleiman et l’ancien ministre des Finances marocain Mohamad Berrada.