Pour une fois, activistes “verts”, géostratèges, économistes et scientifiques convergent
vers une seule idée : privilégier le gaz comme source d’énergie.

Ce mélange d’hydrocarbures gazeux a la même origine que le pétrole. Du point de vue énergétique, 1 000 m3 de gaz naturel sont équivalents à une tonne de pétrole. Il est souvent présent en association avec ce dernier, mais il existe des puits ne fournissant que du gaz naturel. Son constituant principal est le méthane. Avant de l’utiliser comme combustible, on en extrayait des hydrocarbures lourds et d’autres composés indésirables. Le traitement des gaz bruts permet de récupérer de la gazoline et des gaz liquéfiés, et de produire environ un quart du tonnage mondial du soufre. Il constitue, avec ses coproduits, des matières premières appréciées de l’industrie de l’ammoniac, des produits pharmaceutiques et de la pétrochimie.
En juin 2000, le gouvernement allemand, entre autres, et les grands producteurs d’électricité se mettent d’accord pour arrêter, en quelque vingt ans, la production d’électricité d’origine nucléaire. Pour économiser l’énergie et réduire les émissions à effet de serre, cette puissance industrielle devrait se tourner vers le gaz naturel qui, de toutes les énergies fossiles, est la plus respectueuse de l’environnement. Pour la même quantité d’énergie fournie, il rejette moins de dioxyde de carbone : de 20 à 23 % moins que les fiouls et de 40 à 50 % moins que le charbon.
L’évolution de la production commercialisée du gaz naturel a été multipliée par 12,5 en moins de 50 ans (voir graphe). Les réserves mondiales prouvées et estimées aux environs de 150 000 milliards de m3 seraient suffisantes pour 60 ans au rythme d’extraction actuelle.

Peu de risque de conflit…

Il est aussi économiquement performant. Sa relative simplicité de mise en œuvre permet l’installation d’unités de cogénération : des centrales capables de produire à la fois de l’électricité et de la vapeur pour un usage industriel. Cela améliore l’efficacité de l’ensemble, permettant d’éviter des pertes de chaleur, le rendement énergétique global de l’installation peut alors atteindre 85 %.
D’autre part, les ressources et la production étant bien réparties sur le globe, le risque d’un conflit régional localisé dans une zone productrice majeure aura peu de répercussions à l’échelle mondiale. Le gaz semble donc plutôt à l’abri de problèmes géostratégiques. Le tableau montre qu’il est pratiquement consommé “sur place”, le plus gros importateur étant actuellement l’Europe, tandis que les exportateurs sont l’Afrique et les pays de l’ex-URSS.
L’intérêt de cette source d’énergie étant évident, pourquoi ne l’a-t-on pas utilisée plus tôt ? La principale raison est technique : le gaz naturel nécessite des technologies de pointe pour sa production comme pour sa distribution. S’il est facile à extraire, il est en revanche difficile à distribuer. La pression à laquelle il sort de terre est importante et, comme on ne peut pas le stocker facilement, il faut le liquéfier et le transporter par navire méthanier, ou l’évacuer par un gazoduc vers une station de traitement. Deux solutions coûteuses. Des recherches sont donc menées pour trouver un moyen de transport plus économique.
Par exemple, on estime que 15 % de la production russe est perdue pendant le transport. Le mauvais entretien des gazoducs en serait la cause. Finalement, seuls 80 % de la production mondiale est commercialisée. En Russie, une meilleure gestion de la production permettrait de l’augmenter notablement. L’Algérie peut, elle aussi, produire beaucoup plus. Cependant, des installations sont nécessaires et les investisseurs hésitent, vu les risques politiques. Enfin, l’indexation des cours du gaz sur ceux du brut ne permet pas de gérer au mieux les ressources et privilégie toujours la production de pétrole aux dépens du gaz naturel.